SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE HAOHAN ET C
Il est une science qu^on peut considérer comme la plus difficile peut-être de toutes : c'est celle qui consiste à déchiffrer ce qui se passe dans le cœur des femmes. Toutefois, sans être bien grand sorcier pour cela , il est permis de penser que la situation d'Hortense avait beaucoup changé, psychologiquement parlant, depuis le moment où elle était devenue duchesse de Mazarin. Le duc, par sa timidité et sa réserve excessives, avait gagné peut-être plus de terrain que le plus iier conquérant n'eût pu le faire à sa place avec un système tout contraire. On le plaignait , c'était
ALIX. »■ LATUCHB. T. II.
beaucoup , et de la pilié à Tamonr II n^y a sonvent qu'un pas. Le temps d'ailleurs en toutes choses est un puissant auxiliaire. Le temps et moi ; disait le cardinal Mazarin ; mais le temps tout seul a bien aussi son pouvoir. Le beau page perdait d'ailleurs inévitablement par l'absence tout ce que le duc gagnait par la présence. Bref, les affaires de ce dernier allaient pour le mieux ; mais il y a des gens dont on peut dire à juste titre qu'ils sont nés sous une mauvaise étoile, tant l'inexorable fatalité s'attache à toutes leurs démarches. Si M. le duc de Mazarin eût persisté quelques jours de plus dans le système qu*il avait suivi jusqu'alors , peut-être la duchesse en fûtelle venue à l'aimer ; mais il manqua de patience, et, pour avoir voulu brusquer la partie, il la perdit complètement , sans aucun espoir de retour.
Le lendemain même de cette fatale soirée où Armand était entré en maître dans la chambre à coucher de sa jeune femme , celle-ci écrivit secrètement à la connétable Golonna sa sœur une lettre qui ne ressemblait en rien à celle qu'elle avait commencée la veille et qui avait été déchirée en mille morceaux , puis jetée au vent. En voici la première phrase :
c Marie, ma bonoe Marie, tu avais bienraiaon de me dire , en partant , que je serais encore plus malheureuse que toi. Je sens que jamais de ma rie je ne pourrai aimer M. le duc de Mazarin. »
Est-il besoin d'ajouter que dans cette lettre il était plusieurs fois question du beau page sans que rien indiquât qu'Hortense fût disposée à lui rendre son serment en échange de celui qu'elle lui avait fait , et dont elle pleurait à chaudes larmes la violation, hélas! bien involontaire? Pauvre Horiense ! A partir de ce moment combien son existence est changée! Le duc n'est plus pour elle cet amant tendre et soumis qu'elle attire ou écarte d'un geste , cet époux tremblant de revendiquer les privilèges de son titre. Les défauts qui chez lui n'existaient qu'en germe se sont développés avec une rapidité sans égale^ Sa timidité est devenue de la méfiance , sa jalousie est poussée jusqu'au ridicule ; on le citait pour sa dévotion un peu outrée, et maintenant c'est plus, c'est une intolérable bigoterie. Sentant bien qu'il n'est pas aimé, il entoure sa femme d'espions qui lui rendent compte de ses moindres démarches , de ses moindres paroles. Madame de Venelle , cette ancienne gouvernante , cet Argus
femelle préposé à la garde des nièees du cardinal , est appelée à reprendre son emploi auprès d'Hortense, bien qu'Hortense ait cessé d'être une petite fille. C'est la camarera mayor du palais Mazarin , et Dieu sait si elle s'acquitte avec èoin de sa tâche ! Duègne émérite , elle flaire le billet doux d'une lieue et déconcerte une œillade à cent pas de distance.
Bientôt même et nonobstant rélroite surveillance de madame de Venelle , le duc se persuade que le palais Mazarin est pour une jeune femme une détestable résidence. Ce palais est en effet si près de celui du Louvre que les blondins de la cour ne peuvent s'empêcher, en sortant du grand lever, de venir rendre hommage aux beaux yeux de madame la duchesse. M. de Mazarin a résolu d'y mettre bon ordre , et certain jour Hortense, presque sans s'en douter, se trouve transportée sous les lambris de ce sombre palais de l'Arsenal qui , aujourd'hui même que les créneaux de la Bastille ont cessé de projeter sur lui leur ombre menaçante , conserve encore un aspect si sévère et si plein de mélancolie. Là le duc est tout-puifr* sant , car il est grand maître de l'artillerie de France , et il lui semble que ce n'est pas trop de tout cet appareil militaire placé sous ses ordres ,
de UNié ces canons Taincfueurs sut* tous les champs de bataille de TEurope , pour garder son précieux trésor, son Hortense adorée. Jamais la consigne n'a été si rigoureuse à TÂrsenal , même au temps de Taustère Sully ; jamais on n'y vit , sur tons les points , une telle profusion de senti* nelles. Ce sont tous les jours nouvelles inquiétudes et partant nouvelles exigences de monsieur le duc. M. de Polastron, le capitaine des gardes, est sur les dents. Et ce n'est point ici , comme on pourrait le penser, une accumulation hyperbolique de circonstances plus ou moins vraisein* blables , enfantées par l'imagination fiévreuse d'un romancier : il existe dans une des salles de la bibliothèque royale (i), qui sait? peut-être dans l'appartement même de la duchesse de Mazarin * un petit livre imprimé à Cologne , il y a cent soixante-six ans (i675), et dans lequel notre héroïne s'est attachée elle-même à retracer toutes les particularités de son existence de recluse, c Je ne pouvois , dit-elle, parler à un domestique, qu'il ne fût chassé le lendemain. Je ne recevois pas deux visites de suite d'un même homme qu'on ne luy fit défendre la maison.*. Il (le duc) auroit
(1) L^ândmi ptlaiii Mixarin.
ALEX. DK LATBIIGME. — 14 It. 2
TOùla que je n*eu88e vu que loy seul dans le monde. Surtout, il ne pouvoit souffrir que je visse ses parents ny les miens , parce qu'ils en» troîent alors dans mes intérêts , et les siens parce quMIs n'approuvoîent non plus sa conduite que les miens. J'ai été longtemps logée ( dans le palais même de TÂrsenat ) avec madame d'Oradous , sa cousine, sans qu'il me fût permis de la voir. L'innocence de mes divertissements, capable de rassurer un autre homme de son humeur qui auroit conservé quelque égard pour mon âge , Iny faisoit autant de peine que s'ils eussent esté fort criminels. Tantost c'étoit péché de jouera colinmaillard avec mes femmes, tantost de se coucher trop tard ; il ne put jamais alléguer que ces deux sujets de plainte , une fois que M. Colbcrl voulut sçavoir tous ceux qu'il avoit. Souvent on ne pouvoit pas aller an cours en conscience, à plus forte raison à la Comédie ; une autre fois , je ne priois pas Dieu assez longtemps ; enfin, son chagrin sur mon chapitre étoit si puissant que , si on luy eût demandé comment il vouloit que je vécusse , je croy qu'il n'auroit pas pu en convenir avec luy-même. . • Si c'est son amour pour moi qui l'obligeoit à me traiter d'une manière si bizarre, il aurôit presque été à souhaiter, pour tous deux,
qa'il m^eût on peu honorée de son todiSérence. i Eo lisant les lignes qui précèdent,, quelque lecteur ne sera-t-il pas tenté de se demander, comme cela nous est arrivé à nous-mème , lequel était le plus à plaindre, d'Hortense ou d'Armand 9 Pour nous , le doute n'a pas été de longue durée, et , dussions-nous encourir ainsi raniroadversion de nos lectrices , nous confessons , dans toute la sincérité de notre ,cœur, que ce pauvre duc , incessamment consumé par un amour sans espoir, auquel viennent se joindre toutes les appréhensions, tous les tourmenls, toutes les angoisses qu'enfante une possession inquiète et troublée, nous semble plus digne de pitié que sa jeune et aimable femme , toute captive qu'elle puisse être au fond du palais de l'Arsenal. Pour le duc, en eflet, le présent , le passé , l'avenir,, tout est sujet de tristesse , de soupçon et de deuil ; mais Hortense ! si pour elle aussi le présent est som* hre , le passé garde un doux souvenir et l'avenir plus d'une espérance peut-être. N'y a-t-«il pas quelque part en Italie , ou à Rome , dans les environs, un charmant lieutenant aui^ gardes, tout disposé sans doute à oublier, moyennant certaine condition , qu'on a. été envers lui parjure... ohl d'une façon bien excusable ?
Au temps où trônait £èrement la mytMo^ [)a'ienne ,00 De manquait jamais de re[Hrésaiter l'Amour un bandeau sur les yeux, et Ton oubliail qu*à tous les titres cet attribut convient beaucoup plus à THymen. Qui oserait nier,|en eSet^ que Feitrême méfiance n'ait des conséquences plus désastreuses et souyent plus inévitables que Textrême confiance? Ce sont les deux gouffres de Gbarybde et de Scylla, qu'on n'aperçoit, aveugle rendu à la lumière , qu'en s^y engloutis* saut. Certes , si le duc de Mazarin , au lieu de s'q>uiser' en précautions superflues contre les ennemis fantastiques dont il voyait sans cesse son honneur afteiégé , eût laissé à Hortense quelque liberté , il n'eût pas fourni à un ennemi bien autrement réel et bien plus menaçant, quoique éloigné , de puissantes armes contre lui. Qui sait si , au bout d'un an ou deux, le beau page n'eût pas été complètement oublié? Et, quant aux concurrents redoutables que présentait cette merveilleuse cour de Louis XIV à son aurore , les Lauzon , les Yardes, les Navailles , les Guiche et tant d'autres , il est permis de penser qu'HcMrtense leur eût résisté.
La ducbesse de Mazarin , il ne faut pas s'y tromper, n'avait point reçu du ciel cette ardente
sentftittté qai perdit «a sœur, la connétable Golonna. Elle avait rimagination trop vive pour avoir le cœur tendre, au moins dans Tacceplioa la plus générale de ce mot, aujourd'hui déjà presque suranné « et qui bientôt peut-être aura disfMira du vocabulaire usuel. À ce soleil d'Italie qui avait éclairé son berceau , Horlense n'avait emprunté , si Ton peut s'exprimer ainsi , qu'un reflet tout extérieur. C'est à lui sans doute qu'elle devait cette pureté de formes, cette régularité de lignes, cette beauté plastique enfin qu'on trovre à un si haut degré dans les chefs-d'œuvre de la sculpture antique , et qui firent l'admiration de ses contemporains; mais, intérieurement, elle avait subi l'influence de notre soleil , et elle était devenue toute Française par l'esprit , par la grâce , par la légèreté , et , il faut bien le dire aussi « par un irrésistible penchant à la coquette^ rie. La fantaisie , le caprice , dans ce qu'ils ont de plus charmant et de plus adorable , formaient le fond de son caractère. Née pour les plaisirs et pour les fêtes, et condamnée, par l'inquiète jalousie de son mari , à n'y paraître que dans des occasions fort rares , elle trouvait moyeu d'évoquer les ris et les jeux jusque dans sa triste solitude de l'Arsenal , et l'on a vu que , faute de pouvoir
associer à ses passe-temps des personnes de sa qualité , elle avait pris le parti de recourir à ses filles de chambre. Élevée au sein de toutes les jouissances du luxe et de la grandeur, et portée par un penchant irrésistible vers la dépense , elle raconte elle-même que, ne sachant que faire de son argent , elle le jetait par les fenêtres à ses laquais. Faut-il s'étonner, après cela, qu'an homme d'un tempérament mélancolique, d^on esprit faible et porté à Textase comme Tétait le duc de Mazarin, ait subi si profondément Tinfluènce de tant de charmes réunis, et que, comme Tavare , il se soit attaché à son trésor avec une frénésie jalouse dont il existe peu d'exemples , et qui devait faire le malheur de toute sa vie?
Un beau jour, le duc ne se réveiila-t-*il pas avec l'idée que l'Arsenal était encore trop près du Louvre pour que son Hortense pût continuer d'y vivre à l'abri des entreprises des galants ! Aussitôt, le voilà qui commande ses équipages , et le soir même il était en route avec la duchesse pour son gouvernement d'Alsace. Là, il ne fait que toudber barre , car il avait appris que tous les principaux seigneurs de la province préparaient à l'envi des fêtes pour célébrer Tarrivée de madame de Hazarin , et /repartant immédiatement, il se rend à
Sedan. De Sedan , où le même péril menaçait ^ il retourne à Paris , où il s'arrête à peine vingt* quatre heures. Â quelques jours de là , il était à Nevers , puis au Maine , puis en Bretagne ; car, en promenant ainsi la jeune duchesse par ses terres et par ses gouvernements , sans lui donner même le temps de se reposer, il espérait dépister ainsi les galants imaginaires que son esprit troublé croyait voir sans cesse à ses trousses.
Bien plus , il évitait avec soin de descendre dans les palais, châteaux ou hôtels, qu'en sa qualité de gouverneur de tant de villes , et de seigneur suzerain de tant de villages, il avait constamment et partout à sa disposition, sinon même en sa possession. Loin de là , s'il y avait dans le l^ys quelque endroit bienchétif, quelque cassine assez étroite pour qu'il pût se dispenser ainsi d'offrir Thospitalité à àme qui vive , il choisissait bien vite ce village et cette cassine. Ceux-là même que les affaires ou leur devoir obligeaient à venir lui rendre visite étaient contraints de camper, faute de cabaret » et , pour peu qu'ils fussent de bonne mine , ils étaient bientôt cent* gédiés sous toutes sortes de prétextes. On raconte qu'au mépris des naïves représentations de son père f le vieux maréchal de La Meilleraye , qui
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(lisait qu'il ne fallait point avoir de femme pendant qu'on buvait les eaux , il emmena Hortense il Bourbon , ne pouvant se résoudre à se séparer d'elle; et là , la duchesse de Mazarin , la plus jolie femme de la cour de Louis XIV, où il y en avait tant et de si charmantes , la duchesse de Mazarin , pour laquelle le cardinal avait refusé le duc régnant de Savoie , le duc de Hercœur et bien d'autres , la duchesse de Mazarin, qui avait failli être la reine d'Angleterre , demeura un mois entier enfermée avec son mari dans une chambre.
A ceux de ses parents ou amis qui croyaient pouvoir lui adresser des observations sur ces façons d^agir.et lui représenter qu'il finirait par se rendre. ainsi la fable de toute la cour> le duc répondait qve , quelque raillerie qu'on ftt de lui » le commerce du monde étant fort contagieux , il voulait empêcher qu'on ne gàtàt son Hortense , parce qu'il aimait encore plus Hortense que sa propre réputation.
Deux personnes auraient pu , sinon venir en aide à la duchesse dans les conjonctures délicates où elle se trouvait placée , du moins chercher à alléger ses ennuis. C'étaient son frère , le jeune duc de Nevers , et sa sœur ainée , la comtesse d^
Soissons ; mais cette dernière ^ qui occupait alors le poste important de surintendante de la maison de la reine , ne pouvait voir sans dépit sa beauté éclipsée par celle d'Hortense ; et , quant au duc de Nevers , la facilité de ses mœurs effrayait si fort M. de Mazarin , qu*il était jaloux même de loi. Ce jeune seigneur, dont Saint-Simon nous a laissé un portrait peu flatté , se piquait > comme on sait , de bel esprit. Il écrivit à un de ses amis, quelque temps après le mariage de la connétable Golonna , une lettre dans laquelle il se félicitait du bonheur qu*il avait de posséder, dans les deux plus belles villes du monde , Rome et Paris, deux sœurs qu'il affectionnait tendrement. La lettre se terminait par ces deux vers :
Avec la belle HortensQ oo la tago Marie, De sœur eu sœar je vais passant ma vie.
Le duc de Masarin , qui eut connaissance de cette lettre , s*en montra fort troublé , et , quelque temps après, il fit murer le passage qui , du palais Mazarin , conduisait à Thôtel de Nevers.
On nous demandera peut-être ce que devenait, pendant ce temps-là, un personnage quia joué un r6le assez important dans le commence-
ment de ce récit , M. de Saint-Évremond. Ce maréchal de camp philosophe, prévenu à temps, fort heureusement pour lui , du péril qui le menaçait , avait trouvé un asile en Hollande auprès du célèbre Spinosa , et il se consolait de son mieux , dans le commerce des savants et par la culture des lettres, de toutes les douleurs de Texil. EJntre toutes ces douleurs , Fimpossibilité où il était de voir Hortense n'était pas , comme on le pense bien , la moindre. On le rencontrait souvent, à la chute du jour, assis au bord de quelque canal , un livre à la main. C'était le livre des Triêles , d'Ovide , qu'il relisait sans cesse , en se comparant au poète latin envoyé par l'empereur Auguste en exil chez les Sarmates. Seulement , il poussait parfois de gros soupirs en réfléchissant qu'Qvide au moins , dans son exil , avait emporté le souvenir des faveurs de Julie , tandis que lui n'avait connu que les rigueurs d'Horlense.
Ce dut être un curieux spectacle pour lés bons Hollandais que de voir ce courtisan déchu , apportant au milieu de leur société toute républicaine les prétentions d'un gentilhomme de la vieille roche , ce roi du b.el air secouant ses plumes , ses rubans et ses dentelles au mîKea
des sales houppelandes de leurs éradits et des Téiements de drap goudronné de leurs roarins , cet oracle en gastronomie réduit à échanger les soupers du comte d^Olonne , du commandeur de Sottvré et de Ninon de Lenclos, contre quelques plats de morue ou de harengs , et son précieux TÎn des Trois-Gôteaux contre la grosse bière d'Amsterdam. Déchu du bénéfice qu'il retirait de ses pensions et emplois , Saint-Évremond se trouvait en effet réduit à une situation des plus précaires; et pourtant, il eût regardé comme indigne de sa qualité de chercher à Taméliorer en vendant ses ouvrages, bien qu'on lui en offrit un prix fort élevé et que Barbin , le libraire immortalisé par Boileau , payât dès lors des auteurs pour lui faire du Saint-Évremond. Aujourd'hui , les gras de qualité sont de meilleure composition.
Plusieurs fois , dans les rares apparitions qu'elle faisait à la cour , Hortense avait essayé , à l'insu de son mari , de fléchir les ministres et le roi lui-même en faveur du maréchal de camp. Quelque peu disposée qu'elle fût à répondre à son amour , elle était comme toutes les femmes et ne pouvait s'empêcher de lui en savoir gré intérieurement. D*ailleurs, elle n'avait pas oublié les
titres tout particuliers que Saint-Évremoiid avait acquis à sa reconnaissance , dans la nuit de la Toussaint 1660. Mais Louis XIY et ses miaiatres s'étaient montrés sourds aux sollicitations de la belle duchesse, et, comme toutes les ouvertures faites à cet égard par les nombreux et puissants amis que le maréchal de camp avait laissés en France furent constamment repoussées de la (àr çon la plus péremptoire , on a toujours pensé que la fameuse lettre sur la paix des Pyrénées n'éûîl pas le seul motif de la disgrâce de Saint4l)vremond. Quel était Tautre motif? C'est ce qui est demeuré un mystère.
Au surplus • si , rejeté de la plus brillante cour du monde sous Tatmosphère brumeuse de la Hollande, Saint-Évremond se voyait condamné à une existence assez maussade , on a vu qu'il n'avait , à cet égard , rien à envier à la duchesse de Mazarin. Les jours, les mois, les années même s'écoulaient sans apporter aucun changement à la situation d'Hortense. D'abord, elle avait supporté sans se plaindre les caprices les plus déraisonnables de son mari. Presque encore enfant lorsqu'elle l'épousa , et habituée à la règle sévère du couvent des Filles-Sainte-liarie de Chaillot , elle n'avait vu dans l'autorité maritale
qii'«iie transforma tîon de celle de sa gouvernante, la rigide madame de Venelle. Ensuite, à l'époque où se passe ce récit , un mari élaic enoofre considéré comme nn maître donné par le eid. Enfin , dans sa gaieté et son enjouement naturels , elle trouvait la force de supporter la aervîtvde k laquelle ses plus beaux jours étaient voués. Que de chagrins oubliés pour un carrousd ! qii« de larmes séchées par une courante dansée à quelque fête du Louvre ou de Versailles avec M. de Lauzun I 11 est vrai que souvent, au moment dit elle venait d'achever sa toilette et où elle apparaissait devant son mari dans tout Péclat que sa parure ajoutait encore à sa beauté, et radieuse, par avance, de tout le plaisir qu'elle se promettait , le duc, après s'être enivré quelques instants de l'aspect de tant d'attraits, ordonnait soudain de dételer les chevaux, afin que nul autre que lui ne pût voir , ce soir-là , combien son Hortense était belle. Alors c'étaient des pleurs intarissables de la part de la jeune femme ; mais , le lendemain , elle n'y songeait plus. Et puis , il ne faut pas oublier les messages confidentiels de madame la connétable , les nouvelles données sur le compte du beau page, qui était toujours bien amoureux , et que M. le