‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 50 sur 92 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

plaisir sans pourtant les satisfaire; elles préféraient les actes aux paroles. Chez elles un barde semblait un oiseau de paradis au milieu d'une mare de grenouilles. On écoutait Voltaire, on applaudissait M""® de la Fontaine-Martel disant avec l'autorité de l'expérience : « Quand on a le malheur de ne plus pouvoir être c...., il faut être m.... ! »

De 1732 à 1733, le grand écrivain vécut des heures douces sous le toit de M™* de la Fontaine-Martel. Il en sut gré à la vieille femme, dont la mort émut sa reconnaissance et stimula sa verve ironique :

On me saisissait Zaïre d'un côté, la baronne se mourait de Taulre... Figurez-vous que ce fut moi qui annonçai à la pauvre femme qu*il fallait partir. Elle ne voulait point entendre parler des cérémonies du départ, mais j'étais obligé d'honneur à la faire mourir dans les règles. Je lui amenai un prêtre moitié janséniste, moitié politique, qui fit semblant de la confesser et vint ensuite lui donner le reste. Quand ce comédien de Saint Eustache lui demanda tout haut si elle n'était pas bien persuadée que son Dieu, son Créateur, était dans l'Eucharistie, elle répondit : Ah! oui, d'un ton qui m'eût fait pouffer de rire dans des circonstances moins lugubres.

(Lettre de Voltaire à M. de Formonl, 27 janvier 1733.)

150 LA DUCHËSSË DE FâLLART.

Voilà le monde de M™'' de Fallary (<). Elle ne s'y rendait plus avec Toeil pétillant et la figure épanouie des jours regrettés de la Régence, elle emportait un masque sévère qu'elle s'empressait, d'ailleurs, de déposer à la porte. Sa licence austère et sa vertu de bâtons de chaise étaient bien affirmées et un malveillant l'eût vulgairement, mais justement définie, en lui donnant ce nom appliqué plus tard à une de ses semblables : La décente.... de la Courtille!

(1) Senac de Meilhan, Duclos, Auger, Saint-Simon, chro* nologie de Pinard^ d^Argenson, lettres de Voltaire, Cape^ figue^ Lescurey etc. — Capefigue écrit que M™* de Fallarj ne 8at pas garder la verta résignée de la retraite et qu'elle resta liée avec Mi»** d'Alluys et de la Fontaine-Martel, lorsque déjà sa voix tremblotante annonçait les années. Capefigae se trompe. A la mort de ces douairières, la duchesse avait environ trente-six ans. La plupart des femmes trouvent que, pour elles, cet Age équivaut à vingt ans passés.

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