CHAPITRE XI
Elle Tétait moins du côté Chaulnes, où elle allait d'ennuis en alarmes.
Le duc de Chaulnes était un homme d'honneur, possédant la confiance de Louis XV et la faveur de M™* de Pompadour, qui lui écrivait en l'appelant poétiquement : Mon cochon. On a vu plus haut que sa femme ne lui ressemblait en rien sur le rapport de la sagesse. De son père, elle tenait une fortune superbe qui lui permit de se livrer aux fantaisies les plus bizarres, aux caprices les plus changeants, auxquels le pauvre duc n'eut pas la force d'opposer son veto. Au mois de février 1755, elle résolut d'acheter au comte d'Houdetot la terre de la Meilleraye, située sur le bord de la Seine, près de Caudebec, magnifique propriété qui avait appartenu jadis au maréchal d'Harcourt. On lui en demanda un million, qu'elle paya en vendant une partie de ses biens en Normandie!*). La cour trouva le geste beau. M™* de Fallary était bien un peu troublée des allures de M™® de Chaulnes; pourtant sa confiance revint lorsqu'elle apprit cet achat princier et elle se dit qu'elle avait eu la main heureuse en plaçant sa
(1) Mémoires de M"* cCEpinay^ l. I. — Mémoires du duc de Luynes, t. XIV. — Mémoires du comte Dufort de ChC' verny. Paris, 1886.
198 LA DLGHESSE DE FALLART.
rente sur des gens aussi fortunés. Elle allait déchanter.
Dix ans après, la fortune des Ghaulnes s'en allait en lambeaux, grâce aux inconséquences de la duchesse. Ils étaient obligés de vendre la Meilleraye au marquis de Nagu de la Boissière, rhôtel de la rue de Varennes et la plupart des autres biens territoriaux qui leur restaient. Aussitôt M"® de Fallary partit en guerre. Il serait plus exact de dire qu'elle fit face à ce nouvel ennemi, car elle était encore en instance avec les Béthune-Charost au sujet de la succession de son mari, tout en intentant des procès à ses fournisseurs, serruriers, peintres, bourreliers, pour s'entretenir la main. A son homme d'aflaires. M* Courlesvaux, procureur au Châtelet, elle écrivait :
Paris, 9 décembre 1767.
J'allends d'èlre inslruile du nom de la personne à qui M. et M™* de Ghaulnes ont vendu, en Normandie, leur terre de la Meilleraye, pour faire opposition au décret et de même qu'à la vente de leur maison, tous leurs biens me répondant de la renie de 4,500 livres viagères qu'ils me doivent solidairement sur leurs biens, de même que sur la charge des Chevau-légers avec des lettres patentes que j'ai obtenues. Je compte sur vos bons services, monsieur, pour me guider là-dessus, de