‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 76 sur 92 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mur mitoyen, soit là ou ailleurs. Monsieur le duc, M. le marquis de Marigny me rendra un grand service ; si vous ne l'obtenez de lui, je serai obligée d'aller traîner le reste de mes années en province, où l'ennui les aura bientôt terminées ; connaissant l'intérêt que vous me faites la grâce de prendre à tout ce qui me regarde, ma parfaite reconnaissance égale mon tendre respect, monsieur le duc(^).

d'Haraucodrt, duchesse de Fallary.

A Paris, ce 22 avril 1767.

Aucune suite n'ayant été donnée à cette requête, et à cette menace d'exil champêtre, deux ans après la duchesse se retira.... au Roule, passé la première barrière, dans une maison appartenant à M. de Galonné, puis, en 1774, en son hôtel particulier, rue des Vieilles- Tuileries, où elle demeura six ans, seule survivante d'une génération joyeuse, ayant vu tomber autour d'elle tous ses amis, étoiles de son ciel à jamais disparues.

Un seul restait, Vauvray, qui, depuis le commencement du siècle, tenait avec la même maîtrise son rôle de débiteur perpétuel, riche d'un solide passif, d'une insolvabilité bien

(1) Cette lettre, trouvée aux Archives nationales par M. O'Kelly de Galway, a été publiée dans V Intermédiaire des chercheurs et curieux du 10 novembre 1901.

222 LA DtcH(i:>si!: de fallary.

acquise, et confondant le moraliste qui a prétendu que les dettes abrégeaient la vie. Selon son principe d'accorder le moins possible à ses créanciers, il ne voulut même pas leur donner cette petite consolation et se contenta de vivre au jour le jour d'une manne à laquelle M"** de Fallary n'était pas étrangère.

On le voit en 1780 qui veut rembourser à celle-ci une somme de 2,400 livres qu'elle lui avait prêtée, mais de quelle façon s'y prend-il? « Ma chère duchesse, lui dit-il, nous sommes de vieux amis, hélas! aussi de vieux personnages, nous nous connaissons depuis une éternité, pas d'ambages entre nous; je vous dois 2,400 livres, je vais vous les rendre. Vous savez que M. le vicomte de Brosse m'a acheté ma terre de la Cour des Bois, il y a environ trente ans; eh bien, je vous donne créance, intérêts compris, sur le prix d'achat.... qui ne m'a, du reste, jamais été payé (0. » Le système était économique et l'on voit qu'en tant que mauvais débiteur, Vauvray n'était pas seul de son espèce.

Il habitait alors, rue Neuve-du-Luxembourg, un petit hôtel où la solitude lui pesait; M""' de Fallary trouvait son appartement de la rue des

(1) Étude de M*Legay.

chapitiie: xii. 223

Vieilles-Tuileries un ermitage; ils fondirent un beau jour leurs doléances et le résultat fut la résolution de terminer en commun une vie qui s'avançnit. Ces deux êtres, qui avaient été liés dans leur jeunesse, puis séparés dans la maturité, réunissaient leurs deux vieillesses pour se donner l'illusion de recommencer une chanson dont l'air n'était plus le même que jadis.

Le couple, que Tàge empêchait d'être irrégulier, établit ses plans, discuta divers projets, s'occupa d'une organisation pratique et décida qu'un logement vaste et bien situé serait immédiatement retenu et meublé.... aux frais delà duchesse. Cette fois, c'était la cigale qui pouvait prêter, grâce à ce que pendant le temps chaud elle avait chanté dans les cours du Parlement.

Le 22 mai 1780, M""® de Fallary signa, avec Gaspard-Antoine Priou, chevalier du Rousset, un bail par lequel celui-ci lui louait, moyennant le loyer annuel de 4,200 livres, une maison située au n^ 19 de la rue Basse-du-Rempart. Quoique situé au fond de la cour, cet immeuble était clair, aéré, et possédait un gai jardin. La duchesse s'installa dans la moitié du premier étage, Vauvray prit modestement l'autre moitié et ces deux vieux débris purent se consoler entre eux.

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