CHAPITRE X
II n'est pas très étonnant que ce charmant enfant ait été plus tard, par ses désordres, une des causes de la mort de son père; les autres causes furent la conduite fantaisiste, les vivacités, les inconséquences et les humeurs de Af^^de Chaulnes. La réunion de la mère et du fils, lequel prit le nom de duc de Picquigny, eut pour résultat complémentaire de compromettre gravement la fortune du chef de famille, à la grande crainte de M™^ de Fallary, qui tremblait continuellement pour sa rente.
Afin de soutenir la guerre de citations, de référés, d'appels, de contraintes qu'elle engageait avec les Chaulnes, celle-ci avait fort besoin d'un soutien masculin. D'ordinaire Vauvray était toujours là, mais depuis quelques années il avait fait preuve, envers la duchesse, d'une infidélité qui ne lui portait pas bonheur, ni à lui ni à ses finances.
En août 1750, le prince et la princesse de Gonti l'avaient pris comme chef de leur conseil, à l'étonnement du public, mais non des renseignés, qui savaient que M™* de Vauvray, très avant dans les bonnes grâces du prince, était l'outil de cette nomination (0. De son côté,
(1) Journal et Mémoires du marquis cC Argemon.
176 LA DCGHESSË DE FALLARY.
M™* de Conti avait besoin d'un homme à tout faire; et Vauvray endetté, à court d'argent, était celui qu'il lui fallait. A la mort de son frère et de sa mère, il avait été littéralement coiffé par la meute de ses créanciers, au milieu desquels se distinguait, pour une somme de 8,000 livres. M""® de Fallary, qui plaçait l'amitié un peu après Tintérêt. Il leur avait abandonné les deux maisons qu'il possédait à Paris et sa terre de la Cour-aux-Bois, près de Tousson, c'est-à-dire tout ce dont il avait hérité ('); aussi était-il disposé à l'emploi dont le chargeait M™' de Conti.
Cette situation embarrassée ne l'empêchait pas de rechercher, hors de son foyer, les émotions que ne lui procurait plus M™* de Vauvray. En 1761, se trouvant presque sans un liard, il dépensait 10,000 livres pour mettre dans ses meubles la demoiselle Frédérique, dite Sourville, et comme celle-ci passait bientôt aux appointements de M. de Boisgelin, il continuait l'association en partie double, lui faisant cadeau au 1*'' janvier suivant d'une très belle écuelle d'argent (2). Vauvray avait l'indigence fastueuse.
(1) Archives nationales^ V 200.
(2) Journal des inspecteurs de M. de Sartines,