‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 82 sur 92 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

qu'on la disait trop tard, ni aux autres parce qu'elles se célébraient trop tôt, mais elle partageait l'avis du conseiller de Bachaumont : « Une honnête femme doit vivre à la porte de l'église et mourir à la sacristie. »

Jusqu'en 1781, elle conserva sa bonne santé, se résignant à vivre chez elle dans un repos qui ravivait ses souvenirs. Afin que le sol aride où elle végétait ne Tattristàt pas, elle laissait son imagination l'orner des fleurs cueillies sur sa route; ses regards scrutaient l'horizon étendu, fouillaient les espaces lointains au fond desquels s'estompait la lueur de son enfance, et le berceau qu'elle devinait dans la brume du passé lui voilait la tombe si proche d'elle.

Elle ne craignait pas la mort, ou du moins la galanterie et la chicane ne lui avaient jamais donné le temps d'y songer; loin de la maudire, de se débattre sous sa griffe, elle se prépara à la recevoir avec coquetterie, parée des atours qui avaient séduit tant de convives moins funèbres. Pleine de sang-froid et de fermeté narquoise, elle tint à rester fidèle jusqu'au bout aux prédilections de toute sa vie et à se faire voir une dernière fois avec les agréments dont l'effet était malheureusement plus qu'atténué, sans qu'elle souffrît de cette décadence, car cri-

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tiquée par la foule, elle eut la consolation de ne jamais se déplaire. Son scepticisme religieux, son théisme simple, ses pratiques de la bonne compagnie, lui faisaient envisager Tau delà comme un endroit inconnu où une fontaine de Jouvence, en lui rendant la jeunesse, lui permettrait d'exécuter une entrée sensationnelle dans un monde valant certainement autant que celui-ci.

Au commencement de juillet 1782, elle sentit ses forces l'abandonner. Le docteur des Chauvins, qui la soignait, se reconnut impuissant devant la vieillesse, et tandis qu'il cherchait un moyen de dissimuler cette constatation, la duchesse l'entretint avec sérénité de sa fin et se préoccupa de choisir une robe appropriée aux derniers sacrements. Loin d'imiter la présidente d'Aligre qui se grisa pour noyer son agonie, ou de s'étourdir par des bruits de jeux et de danses comme plusieurs autres timorées, elle ne voulut qu'attifer sa forme matérielle, autrefois divine, aujourd'hui périssable, et quand elle eut déposé sur son lit le miroir qu'allait remplacer le crucifix, elle put, confiante en sa tenue d'une femme de son rang, écouter la femme de chambre dire : « Madame la duchesse, le bon Dieu est là, permettez-vous

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