‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 81 sur 92 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

âge, non de la piété brûlante qui dévore le cœur de son feu, mais de la piété douce, facile, tamisée, qui garde sa flamme en veilleuse.

Trop spirituelle pour faire Tesprit fort, trop grande dame pour faire la libertine dans le sens de Saint-Évremond, elle se croyait obligée au respect extérieur par sa condition, considérant la religion comme un préjugé obligatoire et s'abandonnant à cette philosophie savoureuse de la femme du xviii® siècle qui ne tendait qu'à rechercher ici-bas le moyen d'être heureux. On ne peut nier qu'elle ait choisi ses directeurs en dehors des gens d'église, parmi les frères de la doctrine épicurienne, et qu'elle ait adoré le Très-Haut surtout dans ses mani- , festations terrestres, telles que la beauté, la grâce et la fortune, mais, duchesse des mieux alliées, femme de bon ton, Dieu était pour elle un si grand seigneur qu'elle ne pouvait lui faire grise mine, et sans doute pensait-elle comme je ne sais trop quelle patricienne, « qu'il doit gagner à être connu, »

Dans ses lettres à Courlesveaux, on la voit s'enquérir de la santé du « bon abbé Millet », regretter la mort du « pauvre abbé de Villebreuil *, s'intéresser au e cher abbé Herbiguier » , toutes marques d'une fréquentation

quelconque avec les ministres du culte; en outre, il suffit de lire son testament (voir Appendice) pour juger qu'elle n'était nullement mpie comme Voltaire et ne tentait non plus de braver la religion. « Je recommande mon àme à Dieu *, écrit-elle suivant la coutume, puis, après avoir demandé d'être enterrée dans sa paroisse, elle continue en léguant 500 livres aux pauvres de la Madeleine de la Ville-l'Évêque afin de prier le Seigneur pour le repos de son àme, demande cent messes à son intention dans la huitaine de son décès et donne 10,000 livres au curé de Saint-Sulpice pour rétablissement de ses pauvres. De telles dispositions testimoniales ne peuvent avoir été prises par une impie. On n'y sent point la haine et la rage de l'incrédulité, on n'y sent point la c-onversion tardive produite par l'affaiblissement, on n'y sent point la sécheresse de la dévotion exagérée; c'est la simple mise au jour du vieux principe religieux semé pendant l'enfance et demeuré dans un repli de l'àme.

Il était difficile à M'"'' de Fallary de ne croire à rien puisqu'elle n'était point sotte; elle n'avait jamais pu aller à la messe musquée (0, parce

(1) Cette messe se disait au Saint-Esprit, à deax heures.

Page 1