‹ La duchesse de Montemayor drame en cinq actesChapitre 30 sur 87 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

pour chercher querelle aux gardes du corps, quelques coups a’épée donnés et rondus. Mais à ga près...

LE DUC

Rien de plus?

ASPINVAL.

Mais... pour uno fôte, c’est «suffisant!

LE*DUC. -

Pour la fête, c’est possible, mais pour moi’...

ASPINVAL.

Pour vous, monsieur le duc?...

LE DUC

Oui. Il ne vous est pas revenu certaines choses qui pourraient m’intéresser particulièrement?

ASPINVAL.

Particulièrement?... Ma foi... Ali! oui; votre neveu, qui m’avait dit ne pouvoir venir, est armé sournoisement un des premiers...

LE DUC, l’interrompant.

Laissons là ce jeune homme!

ASPINVAL.

Alors, monsieur le duc, je n’ai plus rien à vous dire...

LE DUC, regardant le comte et accentuant.

Vous n’avez pas eu occasion, je le vois, de vous rencontrer avec la duchesse?

ASPINVAL.

Pardon, monsieur le duc, un instant, quelques minutes seulement.

, LE DUC

Rien qu’un instant?

ASPINVAL, à part.

Quel singulier tonl (Hant.) Oh! vous savez, dans les fêtes, on se croise... on se perd... On ne se retrouve pas toujours 1 Madame la duchesse était fort entourée, fort admirée, par conséquent, et en si bonne compagnie, qu’elle n’avait nul besoin de mon humble protection.

ee duc. ,,

De sorte que vous ne connaissez pas les personnes qui ont eu l’honneur de lui être présentées.

Non; et je n*ai pas cherché à les connaître.

LE DUC

Ah 1 vraiment ! vous n’avez pas désiré les connaître 1 (Posément.) monsieur le comte, quelques jours avant mon départ, nous sommes convenus, je crois, do nous dire quels événements nous ont fait nous rencoqtrer, je vois qu’il est temps

d'échanger cette double confidence, et si votre obligeance daignait commencer...

ASPINVAL.

Avec plaisir!... et d’ailleurs, c’est si simple! — A vingt-cinq ans, j’étais ruiné, j’avais eu successivement trois" héritages tués sous moi ; je résolus d’aller me faire tuer moi -même, au milieu des derniers et magnifiques combats que l’Empire livrait à l’Europe. Je m’engageai dans les gardes d’honneur ; c’était en 1812. En 1814, j’étais déjà capitaine. En 1815, je n’étais plus rien du tout. La veille, un héros, le lendemain, on m’appelait un brigand de la Loire. Quoique je fusse gentilhomme, la Restauration me repoussa.

LE DUC

Pourquoi ?

ASPINVAL.

Parce que j’avais tiré l’épée contre l'étranger. (Reprenant après un temps.) Je ne pouvais, à vingt-huit ans, m’amuser à cultiver des regrets. Ce jardinage de la \ ieillesse no convenait ni à mon lige, ni à mon énergie... A ma nature exubérante, il fallait des sensations vives, larges, sans cesse renouvelées. J’avais «un de ces cœurs qui tiennent table ouverte jour et nuit. Ces cœurs coûtent cher d’entretien ; ils sont trèschauds, ils digèrent l’or; il leur en faut beaucoup. Comment m’en procurer?... J'apprends qu’en Amérique un vaillant

S ic tente encore un effort pour sa délivrance avec l’infale et intrépide Bolivar... (s'arrêtant.) Vous souriez, monsieur le duc, pourquoi?

LE DUC

Vous devez savoir, comte, que les diplomates sourient beaucoup en écoutant.

ASPINVAL.

C’est Bolivar qui vous fait sourire... Bolivar a duré trop longtemps.

LE DUC, avec bonhomie.

Mais oui ! Qu’un homme devienne brusquement un'héros; qu’il ait son jour sublime et qu’il meure, ou qu’il rentre dans la vie tranquille, c’est bien, mais...

ASPINVAL.

^ Mais s’il a l’héroïsme incurable, il passe à l’état d’Aristide,

c'est trop juste ! ... et on l’appelle...

, LE DUC

Bolivar. Continuez donc!

ASPINVAL.

J’apprends que les fusils manquent aux bras libérateurs, je passe en Angleterre, et, là, j’achète des munitions de guerre

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