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CHAPITRE TREIZIEME

Deux mois s'étaient écoulés depuis la mort de Mme de Beaumesnil.

Une grande activité régnait dans la maison de M. le baron de La Rochaignë , nommé tuteur d'Ernestine de Beaumesnil par un conseil de famille convoqué peu de temps après la mort de la comtesse.

Transportant et plaçantdes meubles, les domestiques de M. de la Rochaigué allaient et venaient, surveillés et dirigés par sa femme et par lui, ainsi que par sa sœur, Mlle Héléna de La Rochaiguë, fille de quarante-cinq ans environ, toute de noir vêtue: ses yeux toujours baissés, sa figure pâle et maigre, sa physionomie timide, son allure discrèteet lesévèrearrangementde sa coiffe blanche, lui donnait l'aspect d'une sorte de religieuse, quoique Mlle Héléna n'eût prononcé aucun vœu monastique.

M. de La Rochaiguë, grand homme sec de cinquante à soixante ans, avait le front chauve et fuyant, le nez busqué, le menton rentrant, l'œil bleu faïence à fleur de tête; il souriait presque toujours, découvrant ainsi des dents très-blanches mais trop longues, qui achevaient de don-

ner à sa figure un charactère très-analogue à celui de la race ovine. Le baron avait d'ailleurs les formes excellentes, tandisque, par son maintien et jusque parlacoupe de son habit, toujours soigneusement boutonné à la hauteur de sa cravate blanche et de son jabot, il s'évertuait à se transformer en une copie vivante du portrait àeCaniiing , le type parfait de l'homme d'Etat gentlemari , — disait le baron.

M. de la Rochaiguë n'étaitpourtant pas homme d'État; mais depuis long-temps, il espérait de l'être; en un mot, l'ambition de la pairie était tournée chez ce personnage (président d'un conseil général), à l'état de manie, d'idée fixe, de maladie chronique etdévorante, secroyant un Cannhig inconnu, et ne pouvant se produire à la tribune de la chambre haute , il saisissait la moindre occasion de prononcer un speech, prenant ainsi le ton et l'attitude parlementaire, à propos des sujets les plus insignifiants.

Un des traits saillants de la manière oratoire du baron, était une redondance d'épithètes ou d'adverbes qui devaient, selon lui, tripler l'effet de ses plus belles pensées, et, pour employer la phraséologie du baron, nous dirons que rien n'était d'ailleurs plus ùisigtir/iant, plus terne, plus vide... que ce qu'il appelait... sa pensée.

Mme de La Rochaiguë, âgée de quarante-cinq ans, avait été jolie, coquette et fort galante ; sa taille était encore svelle; mais la recherche élégante et trop juvénile de sa toiliille contrastait toujours maladroilement avec la maturité de son âge.

La baronne aimait passionnément les plaisirs, le grand luxe, les fôtes magnifiques, et surtout à les diri-

gcr, il les présider en souveraine ; maliieureusemect, ses revenus, bien qu'honorables, n'étaient nullement en rapport avec ses goùls d'énormes dépenses; d'ailleurs elle se fût bien gardée de se ruiner; aussi trouvait-elle, en femme habile et économe, le moyen de jouir de la haute influence que donne une grande existence en se faisant, à l'occasion, la pafronesse de ces étrangers obscurs, mais colossalement riches, météores splendides qui, après avoir brillé durant quelques années à Paris, disparaissent à jamais dans le néant de la ruine et de l'oubli.

Madame de la Kochaiguë se chargeait donc (ainsi qu'on dit en argot de bonne compagnie) défaire un monde à ces inconnus ; en un mot, elle leur imposait la liste des gens qu'ils devaient exclusivement recevoir, ne leur accordant pas même quelques invitations pour ceux de leurs amis ou de leurs compalriotesqu'elle ne jugeait pas dignes de figurer parmi la line fleur de l'aristocratie parisienne.

La baronne, appartenant à la meilleure compagnie, lançait sts clients Aaa?, leplus grand monde, jusqu'au jour prévu de la ruine de ces étrangers; Mme de la Rochaiguë restait donc en réalité la maîtresse de leur maison ; seule, elle dirigeait, ordonnait les fêtes; à elle seule, enfin, on s'adressait pour être porté sur les listes des élus appelés à ces somptueuses et élégantes réunions.

Il va sans dire qu'elle faisait sentir à ses clients l'indispensable nécessitéd'une loge à l'Opéra etaux Italiens, où la meilleure place lui était réservée; il eu allait de même pour les courses de Chantilly ou pour quelques excursions aux bains de mer; les clients y louaient une maison, y envoyaient cuisiniers, gens, chevaux, voitures, et

là, Mme de la Rochaiguë tenait ainsi table ouverte pour ses amis, le tout au nom du ménage.

Il y a dans le monde, et dans le plus grand monde, une telle et si basse avidité de plaisirs, que, loin de se révolter de voir une femme de haute naissance se livrer à riodigric e^ploitation de ces malheureux qu'une folle vanité conduisait à leur ruine, ce monde flattait', adulait Mme delaRochaigue, suprême dispensatrice de ces fêtes splendides, et qu'clie-mème se targuait elfrontément de tous les avantages qu'elle devait à son patronage intéressé; du reste, spirituelle, rusée, insinuante, et partout très-comptée, Mme de la Rochaiguë était une des sept ou huit femmes qui ont une véritable influence sur ce qu'on appelle le monde à Paris.

Les trois personnes dont nous parlons, présidaient aux derniers arrangements d'un grand appartement restauré, doré et meublé à neuf avec un luxe inouï, occupant tout le premier étage d'un hôtel situé dans le faubourg Saint-Germain.

M. et Mme de la Rochaiguë quittaient ce logement pour aller s'établir au second dont une partie était habitée par ;\llle de la Rochaiguë, et l'autre avait jusqu'alors servi à loger le gendre et la tille de M. de la Rochaiguë, lorsqu'ils venaient de leur terre où ils résidaient ordinairement, passer deux ou trois mois à Paris.

Naguère presque délabré et meublé avec une extrême parcimonie, ce vaste appartement, alors si splendide, était destinée à Mlle Ernestine de Beaumesnil ; sa santé, suffisamment rétablie, lui permettait de revenir en France, elle de> ail arriver le jour même d'Italie accompagnée de sa gouvernante et dun intendant ou homme d'affaires

(jue M. de la Rochaiguë avait envoyé à Naples pour y chercher l'orpheline.

Il est impossible d'imaginer les soins minutieux que le baron, sa sœur et sa femme apportaient à l'arrangement des pièces destinées à Mlle de Beaumesnil.

Les moindres circonstances révélaient l'empressement, l'obséquiosité exagérée, pour ne rien dire de plus, avec lesquels Mlle de Beaumesnil était attendue... il y avait même quelque chose d'insolite, et presque d'attristant, dans l'aspect detantdesomptueusesetvastespièces consacrés à l'habitation de cette enfant de seize ans, qui semblait devoir se perdre dans ces appartements immenses.

Après un dernier coup d'œil jeté sur ces préparatifs, M. de la Rochaiguë assembla ses gens, et saisissantcetle belle occasion de prononcer un speech, prononça ces mémorables paroles avec sa majesté habituelle :

— Je rassemble ici mes gens, pour leur apprendre, leur déclarer, leur signifier que Mlle de Beaumesnil , ma cousine et pupille, doit arriver ce soir; Mme de la Rochaiguë et moi nous entendons... nous désirons... nous voulons... que nos gens soient aux ordres de Mlle de Beaumesnil avant que d'être aux nôtres... c'est dire à nos gens, qu'à tout ce que leur dira... leur ordonnera... leur commandera Mlle de Beaumesnil, ils doivent obéir aveuglément, et comme si ces ordres leur étaient donnés par Mme de la Rochaiguë ou par moi... Je compte sur le zèle... sur l'intelligence... sur l'exactitude de mes gens ... nous saurons reconnaître ceux qui se seront montré remplis de bon vouloir, de soins, de prévenances pour Mlle de Beaumesnil.

Après cette belle allocution, les gens furent congédiés, et l'on donna ordre aux cuisines de tenir continuellement et toute prête une réfection chaude et froide, dans le cas où Mlle de Beaumesnil voudrait prendre quelque chose en arrivant.

Ces préparatifs terminés, Mme de la Rochaiguë dit à son mari et à sa sœur :

— Nous devrions maintenant monter là-haut, pour bien nous recorder et convenir de nos faits.

— J'allais vous le proposer, ma chère, — dit M. de la Rochaiguc en souriant et montrant ses longues dents de l'air le plus courtois.

Ces trois personnages traversaient un des salons pour sortir de l'appartement, lorsque un des gens de M. de la Rochaiguë lui dit:

— Il y a là une demoiselle qui demande à parler àMadame la baronne?

— Qu'est-ce que c'est que cette demoiselle?

— Elle ne m'a pas dit son nom , elle vient pour quelque chose qui a rapport à feu Mme la comtesse de Beaumesnil.

— Faites entrer, — dit la baronne.

Puis s'adressanl à son mari et à sa bellc-sœur :

— Qu'est-ce que ça peut être que celte demoiselle?

— Je n'en sais rien... nous allons voir... — dit le baron d'un air méditatif.

— Quelques réclamations peut-être... — ajouta Mme de la Rochaiguë, — il faudra envoyer cela au notaire de la succcssiou.

Bientôt le domestique ouvrit la porte et annonça ;

— Mademoiselle Flerrainie.

Quoique toujours charmant, le joli visage de la d^ichesse, pâli, altéré par la douleur profonde que lui causait lamort de sa mère, révélait une tristesse difficilement contenue; ses beaux cheveux blonds, ordinairement déroulés en longues anglaises, se réunissaient alors en bandeaux autour de son noble front. Car la pauvre enfant, abîmée dans son amer chagrin, n'avait pas, depuis deux mois, un instant songé aux innocentes coquetteries de son âge. Enfin... puérils... mais signiflcatifs et navrants détails, les blanches et belles mains d'Herminie étaient nues... ses pauvres petits vieux gants si souvent, si industrieusementrecoususparelle, n'étaient plus mettables... et sa misère croissante ne lui permettaitpasd'en acheter d'autres...

Hélas! oui... sa misère, car, frappée au cœur par la mort de sa mère , et cruellement malade pendant six semaines, la jeune fille n'avait pu donner ses leçons demusique, sa seule ressource; ses minces épargnes étaient absorbées par les frais de sa maladie ; aussi, en attendant le produit des leçons qu'elle recommençaitdepuis peu de jours, Herminie s'était vue obligée de mettre au Montde-Piété un couvert d'argent, acheté au temps de sar/c/iesse; et du modique produit de cet emprunt elle vivait alors, avec une parcimonie que le malheur seul peut enseigner.

A l'aspect de cette pâle et belle jeune fille dont les vêtements, malgré leur minutieuse propreté, annonçaient une misère décente, le baron et sa femme se regardèrent fort surpris. Mme de La Rochaiguë dit à Herminie :

— Je suis Madame de La Rochaiguë, Mademoiselle, qu'y a-t-il pour votre service?

— Madame, — dit Herminie en rougissant d'orgueil, — je viens réparer une erreur, involontaire sans doute, et vous rapporter ce billet de cinq cents francs qui m'a été envoyé ce matin par le notaire de. . . feu Mme la comtesse de Beaumesnil.

Malgré son courage, Herminie sentit les larmes lui montrerauxyeux, en prononçant le nom de sa mère; mais faisant un vaillant effort sur elle-même, afin de vaincre son émotion , elle tendit à Mme de la Rochaiguë le billet de banque plié dans une lettre à son adresse, où l'on lisait:

A Mademoiselle Her?ninie, maîtresse de chant.

Mme de t,a Rochaiguë, ayant parcouru la lettre, répondit:

— Ah!,., pardon... c'est vous. Mademoiselle, qui aviez été appelée auprès de Mme de Beaumesnil comme ... musicienne?

— Oui, Madame.

— Je me souviens qu'en effet le conseil de famille a décidé que l'on vous enverrait cinq cents francs pour vos honoraires ; on a cru que cette somme...

Suffisante... convenable... acceptable, — ajouta sententieusement le baron en interrompant sa femme, qui reprit:

— Nous ne croyons donc pas. Mademoiselle, que vous veniez ici réclamer...

— Je viens, Madame, — dit Herminie avec un accent rempli de douceur et d'orgueil, — je viens vous rendre cet argent... j'ai été payée...

Aucun des acteurs decette scène nesentif, ne pouvait sentir ce qu'il y avait de douleur amère dans ces mots :

J'ai été payée.

Mais la dignité, le désintéressement d'Herminie, désintéressement que la pauvreté si apparente des vêtements de la jeune fille rendait plus remarquable encore, frappèrent surtout Mme de La Rochaigué, qui reprit:

— En vérité. Mademoiselle, je ne puis que louer la délicatesse d'un pareil procédé... La famille ignorait que vous eussiez déjà été rémunérée. Mais... — ajouta la baronne, en hésitant, carie grand air naturel d'Herminie lui imposait, — mais je crois pouvoir, au nom de la famille , vous prier de conserver ces cinq cents francs .... comme... une gratification...

Et la baronne tendit le billet de banque à la jeune fille, en jetant de nouveau un regard sur ses pauvres vêtements.

Une seconde fois, la noble rougeur de l'orgueil blessé monta au front d'Herminie.

Il est impossible d'exprimer avec quelle convenance parfaite, avec quelle simplicité fière la jeune fille répondit à Mme de La Rochaiguë :

— Veuillez, Madame, réserver cette généreuse aumône pour les personnes qui s'adresseront à votre charité...

Puis, sans ajouter un mot, Herminie salua Mme de La Rochaiguë, et se dirigea vers la porte du salon.

— Mademoiselle, ... pardon, — dit vivement la baronne, — un mot encore... un seul...

La jeune fille se retourna... sans pouvoir cacher ses larmes d'humiliation péniblement contenues jusqu'aalors, et dit à Mme de la Rochaiguë qui semblait frappée d'une idée subite :

— Que désirez-vous, Madame?

— Je \ous prie d'abord, Mademoiselle, d'excuser une insistance qui a pu froisser votre délicatesse, et vous faire croire peut-être que j'ai voulu vous humilier... luais je vous proteste que...

— Je ne crois jamais, Madame, que l'on veuille m'humilier, — répondit Herminie d'une voix douce et ferme, sans laisser Mme de la Rochaiguë achever sa phrase.

— Et vous avez raison. Mademoiselle, — reprit la baronne, — c'est un sentiment tout contraire que vous (lovez inspirer; maintenant, j'ai un service, je dirais même une grâce à vous demander.

— A moi... Madame?

— Vous continuez à donner des leçons de piano, Mademoiselle?

— Oui, Madame...

— M. de la Rochaiguë, — et elle désigna le baron qui souriait comme d'habitude, — est le tuteur de Mlle de Bcaumesnil, elle doit arriver ici ce soir.

— Mlle de Bcaumesnil! — dit vivement Herminie avec un tressaillement et une émotion involontaire. — Elle arrive... ici?... aujourd'hui?

— Ainsi que Mme la baronne a eu l'honneur de vous le dire, nous attendons ce soir Mile de Bcaumesnil, ma bien-aimée cousine et pupille, reprit le baron. Cet appartement lui est destiné, — ajouta-t-il eu jetant un regard connilaisant autour du magniliquc salon, — un apliartement digne en tout de la jilus riche hérilière de France... car... rien n'est trop...

La baronne intenonipit son mari et dit à Herminie ;

— Mlle de Beaumesnil a seize ans, son-édiicalion n'est pas complètement achevée... elle aura besoin de plusieurs professeurs ;. . s'il pouvait donc vous conveni r, Mademoiselle... de donner des leçons de musique à Mlle de Beaumesnil... nous serions charmés de vous la conlier...

Quoique, peu-à-peu, elle eût pressenti l'ofire que venait de lui faire la baronne... Herminie, à cette pensée: qu'un hasard providentiel allait la rapprocher de sa sœur... Herminie fut si impressionnée qu'elle se fût sans doute trahie, si le baron, jaloux de saisir cette nouvelle occassion de se poser en orateur, et ne donnant pas àla jeune fille le temps de répondre, n'eut ajouté en mettant, selon son habitude, sa main gauche entre les revers de son habit boutonné, tandis qu'il imprimait à son bras droit un mouvement de pendule des plus insupportables.

— Mademoiselle, si pour nous c'est un devoir sacré de veiller scrupuleusement... rigoureusement,... prudemment,... au choix des maîtres auxquels nous confions notre chère pupille... c'est aussi pour nous un plaisir,... un bonheur,... une satisfaction... de rencontrer des personnes qui, comme vous. Mademoiselle, réunissent toutes les conditions désirables pour remplir l'emploi auquel elles se sont vouées dans l'intérêt sacré de l'éducation et des familles...

Ce speech, prononcé tout d'un trait et tout d'une haleine par le baron, toujours avide de s'exercer aux luttes de la parole, dans la prévision de cette pairie si ardemment désirée, cette tirade, disons-nous, donna heureusement à Herminie le temps de reprendre son sangfroid; elle répondit à la baronne d'une voix presque calme

— Je suis touchée, Madame, de la confiance, que vous m'accordez... j'espère vous montrer que j'en étais digne.

— Eh bien donc! Mademoiselle, — répartit Mme de la Rochaiguë, — puisque vous acceptez nos offres... nous vous ferons prévenir dès que Mlle de Beaumnesuil sera en état de prendre ses premières leçons, car, pendant quelques jours, il lui faudra sans doute se reposer des fatigues de son voyage.

— J'attendrai donc que vous vouliez bien m'écrire, Madame, pour me présenter chez Mlle de Beaumesnil, dit Herminie en quittant le salon.

Avec quel attendrissement, avec quelle joie la jeune fille regagna sa modeste demeure!

Elle pouvait espérer de revoir sa sœur... de la voir souvent, car elle comptait sur toutes les ressources de sa tendresse cachée pour se faire aimer d'Ernestine.

Sans doute et pour de toutes-puissantes raisons puisées dans ce qu'il y a de plus pur dans le respect filial, dans ce qu'il y a de plus délicat, de plus élevé dans le noble sentiment de l'orgueil, Herminie devait à jamais tairek sa sœur le lien secretqui les unissait, ainsi qu'elle avait eu le courage de le taire à Mme de Beaumesnil, mais la perspective de ce rapprochement, peut-être prochain, jetait la jeune artiste dans un ravissement ineffable, lui apportait la plus inespérée des consolations.

Puis sa sagacité naturelle, jointe à un vague instinct de défiance envers M. et Mme de la Rochaigué, qu'elle voyait cependant pour la première fois, disait à Herminie que cette enfant de seize ans, que cette sœur qu'elle chérissait sans la connaître, aurait pu être confiée à des personnes plus digues de sa tutelle. Si ses prévisions ne

la trompaient pas, l'affectioti qu'Herminie espérait inspirer à sa sœur, pourrait donc avoir sur celle-ci une influence doublement salutaire.

Est-il besoin de dire que, malgré la gène, la pénurie extrême où elle se trouvait, il ne vint pas un moment à la pensée d'Herminie de comparer l'opulence presque fabuleuse dont allait jouir sa jeune sœur, à sa condition à elle, pauvre artiste, exposée h tous les hasards de la maladie et de la pauvreté.

vLes caractères généreux etsfiers ont des rayonnements si chaleureux, qu'ils fondent parfois les glaces de l'égoïsrac: ainsi dans la scène précédente, la' dignité d'Herminie, la grâce exquise et naturelle de ses manières avaient inspiré tant d'intérêt, imposé tant de considération à M. et à Mme de la Rochaiguë, personnages cependant peu sympathiques, qu'ils s'étaient empressés de faire à la jeune fille l'offre dont elle se trouvait si heureuse...

La baronne, le baron et sa sœur, restés seuls après le départ d'Herminie, se retirèrent chez eux afin à"avoir une importante conférence au sujet de la prochaine errivée d'Ernestinc de Beaumesuil.

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