CHAPITRE VIII
séparée que de biens et de craindre surtout qu'elle n'ait de lui des enfants (*). Connaissant les penchants du compère, on peut affirmer que pareille appréhension était bien mal fondée.
Lorsque, grâce au moyen radical de l'impératrice de Russie qui s'y connaissait pour faire surgir une succession, celle du duc fut ouverte, ses parents furent assaillis par une avalanche de créanciers, tailleurs, perruquiers, menuisiers, chaudronniers, marchands de foin, de soieries, etc., même d'anciens domestiques non payés depuis vingt-cinq ans <2), pour désagréable qu'il fût, le fait n'était nullement une surprise, aussi Taccueillirent-ils avec le même calme qu'ils devaient recevoir la nouvelle de la mort de Falary, autre genre de surprise. La lettre envoyée à cette occasion par Béthune à sa bellesœur dénote une émotion fort délibérément contenue :
A Versailles, ce 13 juin.
Je n'ai encore rien reçu. Madame, de la part de M. Amelot, cela ne tardera pas sûrement à me venir; il y a trois jours qu'il m'a dit qu'il n'avait aucune connaissance de la mort de M. de Falary, que j'avais été mal fondé.
(1) Archives cTHaussonville.
(2) Archives nationales, T 741.
142 LfL DUCHESSE DE FALLARY.
La leUr(3 et le cerlifical de M. de la Cliélardie éclaircissent lout; je compte prendre demain le denil, avertir aussi le maréchal de Nangis et le duc d'Estissac qui m'en ont prié. Je ne vous fais d'autre compliment en cette occasion que de vous assurer que je m'intéresse très sincèrement à tout ce qui peut vous regarder.
J'ai riionneur, elc.
Le duc DE BétiiuneC).
L'âge aidant, M'"* de Fa llary jugeait bon de jeter un voile, d'abord léger, sur son passé frivole et d'abriter derrière un rideau plus épais les fantaisies galantes auxquelles elle sacrifiait encore par tradition et par goût.
Dans ses promenades elle évitait les moulins, craignant d'y apercevoir un de ses bonnets resté accroché, et la considération, dont elle s'était jusqu'alors moquée comme de la bulle Unigenitus, lui paraissait une fanfreluche coquette à porter, aussi commençait-elle à faire sonner haut son nom de d'Haraucourt, se disant qu'il prenait du bouquet en vieillissant.
La diablesse ne s'était pourtant point faite ermite. Sa société préférée n'usait ni de la haire ni de la discipline, du moins pour des exercices de mortification. On y rencontrait des
(I) Archives d'IIaussonville.