ACTE DEUXIÈME
que je porte aux indépendants. Me voici donc à Venezuela. (Soulignant en regardant ie duc.) A Venezuela.
LE DUC
C’est entendu !
ASPINVAL, à part.
Tiens ! il est fort ! (Haut.) On m’accueille à bras ouverts, on m’embrasse, on me porte en triomphe : c’est superbe ! (Sa reprenant.) Ce fui superbe! jusqu’au jour où je présentai aux Américains-Espagnols devenus peuple libre, la facture des fusils que je leur avais vendus pour conquérir leur liberté. Ils refusèrent de la payer, et comme j’insistais un peu trop, il parait, ils me condamnèrent à mort, prétendant que les fusils que je leur avais vendus étaient de mauvaise qualité, qu’ils n’avaient jamais tué qui que ce fût 1 J’allais passer par les armes; je demandai la faveur d’être fusillé avec mes propres fusils puisqu’ils ne pouvaient tuer personne. Cette plaisanterie remplie de bon sens me sauva. On se contenta do m’exiler en pleine forêt vierge, parmi les animaux les moins amis de l’homme. J’évitai les plus cruels, j’en vainquis quelques-uns. Les plus braves, les plus nobles, les plus malins me respectèrent...
LE DUC, avec courtoisie.
Cela se comprend !
ASPINVAL, après s’être incliné.
Je finis par tomber au milieu des Indiens do la tribu dos Nez-percés, gens aimables mais féroces, dont les femmes ont des épaules charmantes qu’elles découvrent jusqu’aux talons : Mon adresse à la chasse me fit nommer chef de cette tribu des Nez-percés; ils me peignirent le visage avec du vermillon et me mirent des plumes sur la tête. Malheureusement, sous ce costume, je plus à la majorité des jeunes Indiennes. Dès ce moment, ja ousie chez les Nez-percés, qui m’accusent d’avoir cherché à séduire la femme du Serpent- Bleu. J’ai beau protester, on m’enchaîne, on me déplume, bref, on déclare solennellement que je dois être mangé à la nouvelle lune; je m’évade au dernier quartier. J’arrive au Texas, où je m’embarque sur un vaisseau anglo-américain qui portait de l’argent aux Grecs, alors en pleine insurrection : nous étions en J82I.'Je m’étais fait contrebandier en Amérique, me voilà Philellène, distribuant aux révoltés des dollars, de même que j’avais distribué des fusils aux Américains. Je ne fus guère mieux récompensé ; l’amour m’avait perdu parmi les sauvages, ici, ce fut le jeu. Un soir que je faisais la partie dans l’ancien palais d’Agamemnon, à Athènes, un descendant de ce roi des rois me vola indignement aux cartes. Il retournait toujours son aïeul. Je n’aurais pas dû