CHAPITRE XI
connaissance, adoucirait le désagrément de cette funèbre nouvelle, il n'en fut rien. Par une ingratitude complète, le chevalier d'Haraucourt légua tous ses biens à son petit-neveu Jean Falcoz de la Blache, enseigne de la gendarmerie de France, sans même mentionner dans son testament sa sœur, à laquelle il devait beaucoup, et le marquis qui lui devait moins, tout en laissant sa fortune et son château au même neveu, pensa cependant à donner « à sa très chère sœur une somme de 2,400 livres pour lui témoigner l'amitié qu'il avait pour elle(0. » Elle eût certainement préféré moins d'amitié posthume et plus d'argent présent.
Le désappointement occasionné par ces dispositions dernières s'équilibra avec la jouissance d'entamer un nouveau procès contre son petitneveu, l'heureux héritier. Après une année de silence préparatoire, elle se prévalut du testament de son père, dans lequel elle prétendit trouver une substitution en sa faveur. Son droit était-il contestable? Ses sourires n'avaient-ils plus le même charme? Les robins ne montraient-ils pas la galanterie des roués? Toujours est-il que, le 24 avril 1777, un arrêt
(1) Archives nationales, T 1130S T 540-542, T 1616.
fut rendu par lequel elle était déclarée purement et simplement non recevable dans ses demandes.
C/était une blessure d*amour-propre, ce n'était pas une plaie d'argent. La duchesse, quoique [se ruinant en procès pour arriver à faire fortune, possédait une réserve qui lui permettait de tenir bon rang. Elle avait environ trente mille livres de rente, représentées en grande partie par son droit de méage de Nantes et son placement sur les Chaulnes. Pour la perception de ce droit, une certaine demoiselle Le Houx était son prête-nom, mais les entrées étaient mal perçues, les comptes mal tenus, les paiements mal faits et, comme la titulaire se voyait incapable de mettre ordre à cette gabegie, elle adressa au roi une requête le suppliant d'accepter » la rétrocession de sa finance, dont elle ne pouvait profiter vu son grand âge. » Le contrat de 1723 estimait la traite domaniale à 150,000 livres de capital; par arrêt du 10 juin 1767, le roi la reprit moyennant une rente viagère de 18,000 livres sur les fermes générales (*). M'"'' de Fallary pouvait être tranquille de ce côté.
(1) Archives nationales^ E 241^5.