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CHAPITRE HUITIEME

Herniiaie, demeurant rue de Monceau, dans l'une des nombreuses maisons dont M.Bouffard était propriétaire, occupait, au rez-de-chaussée, une chambre précédée d'une petite entrée , qui donnait sous la voûte de la porte cochère ; les deux fenêtres s'ouvraient sur un joli jardin, entouré d'un côté d'une haie vive, de l'autre d'une palissade treiilagée, qui le séparait d'une ruelle voisine.

La jouissance de ce jardin dépendait d'un assez grand appartement du rez-de-chaussée, alors inoccupé, ainsi qu'un autre logement du troisième étage, no7i valeur qui augmentait encore la méchante humeur de M. Bouffard, à l'endroit des locataires arriérés.

Rien de plus simple et de meilleur goût que la chambre de la duchexse.

Une toile de perse d'un prix modique, mais d'un dessin et d'une fraîcheur charmante , tapissait les murailles et le plafond de cette pièce assez élevée ; pendant le jour, d'amples draperies de même étoffe cachaient l'alcove, ainsi que deux portes vitrées y attenant : l'une était celle d'un cabinet de toilette, l'autre s'ouvrait sur l'entrée, es-

La Duchesse. H. 7

pèce d'antichambre de six pieds carrés; les rideaux de Perse, doublés les guingan rose, voilaient à demi les fenêtres garnies de petits rideaux de mousseline, relevés par des nœuds de rubans; un tapis fond blanc semé de gros bouquets de fleurs (ça avait été la plus grosse dépense de l'ameublement) couvrait le plancher; la housse de cheminée, merveilleusement brodée par Herininie, était bleu-clair, avecun semis de roses et de pâquerettes, deux petits flambeaux d'un goiït exquis, moulés sur des modèles dePompeï, accompagnaient une pendule faite d'un socle de marbre blanc surmonté de la statuette de Jeanne d'Arc, enfin, à chaque bout de la tablette de cheminée, deux vases de grès verni (précieuse invention) du galbe étrusque le plus pur, contenaient de gros bouquets de roses récemment achetées, qui épandaienl dans cette chambre leur senteur suave et fraîche.

Cette modeste garniture de cheminée en grès et en fonte de zinc,conséquemment de nulle valeur matérielle, avait, au plus, coûté cinquante ou soixante francs ; mais, au point de vue de l'art et du goût, elle était irréprochable.

En face de la cheminée, on voyait le piano d'Herminie, son gapie-pain; entre les deux fenêtres, une table à colonnes torses, surmontée d'un vieux dressoir en noyer, servait de bibliothèque; la duchesse y avait placé quelques auteurs de prédilection et les livres qu'elle avait reçus en prix à sa pension.

Ça et là, suspendues le long de la tapisserie, par des câblés de coton, on voyait dans des simples cadres de sapin verni, aussi brillant que le citronnier, quelques gravures du meilleur choix, parmi lesquelles on remarquait

Mignon regrettant la patrie et Mignon aspirant au ciel, d'après Scheffer, placés en pendant de chaque côté de la Françoise de Rimini, du même et illustre peintre ; enfin, aux deux angles de la chambre, de petites étagères de bois noir supportaient plusieurs statuettes de plâtre, réduites d'après ce que l'artgrec a laissé déplus idéal; une ancienne commode en bois de rose , achetée pour peu de chose chez un brocanteur des Batignolles, deux jolies chaises de tapisserie, ouvrage d'Herminie, ainsi qu'un fauteuil recouvert de satin gros vert, dont la broderie de soie, nuancée des plus vives couleurs, représentait des fleurs et des oiseaux, complétaient l'ameublement de cette chambre.

A force d'intelligence, d'ordre et de travail, Herminie, guidée par un goiit exquis, était parvenue à se créer à peu de frais cet entourage élégant et choisi.

S'agissait-il de soins ou de détails qui eussent répugné à cette orgueilleuse duchesse"} s'agissait-il de la cuisine, par exemple? Herminie avait échappé à cet embarras, eu s'adressant à la portière de sa maison, qui, pour un modique abonnement, lui servait chaque jour une tasse de lait le matin, et le soir un exellent potage accompagné d'un plat de légumes et de quelques fruits, nourriture frugale qui devenait des plus appétissantes, lorsqu'elle était rehaussée de toute la coquette propreté du petit couvert d'Herminie, car, si la duchesse ne possédait que deux tasses et six assiettes, elles étaient d'une porcelaine choisie, et lorsque, sur la table ronde, recouverte d'une serviette éblouissante, la duchesse avait placé sa carafe et son verre de fin crustal, ses deux uniques couverts d'argent bien brillants et son assiette de porce-

laiue à foQdblanc semé de fleurs bleues ctroses, les mets les plus simples semblaient, avoas-nousdit, desplusappétissants.

Mais hélas ! et au grand chagrin d'Herminie, sesdeux couverts d'argent et sa montre, seuls objets de luxe matériel qu'elle eût jamais possédés, étaient alors engage au Mont-de-Piété, où elle avait été obligée de les faire mettre, par la portière de la maison; la jeune fille n'avait pas eu d'autre moyeu de subvenir aux frais journaliers de sa maladie et de se procurer une faible somme d'argent, dont elle vivait, enatteudautle salaire de plusieurs leçons qu'elle avait recommencé à donner en suite d'une interruption forcée de près de deux mois.

Ce fatal arriéré causait la gêne extrême d'Herminie et l'impossibilité où elle se voyait de payer cent quatrevingts francs qu'elle devait au terrible M. Bouffard...

Cent quatre-vijigfsfrancs ! ...

Et la pauvre enfant possédait environ quinze francs, avec lesquels il lui fallait vivre presque tout le mois.

Ainsi qu'on le pense, le seuil de la porto d'Herminie était vierge des pas d'un homme.

La duchesse, libre et maîtresse de son choix, n'avait jamais aimé... quoiqu'elle eût inspiré plusieurs passions sans le vouloir et même à regret, trop orgueilleuse pour s'abaisser jusqu' à la coquetterie, trop généreuse pour se jouer des tourments d'un amour malheureux.

Aucun de ses soupirants n'avait donc plu iiHerminie, malgré la loyauté de leurs offres matrimoniales, appuyées, chez plusieurs, surune certaine aisance, car quelques-uns appartenaient au commerce, tandis que d'autres étaient

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artistes comme la jeune iille, ou bien encore commis de magasin, teneurs de livres, etc. etc.

La duchesse devait apporter dans le choix de son amant ce goût épuré, ce tact délicat qui la caractérisaient, mais il est inutile de dire qu'infime ou élevée, la condition de l'homme qu'elle eût aimé, n'aurait en rien influencé l'amour de la jeune fille; elle savait par ellemême (et elle s'en glorifiait) tout ce que l'on trouve parfois d'élévation et de distinction natives parmi les positions sociales les plus modestes et les plus précaires; aussi, ce qui l'avait jusqu'alors choquée dans ses prétendants, c'était de ces imperfections puériles, dira-t-on, inappréciables même pour toute autre que la duchesse... mais, pour elle, invinciblement antipathiques : chez les uns, ça avait été une trop bruyante et trop grosse jovialité, chez les autres des manières libres ou vulgaires, chez celui-ci un timbre de voix brutal, chez celui-là une tournure ridicule.

Quelques-uns de ces repousses possédaient néanmoins d'excellentes qualités de cœur ou d'esprit; Herminie avait été la première à le reconnaître; elle tenait ceux-là pour les meilleurs et les plus dignes garçons du monde, elle leur accordait franchement son estime, au besoin même son amitié, mais son amour... non.

Et, ce n'était pas par dédain, par folle ambition de cœur, qu'Herminie les refusait, mais simplement, ainsi qu'elle le disait elle-même à ces désespérés : ,, parce ,, qu'elle ne ressentait aucun amour pour eux , et qu'elle ,, était décidée à rester fiUetoute sa vie, plutôtque se ma- ,, rier sans éprouver un vif et profond amour."

Et cependant, en raison même de son orgueilleuse et

délicate susceptibilild, Herminie devait souffrir plus que personne des inconvénients parfois si pénibles et presque inévitables inhérents à la position d'une jeune fille obligée de vivre seule, et forcément exposées à toutes les chances douloureuses quepeuvent amener le manque de travail ou la maladie.

Depuis quelque temps, hélas! la rZwc/ze^se expérimentait cruellement les conséquences de son isolement et de sa pauvreté.

L'orgueil et le caractère d'Herminie posés (orgueil qui avait poussé la jeune fille à rapporter fièrement, malgré sa pressante misère, les cinq cents francs que lui avait alloués la succession de Mme de Beaumesnil), l'on comprendra avec quelle confusion mêlée d'effroi la pauvre enfant attendait le retour de M. Bouffard, car, ainsi qu'il l'avait dit à Mme Barbançon, il devait faire dans l'après-dîner une dernière et décisive tournée chez ses locataires en retard.

Herminie cherchait les moyens de désintéresser cet homme insolent et brutal ; mais ayant déjà donné en nantissement ses deux couverts d'argent et sa montre d'or, elle ne possédait plus rien qui pût être mis engage, on ne lui eût pas prêté vingt francs sur sa modeste garniture de cheminée, de si bon goût qu'elle fût; et ses gravures, ainsi que ses statuettes de plitre, n'avaient pas la moindre valeur vénale. Enfin, le linge qu'elle possédait, lui eût procuré un prêt bien minime.

En face de cette désolante position, Herminie, accablée, versait des pleurs amères, tremblant à chaque ininstant d'entendre l'impérieux coup de sonnette de M. Bouffard.

Noble cœur, généreuse nature!... Au milieu de ces cruelles perplexités... Herminie ne songea pas un instant à se dire qu'elle serait sauvée avec une part imperceptible de l'énorme superflu de sa sœur, dont elle avait visité la veille les somptueux appartements...

Si la duchesse vint à songer à sa sœur, ce fut pour chercher, dans l'espérance de la voir un jour, quelque distraction à son chagrin présent.

Et de ce chagrin, Herminie n'accusait qu'elle-même, jetant des yeux pleins de larmes sur sa coquette petite chambre, la jeune fille se reprochait sincèrement ses folles dépenses.

Elle aurait dû, — pensait-elle, — épargner pour l'a- \enir et les cas imprévus , tels que la maladie ou le chômage de leçons, elle aurait dû se résigner à prendre un logement'au quatrième étage, porte à porte avec des inconnus, à habiter, à peine séparée d'eux par unemince cloison, quelque chambre triste et nue, au carreau froid, aux murailles sordides; elle aurait dû ne pas se laisser séduire par la riante vue d'un joli jardin, et par l'isolement du rez-de-chaussée qu'elle avait préféré ; elle aurait dû garder son argent, au lieu de l'employer à l'achat de ces objets d'art et de goût, seul charme, seuls compagnons de sa solitude, qui faisaient de sa chambre un délicieux réduit, où elle avait long-temps vécu heureuse, confiante dans sa jeunesse et dans son travail.

Qui lui eût dit, à elle si orgueilleuse, qu'il lui faudrait subir les grossières mais légitimes réclamations d'un homme à qui elle devait de l'argent... qu'elle ne pourrait pas payer... Était-ce assez de honte?

Mais ces reproches, à la fois sévères et justes, à pro-

pos du passé, ne changeaient en rien le présent. Herniinie se désolait, assise dans son fauteuil, les yeux gonflés de larmes; tantôt elle cédait à un morne accablement, tantôt elle tressaillait aumoindre bruit... songeant à l'arrivée probable de M. Bouffard.

Enfin ces poignantes angoisses eurent un terme.

Un violent coup de sonnette se fit entendre.

— C'est lui . . . c'est le propriétaire! ... — murmura la pauvre créature en frémissant de tous ses membres.

— Je suis perdue... — ajouta-t-elle.

Et elle restait immobile de crainte.

Un second coup de sonnette, plus brutal encore que le premier, ébranla la porte de la petite entrée qui conduisait à la chambre.

Herminie essuya ses yeux, rassembla son courage, et, pâle, tremblante, elle alla ouvrir.

Elle ne s'était pas trompée... c'était M. Bouffard.

Ce glorieux représentant du j!ja^5 légal ayantdépouillé l'uniforme du soldat citoyen , apparut bourgeoisement vêtu d'un paletot-sac de couleur grise.

— Eh bien ! — dit-il à la jeune fille en restant sur le seuil de la porte qu'elle lui avait ouverte d'une main mal assurée, — eh bien! mon argent?

— Monsieur...!

— Voulez-vous me payer, oui ou non? — s'écria M. Bouffard d'une voix si haute, qu'il fût entendu par deux personnes.

L'une était alors sous la porte cochcre...

L'autre [montait au premier étage par l'escalier, dont

les marches inférieures aboutissaient auprès de l'entrde du logement d'Herminie.

— Pour la dernière fois, voulez-vous me payer, oui ou non? — répéta M. BoufTard d'une voix encore plus éclatante.

— Monsieur... de grâce! — dit Herminie a>ec un accent suppliant, — ne parlez pas si haut... Je vous jure que si je ne puis vous payer... ce n'est pas ma faute...

— Je suis dans ma maison, et je parle comme je veux; tant mieux si l'on m'entend.... ça servira de leçon... pour les autres locataires... qui s'aviseraient d'être en retard comme vous...

— Monsieur... je vous en conjure... entrez chez moi, — dit Herminie, accablée de honte, et en joignant les mains, — je vais vous expliquer...

— Eh bien!... voyons, quoi? qu'allez-vous m'expliquer? — répondit M. BoufTard, en suivant la jeune nlle dans sa chambre, dont il laissa la porte ouverte.

Lorsque des hommes aussi grossiers que M. Bouffard se trouvent dans une position pareille avec une belle jeune fille, de deux choses l'une: où ils ont 1 audace de proposer quelque transaction infâme, ou bien, la jeunesse et la beauté, loin de les apitoyer, leur inspirent un redoublement d'insolence et de dureté, on dirait qu'ils veulent se venger de ces charmes qu'ils n'osent convoiter.

Ainsi était-jl de M. Bouffard ; sa vertu tournait à une animosité brutale.

En entrant dans la chambre d'Herminie^ l'impitoyable propriétaire reprit:

— Il n'y a pas d'explications là-dedans... l'affaire est bien simple: encore une fois, voulez-vous me payer, oui ou non?

— Pour le moment, cela m'est malheureusement impossible. Monsieur, — dit Herminie en essuyant ses larmes, — mais si vous voulez avoir la bonté d'attendre....

— Toujours la même chanson... Â. d'autres, — reprit M, Bouffard en haussant les épaules.

Puis, regardant autour de lui d'un air sardonique, il ajouta:

— C'est bien ça... l'on s'imponte peu de ne pas payer son terme, et l'on se flanque des tapis superbes, des tentures d'étoffes et des rideaux à falbalas... si ça ne fait pas suer!... Moi, qui ai sept maisons sur le pavé de Paris, je n'ai pas seulement de tapis dans mon salon, et le fcoudoir de Mme Bouffard est tendu en simple papier... à ramage... mais, quand je vous le dis, on se donne des genres... de princesse... et lion n'a pas le sou.

Herminie, poussée à bout, releva orgueilleusement la tête ; d'un regard digne et ferme, elle lit baisser les yeux à M. Bouffard, et lui dit :

— Ce piano a une valeur au moins quatre fois égale à ce que je vous dois. Monsieur.... Envoyez le prendre quand vous le voudrez... C'est la seule chose de prii que je possède... disposez-en... faites-le vendre...

• — Allons donc!... est-ce que je suis marchand de pianos, moi?., est-ce que je sais ce que j'en retirerai, de

votre instrument?., encore des tracas, pas de ça!., vous devez me payer mon terme en argent et non en pianos...

— Mais, mon Dieu, Monsieur, je n'ai pas d'argent... je vous offre de vendre mon piano, quoiqu'il me serve à gagner ma vie... que puis-je faire de plus?

— Je ne donne pas là-dedans... vous avez de l'argent, je le sais... vous avez des couverts et une montre chez ma lante... c'est ma portière qui a été les engager... Ah ! ah ! on ne me dindonne pas, moi, voyez-vous?

— Hélas, Monsieur, le peu que l'on m'a prêté j'ai été obligé de le dépenser pour...

Herminie ne put achever.

Elle venait de voir M. de Maillefort debout à la porte laissée ouverte; il assistait depuis quelques instants à cette scène pénible.

Au tressaillement soudain de la jeune fille, au regard surpris qu'il la vit jeter du côté de la porte, M.Bouffard tourna la tète, aperçut le bossu, et resta aussi étonné qu'Herminie.

Le marquis, s'avançant alors, dit à la duchesse ea s'inclinant respectueusement devant elle :

— Je vous demande mille pardons. Mademoiselle, de me présenter ainsi chez vous; mais j'ai trouvé cette porte ouverte , et comme j'espère que vous me ferez l'honneur de m'accorder quelques moments d'entretiea pour une affaire fort importante, je me suis permis d'entrer.

Après ces mots, accentués avec autant de courtoisie que de déférence, le marquis se retourna du côté de M. Bouffard, et le toisa d'un regard si allier, que le

gros homme se sentit d'abord tout sol, tout intimidé devant ce petit bossu, qui lui dit :

— Je \iens. Monsieur, d'avoir l'honneur de prier Mademoiselle de vouloir bien m'accorder quelques instants d'entretien.

— Eh bien ! après? — reprit M. Bouffard, retrouvant son assurance — qu'est-ce que cela me fait, à moi?

Le marquis, sans répondre à M. Boufi'ard, et s'adressant à Herminie, de plus en plus surprise, lui dit:

— Mademoiselle, veut-elle me faire la grâce de m'accorder l'entretien que je sollicite?

— Mais... Monsieur... répondit la jeune fille avec embarras... je ne sais... si je...

— Je me permettrai de vous faire observer. Mademoiselle — reprit le marquis — que notre conversation devant être absolument confidentielle... il est indispensable que Monsieur — et il montra du regard le propriétaire — veuille bien nous laisser seuls, à moins que vous n'ayez encore quelque chose à lui dire;., dans ce cas alors... je me retirerais...

— Je n'ai plus rien à dire à Monsieur — répondit Herminie, espérant échapper, pour quelques moments du moins, à sa pénible position.

— Mademoiselle n'a plus rien à vous dire... vous entendez. Monsieur, — reprit le marquis, en faisant un signe expressif à M. Bouffard,

Mais celui-ci, revenant à sa brutalité ordinaire, et se reprochant de se laisser imposer par ce bossu, s'écria:

— Ah! vous croyez qu'on met comme ça les gens à la porte de chez 50? sans les payer... Monsieur... et que parce que vous soutenez cette...

— Assez, xMonsieur, assez... — dit vivement le marquis, en interrompant M. Bouffard, et il lui saisit le bras avec une telle vigueur, que l'ex-épicier, sentant son poignet serré comme dans un étau entre les doigts longs et osseux du bossu, !e regarda avec un mélange d'ébahissement et de crainte.

Le marquis, lui souriant alors de l'air le plus aimable, reprit avec une affabilité exquise :

— Je suis aux regrets, cher Monsieur, de ne pouvoir jouir plus long-temps de votre bonne et aimable compagnie ; mais vous le voyez, je suis aux ordres de Mademoiselle, qui me fait la grâce de me donner quelques instants, et je ne voudrais pas abuser de son obligeance..

Ce disant, le marquis, moitié de gré, moitié de force, conduisit jusqu'à la porte M. Bouffard, stupéfait de rencontrer dans un bossu cette vigueur physique et cette autorité de langage et de manières, dont il subissait involontairement l'influence.

— Je sors... parce que j'ai justement affaire dans ma maison, — dit M. Bouffard, ne voulant pas paraître céder a la contrainte ; — je monte là-haut ; mais je reviendrai quand vous serez parti... il faudra bien alors que j'aie mon argent, ou sinon... nous verrons !

Le marquis salua ironiquement M. Bouffard, ferma la porte sur lui, et revint trouver Herminie.

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