‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 48 sur 92 · CHAPITRE VIII. iiS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. iiS

ambassadeurs comme Richelieu, des grands seigneurs comme Lévis, des épicuriens comme Vauvray, des beaux garçons comme Ricome de la Figarède, des soldats comme le marquis de Souvré, des femmes d'esprit comme M"' de Tencin et des beautés retraitées comme M™" d'Alluys et de la Fontaine-Martel. Au milieu de ce monde, la duchesse avait grand mal à conserver une vertueuse impassibilité; par leurs talents, leur valeur, leur physique, leur naissance, même leurs vices, tous ces hommes étaient des impy^essionneurs, elle une impressionnable. Gomment résister à Richelieu ? il était si séduisant; à Lévis? il avait si grand air; à Vauvray? il était si subtil; à Souvré? il était si martial. M™* de Fallary ne résistait pas, jugeant que Tamour est un sentiment aussi éternel en paroles que passager en action.

Quel intéressant kaléidoscope formaient ces gens divers!

Vif, léger, âme de plaisirs, arbitre du goût, le duc de Richelieu trouvait entre Tannée et l'ambassade le temps de triompher à l'étranger, de conquérir à la cour, de séduire à la ville et de dépenser sans compter son génie galant. La duchesse le connut probablement chez M""® de

Tencin, mais sa légèreté ne lui permit jamais d'exercer sur cet homme l'empire de Thabile Claudine. Celle-ci débordait d'ambition, se nourrissait d'intrigues, imposait ses bonnes grâces, pénétrait dans la vie de ses amis, trônait dans ses causeries, commandait dans ses lettres, voyant et connaissant tout et s'afflrmant déesse d'un Olympe auquel les familiers venaient journellement apporter leur tribut d'hommages. Les hommes surtout fréquentaient son salon; quant aux femmes, on en rencontrait quelques-unes, dont M"'' Geoffrin, qui venait recueillir chez M™* de Tencin « quelques bribes de son inventaire «pour lui succéder un jour « comme une bourgeoise succède à une princesse. » Par son esprit et sa beauté, Claudine de Tencin régna jusqu'à son dernier jour. Peut-être souffrit -elle aussi? Elle avait tant aimé.

Après avoir vu fuir la trentaine, Girardin de Vauvray s'était marié. Il avait épousé la fille de M. Hatte, fermier général, mariage qui se fit de façon expéditive. Comme M'"® Hatte, la mère, était des plus galantes et qu'on désirait lui cacher l'établissement de ses enfants, M. Hatte vint un beau jour prendre dans son couvent, où elle était depuis plusieurs années, sa fille

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aînée, à laquelle il annonça qu'il l'avait mariée. La jeune fille se laissa faire. En peu de temps elle attira raùention publique, car en 1736 nous la voyons causant malgré elle du scandale à la messe des Jacobins.

I^ossédant une de ces physionomies qui disent : C'en est une! et parlant pendant Toffice avec aussi peu de décence qu'en avait sa physionomie, elle se fit remarquer du Père chargé de veiller au bon ordre de l'église. Celui-ci lui fit des remontrances, elle répliqua vertement; alors il envoya chercher un exempt qui la força à sortir et ne reconnut sa qualité qu'en la voyant monter dans un carrosse drapé. L'officier présenta aussitôt des excuses à la façon de Pasquin, qui demande pardon des coups de bâton qu'il a donnés (0.

L'année suivante, c'était son mari qui faisait parler de lui. Son amour des affaires l'entraîna si loin qu'on l'accusa de malversations et que plusieurs maîtres des requêtes, ses collègues, demandèrent son exclusion du conseil; il résista et fit si bien qu'on l'envoya seulement en exil à Château-Thierry. « C'est dommage, écrit

(1) Nouvelles de la cour et de la ville, pul)liées par le comte E. de Barthélémy. Paris, 1879.

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Barbier; on convient que c'est un des plus habiles et des plus grands travailleurs du Conseil, mais il n est pas bien riche et il est assez débauché lui-même.. . Il a une fort jolie femme, qui passe pour aussi rusée en galanterie que le mari en affaires. » Vauvray subissait la peine du talion.

Le plus habile, ou le moins habile des amis de M"*" de Fallary — tout dépendant du point de vue envisagé — était certainement François- Louis Le Tellier de Louvois» marquis de Souvré. D'abord mousquetaire, il avait acquis une compagnie dans Royal-Cravates, été nommé ensuite maître de la garde-robe du roi, puis obtenu le régiment d'infanterie qui portait son nom. Il l'avait commandé au camp de la Moselle en 1732, à Gerra d'Adda et Milan en 1733, à Novare, Tortone et Parme en 1734, à Gonzague, Reggiolo en 1735. était rentré en France en 1736 et avait trouvé moyen d'avoir, à cette époque, un enfant de la duchesse de Fallary (•). Ardeur trop martiale, imprévoyance trop fémi-

(1) C'est du moins ce qu'avance un anonyme (Bibliothèque nationale^ ms. Dossiers biens 321), qni commet évidemment nne erreur de date en assignant celle de 1735 à cet événement, puisque Souvré ne rentra en France qu'en 1786. Malgré mes recherches, il m'a été impossible de trouver la confirmation de ce fait et la trace de l'enfant.

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