CHAPITRE PREMIER
Mlle de Beaumesnil, de retour du bal de Mme Herbaut, resta seule et écrisit ce qui suit sur son journal :
,,Dieu soit béni, chère maman... l'iuspiration à la- ,, quelle j'ai cédé... était bonne.
,,0h! dans cette soirée, quelle cruelle leçon ... ,, d'abord, puis quel profitable enseignement et enfin... , , quelles doucss compensations!..
,,Deux personnes de cœur... m'ont témoigné un in- ,, térèt... vrai..,
,,0h! oui, cette fois bien \rai, bien désintéressé, ,, car ces personnes-là, du moins, ignorent que je suis „ la plus riche héritière de France...
,, Elles me croient pauvre... dans un état voisin de la ,, misère... et puis surtout elles ont été sincères envers j, moi, je le sais... j'en suis certaine... oui, elles ont été ,, sincères...
,, Juge de mon bonheur... je puis enfin avoir foi en ,, quelqu'un, ma mère, moi qui suis arrivée à la défiance ,,de tout et de tous, grâce aux adulations des gens qui „ m'entourent.
,, Enfin... je crois savoir ce que je vaux, ce que je ,, parais...
,, Je suis loin d'èlre jolie, je n'ai rien au monde qui ,, puisse nie faire remarquer, je suis une de ces créatures ,,qui doivent toujours passer inaperçues à moins que 5, quelques cœurs compatissants ne soient touchés de ,, mon air naturellement doux et triste.
,,Ce que je dois donc réellement inspirer (si j'in- ,, spire quelque chose) est cette sorte de tendre commi- ,,sération que les âmes d'une délicatesse rare ressen- ,,tent parfois à la vue d'un être inoffensif, souffrant de ,, quelque peine cachée.
,,Si cette commisération me rapproche d'une de ces ,, natures d'élite, ce qu'elle trouve et aime en moi, c'est ,, une grande douceur de caractère jointe à un besoin de ,, réciproque sincérité.
,, Voilà ce que je suis, rien de plus, rien de moins.
,,Et quand je compare ces humbles avantages, les „ seuls que je possède, aux perfections inouïes, idéales, 5, que la flatterie se plaît à m'accorder si magnifique- ,,ment...
,, Quand je pense à ces passions soudaines im'sisti- ,, blés, que j'ai inspirées à des gens qui ne m'ont jamais ,, parlé.
,, Quand je pense enfin à Vejfet que je produisais en ,, entrant quelque part, et que je me rappelle qu'au bal ,,de ce soir... je n'ai été invitée hdanscr que par charité, ,, toutes les jeunes filles ayant été engagées de préfé- ,,rence à nioi;..carj'étaislaplus laide decelte réunion... ,,oh ma mère!., moi qui n'ai jamais eu de haine pour ,, personne... je le sens, je les hais autant que je les raé-
,, prise, ces gens qui se sont joues de moi par leurs bas- ,,ses flatteries... Je suis tout étonnée des mots durs, , , amers, insolents, qui me viennent à l'esprit, et dont „ j'espère un jour accabler ceux qui m'ont voulu trom- ,,per,.. lorsqu'une épreuve à laquelle je veux les sou- ,, mettre au grand bal de jeudi, chez Mme la marquise ,,de Mirecour, m'aura complètement prouvé leur faus- ,,seté.
,, Hélas! chère maman, qui m'eût dit, il y a quelque ,, temps, que, moi si timide, je prendrais un jour de ces „ résolutions hardies? Mais la nécessité d'échapper à ,,de grands malheurs donne du courage, de la volonté ,,aux plus craintifs.
„Puis il me semble que, de moment en moment, „ mon esprit, jusqu'alors fermé à tout ce qui était dé- ,, fiance, observation, je dirais presque intrigue et ruse... ,, s'ouvre davantageà ces pensées, mauvaises sans doute, ,, mais que l'abandon où je suis, fait excuser peut-être.
,, Je te l'ai dit, chère maman, la cruelle leçon que j'ai „ subie, n'a pas été, du moins, sans compensation...
„ D'abord, j'ai trouvé, j'en suis certaine, une amie ,, généreuse et sincère. Me voyant délaissée... cette ,, charmante jeune fille a eu pitié de mon humiliation ... ,,elle est venue à moi... elle s'est ingéniée à me conso- ,,ler... avec autant de bonté que de grâce... j'ai ressenti ,, ... je ressens pour elle la plus tendre reconnaissance...
,,0h! si tu savais, chère maman, ce qu'il y a de ,, nouveau, de doux, de délicieux pour moi, laplusriche ,, héritière de Fraîice, jusqu'alors assaillie de tant de „ protestations menteuses, à chérir quelqu'un qui ma ,, vue humiliée, qui me croit malheureuse, et qui, pour
,,ccla seul, me tëmoigne le plus touchant inlérùt, qui ,,711 aime en fin pour moi-jju'me.
,,Que te dirai-je?.. être recherchée... aimée... à ,, cause des infortunes que l'on vous suppose... combien ,,cela est ineffable pourle cœur, lorsque jusqu'alors on a ,,été recherchée... aimée (en apparence) seulement à ,, cause des richesses que l'on vous sait ! !
,,La sincère affection que j'ai trouvée cette fois m'est ,,si précieuse, qu'elle me donne l'espérance d'un heu- ,,reux avenir; désormais... sûre d'une amie éprouvée, ,, que puis-jc craindre?... Ah ! cette amie, je n'aurai pas ,,à trembler de la voir changer... lorsqu'un jour je lui ,, avouerai qui je suis ! !
,,Ce que je te dis d'Herminie ("elle s'appelle ainsi), ,, peut aussi s'appliquer à M. Olivier, que l'on croirait le 5, frère de cette jeune fille par le cœur et par la loyauté ; ,, voyant que personne ne m'invitait, c'est lui qui m'a ,, engagée par charité, et, telle est sa franchise, qu'il n'a ,, pas nié celte compassion; bien plus, lorsque j'ai eu la ,, hardiesse de lui demander s'il me trouvait jolie, il m'a ,, répondu que non; mais que j'avais vnc physionomie ,,qui intéressait par son e.rpression de douca/r et de „ bonté.
,,Ces simples paroles m'ont fait un plaisir inouï... ,, je les sentais vraies... car elles se rapportaient à ce que ,,tu me disais, bonne mère... lorsque tu me parlais de ,,ma figure; et ces paroles... c'était bien à la pauvre pc- ,,tite brodeuse qu'elles s'adressaient, et non pas à la ,, riche héritière.
,,IM. Olivier est simple soldat, je crois; il a dû ce- „ pendant recevoir une éducation distinguée, car il s'ex-
,, prime à merveille, et ses manières sout parfaites; de ,,plus, il est aussi bon que brave; il prend un soin iilial ,,de son vieil oncle, ancien officier de marine.
,, Oh ma mère!., quelles vaillantes natures que cel- ,,les-là! ! comme l'on esta l'aise auprès d'elles, comme, 5, à leur sincèrif(^, le cœur s'épanouit! comme ces rela- „ lions semblent bonnes et saines à l'ame! quelle gaîté ,, douce et sereine dans la pauvreté!., quelle résignation ,,dans le travail!., car tous les deux sont pauvres, tous ,,deux travaillent, Herminie... pour vivre, M. Olivier ,,pour ajouter à l'insuflisante retraite de son vieil oncle.
,, Travailler pour vivre!..
,,Et encore... Fîerminie me disait que quelquefois... ,,le travail manquait;., car l'excellente sœur... (oh! je ,,peux l'appeler ma sœur) m'a proposé de me reconi- ,, mander à une maison de broderie, afin, ra'a-t-elle dit, ,,que j'ignore ce qu'il y a de cruel dans le chômage d'oc- ,, cupation.
„ Manquer de travail !..
,,Mais alors, mon Dieu, c'est manquer de pain!.. ,, mais c'est le besoin !.. c'est la misère ! c'est la maladie ! ,, c'est la mort... peut-être !..
,, Toutes ces jeunes tilles que j'ai vues à cette réu- ,,nion, si riantes, si gaies ce soir, et qui vivent, comme ,, Herminie, uniquement de leur travail, peuvent donc ,, soulTrir demain de toutes les horreurs de la misère, si „ ce travail leur manque?
,, Il n'y a donc personne à qui elles puissent dire :
,,J'ai bon courage, bonne volonté... donnez-moi seu- ,, le ment de l'occupation.
,,!\Iais c'est injuste! mais c'est odieux cela! On est
„donc sans pilié les uns pour les autres? Ça est donc „ égal qu'il y ait tant de personnes ignorant aujourd'hui ,, si elles auront du pain demain?
,,0h! ma mère! ma mère! maintenant je comprends ,,ce vague sentiment de crainte, d'inquiétude dont j'ai ,,été saisie quand on m'a appris que j'étais si riche... ,, j'avais donc raison de me dire, avec une sorte de rejjmords:
,, Tant d'argent? à moi seule? pota-quoi cela?
,, Pourquoi taiit à moi? rien aux autres?
„ Cette fortune immense, comment l'ai-je gagnée?
,, Hélas! Je l'ai gagnée seulement.,., yar tu mort ., ,,ô ma mère... par ta îiiorl... Ô mon père.
,, Ainsi, pour que je sois si riche, il faut que j'aie ,, perdu les êtres que je chérissais le plus au monde.
,,Pour que je sois si riche... peut-èlre faut-il qu'il y „ ait des milliers de jeunes lilles comme Hermiuie, tou- ,, jours exposées à la détresse... joyeuses aujourd'hui... ,, désespérées demain...
„ Et quand elles ont perdu la seule richesse de leur ,,âge, leur insouciance et leur gaîté, quand elles sont ,, vieilles... quand ce n'est plus seulement le trav;ii!... ,,mais les forces qui leur manquent, que devienncnt- ,, elles, ces infortunées?
,,0h! ma mère... plus je songe à la disproportion ,, effrayante entre mon sort et celui d'Herminie ou de ,,tant d'autres jeunes filles... plus je songe à toutes les ,, ignominies qui m'assiègent, à tous les projets téné- ,,breux dont je suis le but parce que je suis riche, il me ,, semble que la richesse laisse au cœur une amertume ,, étrange.
,, A cette heure où ma raison s'éveille et s'éclaire, il „ faut enfin que j'éprouve la toute-puissance de la for- ,,tune sur les âmes vénales, il faut que je voie jusqu'à „quel honteux abaissement je puis, moi jeune fille de ,, seize ans, faire courber tout ce qui m'entoure... Oui, ,,car mes yeux s'ouvrent maintenant... je reconnais avec ,, une gratitude profonde que la révélation deM.deMail- ,,Iefort m'a seule mise sur la voie de ces idées que je „ sens pour ainsi direéclore en moi, de minute en minute.
,, Je ne sais... mais il me semble, chère maman, que ,, maintenant je t'exprime mieux ma pensée, que mon „ intelligence se développe, que mon esprit sort de son „ engourdissement, qu'en certaines parties enfin mon „ caractère se transforme et que s'il reste tendrement ,, sympathique à ce qui est généreux et sincère, il di'\ient ..résolu, agressif, à l'égard de tout ce qui est faux, bas ,, et cupide.
,, Je ne me trompe pas... on m'a menti en me disant ,,queM. de Maillefort était ton ennemi, chère et tendre „mère; on a voulu me mettre en défiance contre ses ,, conseils... C'est à dessein que l'on a favorisé mon ,, fâcheux éloignement pour lui, éloigneraent causé par ,, des calomnies dont j'ai été dupe.
,,>"on! jamais, jamais je n'oublierai que c'est aux ,, révélations de M. de Maillefort que j'ai dû l'inspiration ,, d'aller chez Mme Herbaut... dans cette modeste iKai- ,, son où j'ai puisé d'utiles enseignements, et où j'ai ren- ,, contré les deux seuls cœurs généreux et sincères que , , j'aie connus... depuis que je vous ai perdus... ù mon „père!... ô ma mère!"
Le lendemain matin du jour où elle avait assisté au bal de Mme Herbaut, Mlle de Beaumesnil sonna sa gouvernante un peu plus tôt que d'habitude.
Mme Lain(^ parut à l'instant, et dit à Ernestine :
— Mademoiselle a passé une bonne nuit?
— Excellente, ma chère Laine; mais, dites-moi: Avez-vous fait causer, ainsi que je vous en avais prié hier au snir, les gens de mon tuteur, afin de savoir si l'on avait quelque soupçon sur notre absence?
— L'on ne se doute absolument de rien, Mademoiselle... Mme la baronne a seulement envoyé ce matin, de très-bonne heure, une de ses femmes pour savoir de vos nouvelles...
— Et vous avez répondu?
— Que Mademoiselle avait passé une meilleure nuit ...quoique un peu agitée; mais que le calme absolu de la soirée d'hier avait lait beaucoup de bien à Mademoiselle...
— C'est à merveille. Maintenant, ma chère Laine... j'ai autre chose à vous'demander...
— Je suis aux ordres de Mademoiselle;., seulement, je suis désolé... de ce qui est arrivé hier soir chez Mme Herbaut, — dit la gouvernante d'un ton pénétré, — j'étais au'supplice pendant toute la soirée...
— Et... que m'est-il donc arrivé chez Mme Herbaut?
— Comment! mais l'on a accueilli Mademoiselle avec
unejindifférence... une froideur... Enfin c'était une
horreur... car Mademoiselle est habituée à voir tout le monde... s'empresser autour d'elle comme cela se doit.
— Ah! cela se doit?
— Dam.,. Mademoiselle sait bien les égards que l'on
doit k sa position... tandis qu'hier, j'en étais mortifiée, révoltée... Ah ! pensais-je, à part moi, si l'on savait que cette jeune personne à qui on ne fait pas seulement attention... est Mlle de Beaumesnil... il faudrait voir... tout ce monde-là, se mettre à plat ventre...
— Ma chère Laine, je veux d'abord vous tranquilliser sur ma soirée d'hier... j'en ai été ravie... et tellement, que je compte aller au bal de dimanche...
— Comment... Mademoiselle... veut encore...
— C'est décidé... j'irai. Maintenant autre chose. L'accueil même que l'on m'a fait chez Mme Herbaut, et qui vous scandalise si fort, est une preuve de la discrétion que j'attendais de vous... je vous en remercie... et si vous agissez toujours de la sorte, je vous le répète... votre fortune est assurée.
— Mademoiselle... peut être certaine que ce n'est pas l'intérêt... qui...
— Je sais ce que j'aurai à faire, mais, ma chère Lair.é, ce n'est pas tout, il faut que vous demandiez à Mme Herbaut l'adresse d'une des jeunes personnes que j'ai vues hier soir. Elle s'appelle Henninic, et donne des leçons de musique.
— Je n'aurai pas besoin de m'adresser à Mme Herî)auf pour cela, Mademoiselle ; le maître d'hôtel de IM. le baron sait cette adresse...
— Comment? — dit Ernestine très-étonnée, — le maître d'hôtel sait l'adresse de Mlle Herminie?
— Oui, Mademoiselle ; et justement on causait d'elle à l'office il y a quelques jours.
— De Mlle Herminie?...
— Certainement, Mademoiselle... à cause du billet
de cinq cents francs qu'elle a rapporte àMme la baronne. Louis, le valet de chambre, a tout entendu... à travers les portières du salon d'attente.
— Mme de laRochaiguë connaîtHerminie! — s'écria Eruestine, dont la surprise et la curiosité augmentaient à chaque parole de sa gouvernante.
— Et ce billet de cinq cents francs, qu'est-ce que cela signifie?...
— Cette honnête jeune fille... (j'avais bien dit à Mademoiselle que Mme Herbaut choisissait partaitement sa société), cette honnête jeune fille rapportait ces cinq cents francs, parce qu'elle avait été, disait-elle, payée par Mme la comtesse.
— Quelle comtesse?...
— Mais... la mère de Mademoiselle.
■ — Ma mère... payer Hermiuie, et pourquoi?
— Ah! mou Dieu, c'est juste... Mademoiselle ignore sans doute... on n'a pas dit cela à Mademoiselle de peur de l'attrister encore.
— Quoi... que ne m'a-t-on pas dit! Au nom du ciel... parlez... parlez donc...
— Que feue Mme la comtesse... avait tant souffert dans ses derniers moments, que les médecins... à bout de ressources, avaient imaginé de conseiller à Mme la comtesse... d'essayer si la musique ne calmerait pas ses douleurs.
— Oh! mon Dieu... je ne puis croire... achevez... achevez...
— Alors on a cherché une artiste, et c'était...
— Hermiuie!
— Oui, Mademoiselle... pendant les dix ou douze
derniers jours de la maladie de Mme la comtesse, Mlle Hermiuie a été faire de la musique chez elle... on dit que cela a beaucoup calmé feueMme la comtesse... mais malheureusement il était trop tard...
Pendant qu'Ernestine essuyait les larmes que lui arrachaient ces tristes détails jusqu'alors inconnus d'elle, Mme Laine continua :
— Il paraît qu'après la mort de Mme la comtesse, Mme la baronne croyant que Mlle Herminie n'avait pas été payée, lui envoya cinq cents francs ; mais cette brave fille, comme je le disais tout-à-l'heure à Mademoiselle, a rapporté l'argent, disant qu'on ne lui devait rien...
— Elle a vu ma mère... mourante... elle a calmé ses souffrances, — pensait Ernestiue avec une émotion inexprimable. — Ah! quand pourrai-je lui avouer que je suis la tille de cette femme qu'elle aimait sans doute! car comment connaître ma mère sans l'aimer?
Puis tressaillant soudain à un souvenir récent, la jeune fille se dit encore :
— Mais je me rappelle maintenant... hier... lorsque j'ai dit à Hermiuie que je m'appelais Ernestine ... elle a paru frappée... elle m'a dit tout émue qu'une personne qu'elle vénérait, avait une fille qui s'appelait aussi Ernestine. Ma mère lui a donc parlé de moi. Et pour parler à Herminie avec cette confiance, ma mère l'aimait donc? j'ai donc raison de l'aimer aussi... C'est un devoir pour moi... Oh! ma tète se perd, mon cœur déborde... c'est trop... mon Dieu... c'est trop de bonheur.
Essuyant alors des larmes d'attendrissement, Ernestine dit à sa gouvernante :
— Et cette adresse?...
— Le maître d'hôtel était allé pour la savoir chez le notaire qui avait envoyé les cinq cents francs; on la lui a donnée, et il a été la porter de la part de Mme la baronne chez M. le marquis de Maillefort,
— M. de Maillefort connaît aussi lîerminie?
— Je ne saurais le dire à Mademoiselle; tout ce que je sais, c'est qu'il y a un mois le maître d'hôtel a porté l'adresse d'Herminie chez M. le marquis.
— Celte adresse... ma chère Laine... cette adresse?
Au bout de quelques instants, la gouvernante rapporta l'adresse d'Herminie, et Ernestine lui écrivit aussitôt:
,,Ma chère Herminie, vous m'avez invitée à aller ,,voir votre gentille petite chambre... j'irai demain ,,mardi matin, de très-bonne heure, bien certaine de ne ,,pas vous déranger ainsi de vos occupations; je me fais jjune joie de vous revoir, j'ai mille choses à vous dire. ,, Votre sincère amie qui vous embrasse, ,,Erkestiise." Après avoir cacheté cette lettre, Mlle de Beaumcsnil dit à sa gouvernante :
— Ma chère Laine, vous porterez vous-même cette lettre à la poste...
— Oui, Mademoiselle...
Et Ernestine se dit:
— Mais demain matin? pour sortir seule... avec Mme Laine, comment faire?... Oh je ne sais, mais mon cœur me dit que je verrai Herminie.