LA DUCHESSE DE MONTEMAÏOR
m’en étonner, j’étais dans la capitale des grecs. J’eus le mauvais goût de me fâcher, le tort plus^grand encore de donner un soufilet au petit-fils d’Atrée et de Thyeste. Duel le lendemain; je le tuai au pied de l’Acropole. Homère n’en a rien dit, mais la police de al. Capo-d’lstria s’en émut beaucoup, et le soir môme j’étais prié de m’embarquer pour où je voudrais. Très-refroidi à l’endroit des peuples libres, je partis pour l’Espagne, décidé à servir le roi Ferdinand VII.
LE DUC
Et quand je vous rencontrai, vous, l’homme do l’indépendance, monsieur le comte, vous, étiez aux galères.
ASPINVAL, bondissant.
M. le duc!...
LE DUC
Pardon!... Aux présides... mais en France, on dit : galères 1
ASPINVAL, calmé.
Oui, j’étais... où vous dites... je sciais des planches, je roulais des canons, je raccommodais des voiles... je faisais bien d’autres choses, sans compter les réflexions! Mais (absolument parlant), la question, ce n’est pas tant les galères que la cause pour laquelle on s’y trouve. La cause pour moi, c’était un malentendu.
LE DUC
Oui I je sais ! A peine débarqué à Cadix, vous aviez rencontré une bande ae guérilleros armés contre nous, et vous aviez combattu dans leurs rangs.
ASPINVAL.
Contre la cause que je venais défendre! ah!
LE DUC
Et quand vous ôtes vaincu, quand on vous fouille, on trouve sur vous une lettre pour le général en chef de nos troupes royales.
ASPINVAL.
On me déclare traître, alors I je veux m’expliquer, on ne me comprend pas... et en attendant que je me fasse comprendre, on me condamne à trois années de présides.
LE DUC
Oui, de galères!... mais vous ne regrettez pas je pense cette vie misérable?...
ASPINVAL.
Eh! mon Dieu ! monsieur le duc, cette vie n’est pa3 précisément le paradis terrestre, mais... quand je serai vieux... (s’interrompant.) car je peux vieillir!...