CHAPITRE VIII
Je vous félicite d'avoir à voire crochet une dame aussi aimableque la duchesse de Falary. Elle pourrait vous fournir de belles anecdotes, si elle le voulait, sur la dernière Régence. Profitez de l'occasion si vous m'en croyez.
Qu'est-il résulté de cette sage exhortation?
on rignore jusqu'à maintenant. Peut-être la duchesse n'était-elle pas en verve avec son avocat, peut être ne sut-il pas la faire causer. La procédure dans laquelle elle faisait ses débuts absorbait d'ailleurs son esprit tourné plus vers les mystères du Palais de justice que vers ceux du Palais-Royal.
Tant que son mari vécut, elle courut après les bribes de sa dot qu'il avait dissipée et jamais elle n'oublia complètement celui-ci, sentant son mépris pour le fllou fondre devant sa compassion pour le malheureux. Comme le baron de Roise et le duc de Béthune envoyaient chacun au duc de Falary une somme annuelle de mille livres, de façon secrète afin de ne pas éveiller les créanciers aux aguets, c'est auprès d'eux qu'elle s'enquérait des nouvelles du vagabond. Tous deux étaient de relations fort courtoises. Quoique la duchesse jonglât avec les protestations, les sommations et les oppositions, Béthune se montrait envers elle plein de défé-
rence, ses lettres étaient d'une urbanité parfaite, il lui donnait des mots de recommandation pour ses protégés et pour elle-même, jamais une récrimination, jamais une phrase de mauvaise humeur; cet homme avait une patience d'ange. A deux reprises seulement, il lui écrit : « Je déteste les procès et principalement avec les personnes que j'honore. »
Ces conciliants témoignages n'apaisaient pas rhumeur versatile de la duchesse. Changeante comme les femmes le sont.... quand elles ne s'entêtent pas, elle était en outre sujette à des douleurs physiques se répercutant sur le moral, violents maux de tête, fréquentes crises d'estomac, souvenirs probables du régime peu hygiénique de la Régence qu'elle tentait de faire disparaître en prenant les eaux à Passy ou autre part (U. Les mauvais jours se manifestaient par des accès de récriminations dans lesquelles elle accusait ses beaux-frères de s'adjuger à des prix ridicules les biens substitués du duc de Falary, de redouter un rapprochement entre elle et son mari dont elle n'était
(1) Mathieu Marais, t. IV. Dans sa lettre du 14 jaillet 1730, Marais écrit qu'il a vu à Passy M"« de Fallary avec quelques autres dames et qu'elles « en disaient des plas belles. »