CHAPITRE PREMIER
heureusement pour lui, la Régente écrivit à sa nièce en la suppliant de ne se mêler de rien en faveur de cet ingrat, qui lui avait manqué de fidélité et qu'elle avait chassé. Elle fut obéie. Pourtant, lorsque deux ans plus tard, en 1658, M"® de Montpensier se rencontra à Lyon avec Madame Royale, elle la vit sous son véritable aspect : t Elle était propre et assez ajustée, € écrit-elle, il paraît qu'elle a été belle. Elle est « plus vieille qu'on ne Test d'ordinaire à son € âge. Elle me parut assez ressembler à mon € père et plus cassée. Elle faisait tout ce qu'elle € pouvait, par son ajustement, pour soutenir € son reste de beauté. Je crois qu'elle s'est gâté « le teint par les drogues qu'elle y a mises « et qu'elle l'a eu beau autrefois. Elle a aussi « la taille gàlée (*). » Ce jour-là, il est probable qu'elle comprit et excusa d'Haraucourt.
Pendant plus de trente ans, le favori déchu parcourut l'Europe ou vécut entre son appartement de la rue des Deux-Écus à Paris, sa terre de Saint-Marcel, ses propriétés de Savoie et ses banquiers, Dupuis à Lyon, Abraham à Rome, chez lesquels il s'efforça it^de rendre stable une fortune devenue volage. Christine de France
(1) Mémoires de M^^*' de Montpensier, Paris, 1728.
avait été son fétiche; aussi, depuis la mort de son ancienne protectrice, arrivée en 1663, la chance Tavait-elie abandonné; les 1,260 livres tournois de Tabbaye d'Hautecombe se payaient annuellement avec difficulté et les prêts ou les emprunts qu'il croyait heureux ne donnaient pas toujours le résultat espéré (*). Un jour, il s'aperçut — constatation éternellement reculée chez un ancien Adonis — que son physique était en aussi mauvais étal que ses finances et qu'il ne lui restait qu'une ressource, un peu téméraire, le mariage.
Dans ses allées et venues entre le Lyonnais et la Savoie, il avait rencontré à diverses reprises un représentant de la vieille aristocratie dauphinoise, Alexandre Falcoz, seigneur de la Blache, qui prouvait sa filiation directe jusqu'au XIII* siècle;- possédait un hôtel à Vienne et le château d'Anjou, situé à six lieues de cette ville. Ces marques de noblesse et de fortune étaient bien faites pour tenter le fils du cabaretier de Paris. Bientôt, il fut admis dans la famille la Blache et put s'assurer que les prétentions nobiliaires du gentilhomme étaient justifiées.
Celui-ci avait épousé Gabrielle de Lévis-Châ-
1) Archives du département de VAin^ E« 76.