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comme un enfant. Il s'est trompé sur Tun de nous deux (*). » Et le comte de la Blache ripostait ingénument : « Depuis dix ans, je hais ce Baumarchais comme un amant aime sa maîtresse! »
Tout en portant ces coups de pointe d'un côté, Beaumarchais cherchait d'un autre à en parer de beaucoup plus réels.
Très lié avec le duc de Chaulnes (ex-Picquigny), fils de l'excentrique duchesse, il avait été introduit par celui-ci auprès de M™** Mesnard, sa maîtresse, à laquelle il trouva juste et naturel de faire la cour Le duc devint jaloux, cria, menaça le galant en son domicile où il était allé le trouver pour lui faire des reproches violents, et, finalement, les deux hommes se prirent à bras-le-corps (2). Chaulnes était un colosse, sa fureur fut indescriptible et on fut obligé de donner une garde protectrice à son adversaire, qui savait mieux se servir de sa main pour écrire que de son poing pour frapper.
Ses enthousiasmes belliqueux étaient si mesurés qu'il n'essaya pas de laver l'injure qui
(1) Beaumarchais : Mémoires,
(2) Grimm : Mémoires secrets^ t. II.
218 LA duciiësmï: de fallary.
lui avait été faite par le duc; aussi lorsque, quelque temps après. le comte de la Blache, à son tour, lui adressa un défi, il put lui répondre avec dignité : « J'ai refusé mieux (0! »
« Monsieur de la Blache ! Monsieur le duc de Chaulnes ! qu'alliez-vous faire dans ces galères de la procédure où vous rencontriez ce don Quichotte-Scapin, ce patron des épouses délaissées, ce persécuteur des magistrats qui refusaient ses cadeaux, ce pamphlétaire qui se dressait contre vous, armé en guerre comme Aristophane, comme l'Arétin, comme le Pascal des Provinciales (-)? »
M'°® de Fallary arrivait à Tàge où le seul amour que l'on conçoive est Tamour de soimême. Elle résumait ses vœux dans un revenu régulier et un appartement confortable, vœux imparfaitement exaucés. Commençant à s'apercevoir que ses rentes multiples témoignaient d'une nature récalcitrante, elle essaya de leur adjoindre quelques contingents d'espèces diverses. La loterie militaire en fut un W, sans
(1) Chamfort : Œuvres.
(2) Arsène Houseaye : Le 41'' fauteuil. Paris, 1861.
(3) La loterie pour l'école militaire était assez compliquée. Elle consistait en quatre-vingt-dix numéros, à chacun desquels était joint un nom de tille pour les distinguer. On pou-
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que cette tentative réussît plus que les autres, comme le montre ce billet résigné adressé à M* Courlesveaux :
M™« la duchesse de Fallary esl loule consolée d'avoir perdu à la loterie militaire ; elle serait bien plus surprise d'y avoir gagné ; il faudrait pour cela être sorcière.
Ce 3 février 1771.
Quand on parcourt ses lettres éternellement inquiètes, on voit que jusqu'à son dernier jour elle ne put apprivoiser la fortune et que jusqu'à son dernier jour elle chercha le cadre qui convenait à sa grâce décrépite. Le faubourg Saint- Honoré, où elle resta plus de trente ans, ne lui porta pas bonheur. Elle eut d'abord pour voisine M™* de Pompadour qu'elle méprisait; un peu plus loin, au n*" 39, habitait le duc dé Charostavec lequel elle fut toujours en rapports tendus, enfin son ami la Figarède mourut dans l'appartement qu'elle lui avait choisi à côté d'elle. Pour éviter la charge d'un loyer, elle songea un moment à obtenir de M. de Marigny — qu'elle ne méprisait pas, lui — un logement dans une maison royale, et comme il
vait mettre de trois façons différentes, par extrait, par ambe et par terne. Il y avait huit tirages par an.... et l'on ne gagnait jamais, comme à toutes les loteries.
était inutile de chercher au loin, elle saisit sa plume rarement au repos :
Je vous supplie, monsieur le duc (probablement Lévis), connaissant votre amitié pour moi, de vouloir bien me donner une marque, en témoignant ma reconnaissance à M. le marquis de Marigny sur la politesse qu'il vient de me faire; elle est analogue à tous les biens que je vous ai entendu dire de lui et dont j'ai jugé par moimême lorsque j*ai été à portée de le connaître; je m'y suis prise un peu tard pour le supplier d'ordonner de faire élaguer les arbres de l'hôtel (les Ambassadeurs extraordinaires, ce qu'il a fait sur-le-champ; mais, malheureusement, je n'en profiterai pas longtemps, venant d'apprendre que ma maison allait être vendue, ce qui m'afflige véritablement, par la privation de mon jardin, et logée pour 1,500 fr. de loyer, ce que je ne trouverai pas par la cherté dont sont à présent les maisons ; mes facultés ne me permettant pas de payer un logement plus cher, c'est donc à vous, monsieur le duc, à qui je m'adresse pour implorer vos bontés et votre amitié pour moi, pour obtenir de M. le marquis de Marigny un logement dans quelque maison royale, qui ne fût pas bien haut, mes jambes étant très faibles. Je lui aurai, et à vous, monsieur le duc, une très grande obligation, surtout si ce pouvait être dans un petit coin de l'hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, j'y pourrai respirer le même air qui depuis trente ans me fait vivre, dans la maison que j'habite.