‹ La duchesse de Montemayor drame en cinq actesChapitre 33 sur 87 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

, ■ LE DUC

Comment donc, monsieur... Lo diablo lui-même devint vieux!

ASPINVAL, achevant.

Je me dirai, on me souvenant :• Le plus beau temps de ma vie s’est peut-être passé aux galères.

UE DUC

Vous voulez y retourner?

ASPINVAL.

Moi 1 non ! La civilisation m’a gâté, j’aime ses entraves, j’adoro ses fers !

le duc.

Tout cela est en effet d’une grande simplicité. Ce que j’ai à vous rappeler, moi, ne vous semblera pas moins simple. (.\spinval saioo.) J’étais inspecteur-général de la marine espagnole, quand mes fonctions m’appelèrent à visiter les présidés; on me parla beaucoup d’un condamné politique, jeune encore, de bonne naissance, et dont la vie romanesque s’était écoulée un peu partout où la révolte accomplissait ses desastres sous prétexte de liberté. Ces renseignements excitèrent mon intérêt : je demandai à vous voir, je vous vis. Ce jour là, monsieur le comte, vous goudronniez, je crois, un vaisseau.

Oui... je goudronnais assez bien!

LE DUC.'

Vos manières me plurent, votre esprit me charma, et je vous attachai à moi, dans un but... qu’un homme do votre intelligence devait comprendre à demi-mot ; et, en ce moment même, il me semble impossible que vous ne soupçonniez pas la raison des avantages assez brillants que vous avez

ASPINVAL.

Générosité si extraordinaire, monsieur le duc, que.

LE nue.

Pardon, et permettez-moi d’établir clairement notre mutuelle position. Vous savez, monsieur le comte, qu’il est des choses, des propos, des opinions qu’un homme politique ne saurait entendre par lui-même; mais un allié secret, actif, dévoué, peut écouler pour lui, sans porter lo moindre ombrage, recueillir sans danger et redire à propos le lendemain ce qu’il a entendu la veille.

ASPINVAL.

Je comprends, mais alors, je serais...

LE DUC

Je crois l’étonnement superflu.

3i LA DUCHESSE DE MONTEMA YOR

ASPINVAL.

Comment, moi. je serais...

Jusqu’ici, je l’avoue, vous avez répondu à mon attente. Parfaitement accueilli dans le monde, dans les réunions politiques, dans les cercles fréquentés par les étrangers, vous m’avez fidèlement rapporté chaque jour une moisson de faits et d’opinions dont j’ai tiré, grand parti pour mon gouvernement. Mais au moment où j’attends de vous d’autres services, plus intimes, plus sérieux pour moi, votre zèle se trouble, votre ardeur se glace, et vous méconnaissez mes Bontés jusqu’à trahir ma confiance.

ASPIXVAL.

Moi !

LE DUC

Vous venez de me dire que vous n’aviez pas vu hier à Saint -Germain la duchesse de Montemayor et vous avez causé près d’une heure avec elle devant le château.

ASPINVAL.

Monsieur le duc, Macbeth fut bien étonné le jour où trois sorcières lui crièrent en pleine forêt : « Tu seras roil » Eh bien ! si elles m’eussent arrêté ce matin, pour me dire : a Tu es un espion ! » J’aurais été plus étonné que Macbeth, mais ' j'aurais tordu le cou aux sorcières !

LE DUC

Ah çà ! monsieur le comte, voudriez-vous me dire, alors pourquoi je vous aurais arraché aux présides?...

ASPINVAL, vivement.

Pourquoi?... j’espérais, monsieur le duc, que votre mémoire vous servirait mieux !

LE DUC

Mais... ma mémoire ne me rappelle plus rien.

Quand j’arrivai à Venezuela, je trouvai tout en grande rumeur; la femme d’un riche marchand avait eu l’honneur de plaire à l’aide de camp du général, et cet aide de camp avait trouvé galant de l’enlever avec le concours de ses camarades. Le mari se fâcha, ses voisins s’en mêlèrent. Dans la bagarre, le mari fut un peu tué... par l’aide do camp, dit-on. Mais les ravisseurs furent mis en prison. D’un moment à l’autre, ces étourdis pouvaient être massacrés ; moi qui n'en connaissais pas un, mais qui me sèntais touché de leur sort, je cherchai à attendrir les geôliers, (faisant signe du donner de l’argent) le lendemain la prison était vide! (Après un temps.) Eh bien, comme l’aide de camp, principal auteur de cette équipée, avait nom, à cette époque, comte de Monte-

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