‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 77 sur 92 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Retraite mondaine de la duchesse. — Ses dernières années. — Incivilité des historiens à son égard. — La mère Jézabel. — Le taureau de Phalaris. — Calomnie de Lamothe-Langon. — Mort de M»n« de Fallary. — Un curieux procès-verbal. — Les regrets de Vauvray. — Le duc de Charost exécuteur testamentaire. — Les héritiers la Blache. — Inventaire. — L'éternel repos.

Le grand reproche qu'on a fait à M""* de Fallary a été celui de ne pas entrer aux Invalides de l'amour lorsque la caducité l'y contraignait. Qui la blâmera cependant de n'avoir pas versé dans la dévotion, refuge des femmes blasées, des épouses malheureuses, des veuves inconsolées, temple à l'ombre duquel elles venaient se réfugier plus souvent par dépit que par foi, dernier asile que la mode assignait aux aristocratiques aïeules, sanctuaire où Dieu leur paraissait encore quelque chose à aimer? Qui la blâmera de n'avoir pas versé dans l'intrigue, de n'avoir pas encombré de sa personne les antichambres des ministres, de n'avoir pas

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transformé sa table de toilette en bureau diplomatique et de n'être pas morte prématurément d'une pléthore d'ambition comme M™* de Tencin? Qui la blâmera de n'avoir pas versé dans le bel esprit, d'avoir ignoré la préciosité et la pédanterie, de n'avoir pas voulu être une faiseuse de grands hommes, de s'être abstenue de pratiquer le culte de la morale qu'elle prisait peu ou de no pas avoir enseigné la métaphysique (lu sentiment qu'elle possédait à fond?« Feu de gens savent vieillir, » a dit la Rochefoucauld. Certainement! Les uns parce qu'on ne leur laisse pas la faculté d'essayer, les autres parce qu'ils n'admettent pas que la vieillesse soit régie par des règlements traditionnels auxquels on soit tenu de se soumettre.

Les historiens ne sont pas tendres dans leurs récits des dernières années de M™* de Fallary. Capefigue écrit : « De toutes les femmes de ce temps d'oubli et de désordre que fut la Régence, seule elle avait survécu comme un vieux lustre tout chargé de clinquant.... Espèce de Ninon du xviii* siècle, aussi riilicule que la nymphe du Marais, elle était restée dans l'impénitence finale; de s.i main tremblolanle elle

voulut retenir les amours par le bout des

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ailes et enchaîner les cœurs de sa perruque blonde W. »

Ce tableau étale un singulier mélange de confiance et de philosophie. La duchesse savait superlativement que Tamour n*a pas d'âge et que rhonnêteté perd de valeur chez la femme à mesure que celle-ci vieillit.

Le duc de Lévis, qui la rencontra vers 1780, nous en fait une peinture toute différente d'un Watteau : « .... M. de Richelieu eut une grande représentation, mais sa maison était peu fréquentée par les jeunes gens et la société ordinaire était composée de ses contemporains. Il y avait, entre autres siècles, une duchesse de Phalaris, personnage passivement historique.

C'était dans ses bras que le Régent avait expiré quelque soixante ans auparavant. Il fallait qu'elle fût belle alors, mais quand je la vis, elle était hideuse. Sa peau livide et ridée était recouverte d'une épaisse couche de blanc, rehaussée de deux placards d'un gros rouge; une perruque blonde couvrait mal ses tempes chauves et faisait un contraste marquant avec ses sourcils peints en noir. Par une réminiscence de ses anciens goûts, elle se plaisait à

(1) Capefigue : La comtesse de Parabère,

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