‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 83 sur 92 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

qu'il entre? Il souhaiterait avoir Thonneur de vous adminisirer (0. »

Le 18 juillet 1782, elle expirait (2). Aussitôt son petit-neveu, le duc de Charost, qu'elle désignait comme son exécuteur testamentaire, fit apposer les scellés et assista aux formalités d'usage. Elles s'écartèrent cette fois de la tradition, car voici Tétrange procès-verbal dressé par le commissaire (^) :

« .... Nous étant apparu du décès de M""® la duchesse de Fallary par l'inspection d'un cadavre masculin qu'on nous a dit être le sien étendu sur un lit en ladite chambre où nous sommes, lequel cadavre a été par nous reconnu pour être celui de la duchesse de Fallary, etc.

« Signé : Carré. »

Avoir été le charme, avoir été la galanterie, avoir été la passion, avoir été l'amour, avoir fixé l'esprit du maître de la France, avoir tenu enlacés par les chaînes de roses de sa grâce des Lévis, des Tessé, des Rohan, des Souvré, avoir détrôné les Parabère et les Sabran, avoir

(1) Journal de Colley t. I. Paris, 1805.

(2) Comte de Chastellux : Notes prises aux archives de Vétat civil de Paris. Paris, 1875.

(3) Archives nationales, Y 11277.

triomphé pendant plus de trente ans par un pouvoir essentiellement féminin, tout cela pour arriver à être prise pour un homme ! La mort exagérait Tironie. Le brave Carré devait être bien innocent, bien myope ou bien troublé.

En sus de cette erreur bizarre, la défunte allait encore être entourée de la fantaisie qu'elle avait aimée en chaque chose. Son premier domestique Lagnier dit Baptiste fut préposé à la garde des empreintes, mais le lendemain il accourut effaré chez le commissaire conseiller du roi. « Venez vite, lui dit-il, on a oublié les chats de M"''' la duchesse, ils sont restés enfermés sous scellés, ont fait un vacarme épouvantable toute la nuit, et comme ils n'ont rien à manger, ils vont sûrement devenir enragés. »

Le magistrat se transporta immédiatement sur les lieux, s'installa à une table, prit sa plume, mit ses lunettes, étala ses papiers et commença, plein de gravité, deux procès-verbaux à la suite desquels, la loi étant repue, on donna la liberté aux matous.

Le pauvre Vauvray fut péniblement affecté par cette mort qui le privait d'une agréable compagne et d'une obligeante caissière; il partagea ses regrets entre le souvenir reconnaissant et la pénible obligation d'être désormais

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privé des douceurs de l'existence que lui procurait sa vieille amie. Les deux femmes de chambre, les deux valets, le cuisinier, le cocher, le portier, tous ces gens honnêtes et surtout utiles, allaient partir; la berline de velours d'Utrecht cramoisi, la diligence de drap grisblanc, les deux chevaux noirs, allaient être vendus aux enchères. Vauvray soupira tristement, et depuis on n'entendit plus parler de lui. Le duc de Gharost, ne se souciant pas d'être exécuteur testamentaire, abandonna tous ses droits et legs aux héritiers naturels représentés par le marquis de la Blache, qui ne devait pas en profiter longtemps. Onze mois après, il mourait dans son château d'Anjou, transmettant à ses deux flls l'héritage de la duchesse et le sien. Le premier ne contenait pas que des titres et des valeurs, il renfermait aussi les microbes de la maladie processive de la testatrice. Les deux la Blache furent bientôt contaminés et, jusqu'à la Révolution, s'envoyèrent des assignations, absorbèrent les avocats, échangèrent des propos aigre-doux, et plaidèrent avec un entrain que leur grand'tante eût envié (0.

(1) Archives nationales, T 510-542.

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Une fois en possession des biens de sa parente, le marquis de la Blache avait fait faire, le 19 décembre, une vente générale des meubles et des effets. L'inventaire dressé auparavant mérite un coup d'œil, surtout de la part des dames, qui y verront une partie de la garderobe d'une vieille coquette du xviii* siècle. Il comprenait (0 :

Dans le petit salon :

1 petit lustre de cristal garni de 6 bobèches. 1 vieille table couverte de drap vert.

1 vieux lit de repos couvert de damas vert.

2 bergères, 5 fauteuils.

4 chaises couvertes de vieux damas d'Abbeville bleu et blciric.

6 rideaux de vieux taffetas vert.

2 tableaux peints dont 1 représente Andromède. 2 autres portraits.

Chambre à coucher :

1 porte-montre porcelaine du Japon.

1 commode à la Régence de bois de placage.

1 couchette à la Polonaise de 3 pieds 1/2 de large avec couvre-pied piqué d'indienne rouge, rideaux de damas cramoisi galonné en or faux.

Salon ayant vue sur le jardin et la cour :

2 grandes bergères de bois recouvertes de salin fond blanc à colonnes bleues et fleurs violettes.

(1) Étude de AT* Legay.

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2 tableaux peints sur toile représentant un portrait d'homme et l'autre M. de Lowendal, un autre représentant la marquise de Prie.

2 pastels.

Un grand nombre de très jolies porcelaines, petits déjeuners, tasses, écuelles, plateaux, etc. (Porcelaines de Saxe, de Monsieur, de Sèvres, de Chine, etc.).

Garde-robe :

1 robe et son tablier de salin hollande fond olive à fleurs.

1 robe el son jupon de damas aurore.

1 robe et son jupon de mousseline blanche à fleurs d'or.

1 robe et son jupon de tafifetasflambé fond blanc.

1 robe et son jupon de gaze noire.

1 robe et son jupon de pékin jaune garnie en gaze.

1 robe el son jupon de Perse fond paille à grandes colonnes et à fleurs.

1 robe et son jupon de velours cramoisi brodée en or.

1 robe et son jupon de satin fond gris brodée or et soie.

1 robe et son jupon de gros de Tours broché à fleurs de soie et argent.

1 robe et son jupon de satin violet à fleurs d'or.

1 robe et son tablier de velours d'Italie noir brodée et garnie.

1 robe el son jupon de satin de Lyon fond blanc, rose et gris.

2i4 LA DUOHeSSE De fallary.

1 robe et son tablier de satin de Hollande fond bleu à grandes fleurs de couleur.

2 robes et leur tablier d'indienne.

1 vieille robe et son jupon de mousseline rose.

1 robe et son tablier de colon blanc brodée en laine.

1 robe et son jupon de taffetas des Indes noir et blanc.

1 robe et son jupon de satin à grandes raies noires et blanches.

1 douzaine d'autres robes de différentes couleurs.

6 paires de chaussures de différentes étoffes.

(Toutes les robes sont estimées 800 livres.)

Dans une armoire à côté de la chambre :

60 ouvrages de piété, de dévotion et d'histoire,

en grande partie dépareillés. (^4 rapprocher de la

garde-robe !) Vaisselle plate estimée 6,499 livres, vaisselle

montée 1,102 livres, etc., elc.

On trouva, en surplus, dans une cachette pratiquée dans la boiserie d'un petit cabinet proche la chambre à coucher, deux cassettes remplies de louis en argent, lesquels, avec les pièces ramassées dans les tiroirs, représentaient une somme de 52,638 livres. Au moyen de ces fonds et de ceux provenant de la vente, le marquis de la Blache remit au comte de Ruffb, au marquis de Foucault, à M. de Gévaudan, au

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