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CHAPITRE QUATRIEME

Telle était la cause de la surprise et de l'effroi d'Olivier, lorsqu'il eut ouvert la porte de la demeure de la duchesse.

Le commandant Bernard, pâle, la figure bouleversée, semblait se soutenir à peine ; il s'appuyait sur le bras de Mlle de Beaumesnil.

Celle-ci, aussi pâle que le vieux marin, et vêtue d'une modeste robe d'indienne, avait le front ensanglanté, tandis que les brides de son chapeau de paille flottaient, dénouées sur ses épaules.

— Mon oncle, qu'avez-vous? — s'écria Olivier, s'approchant vivement du vétéran et le regardant avec une angoisse inexprimable, — qu'est-il donc arrivé?

— Ernestine, — s'écriait en même temps Herrainie, effrayée, — mon Dieu ! vous êtes blessée !...

— Ce n'est rien... Herminie, — répondit la jeune fille d'une voix tremblante en tâchant de sourire. — Ce n'est rien... mais pardonnez... si je viens avec Monsieur... c'est que... tout-à-l'heure... je...

La pauvre enfant ne put continuer; ses forces, son

courage étaient à bout, ses lèvres blanchirent... ses yeux se fermèrent, sa tête se renversa doucement en arrière, ses genoux se dérobèrent sous elle, et elle tombait, sans Herrainie, qui la reçut dans ses bras.

— Elle se trouve mal... — s'écria la duchesse, — Monsieur Olivier, aidez-moi... portons-la dans ma chambre...

— C'est moi... c'est moi qui suis cause de ce malheur! — dit le commandant Bernard dans sa douloureuse anxiété.

Et il suivit d'un pas chancelant, tant sa faiblesse était grande encore, Olivier et Herminie qui transportaient Ernestine dans la chambre à coucher.

— Pauvre petite... — murmura le vétéran, — quel cœur, quel courage!...

La duchesse ayant assise Ernestine sur son fauteuil, Ata le chapeau qu'elle portait, écarta de son front pur et blanc ses beaux cheveux châtains, dont les énormes tresses se déroulèrent sur ses épaules, puis, pendant que la tête appesantie de Mlle de Beaumesuil était soutenue par Olivier, Herminie, à l'aide de son mouchoir, étancha le sang d'une blessure heureusement légère que la jeune fille avait un peu au-dessus de la tempe.

Le vieux marin, debout, inmiobile, les lèvres tremblantes, tenant entre ses mains jointes son petit mouchoir à carreaux bleus, contemplait cette scène touchante sans pouvoir trouver une parole, tandis que de grosses larmes tombaient lentement de ses yeux sur sa moustache blanche.

— Monsieur 01i\ier, soutenez-la.... je vais chercher

de l'eau fraîche et un peu d'eau de Cologne, — dit Herminie.

Et bientôt elle revint, portant une élégante cuvette de porcelaine anglaise et un flacon de cristal à demi rempli d'eau de Cologne.

Après avoir légèrement épongé la blessure d'Ernestine, avec de l'eau mélangée de spiritueux, Herrainie en prit quelques gouttes dans sa main, et les fit aspirer à Mlle de Beauraesnil...

Peu à peu, les lèvres d'Ernestine se colorèrent et une tiède rougeur remplaça la froide pâleur de ses joues...

— Dieu soit loué!... elle revient à elle, — ditHermiuie, en relevant les tresses de la chevelure de l'orpheline, et les assujétissant sur sa tête, au moyen de son peigne d'écaillé.

Olivier, profondément touché de ce tableau, dit à /a duchesse qui, debout auprès du fauteuil, soutenait sur son sein agité la tète de Mlle de Beaumesnil :

— Mademoiselle Herminie, je regrette que ce soit dans une si triste circonstance que j'aie à vous présenter mon oncle.. M. le commandant Bernard.

La jeune fille répondit aux paroles d'Olivier par un salut affectueux adressé au vieux marin. Celui-ci reprit:

— Et moi. Mademoiselle, je suis doublement désespéré de cet accident, dont je suis malheureusement cause... et qui vous met dans un si pénible embarras.

— Mais mon oncle, — reprit Olivier, — que vous est-il donc arrivé?

Pendant qu'Herminie voyant, grâce au bon succès de ses soins, Ernestine reprendre peu-à-peu ses sens, lui faisait de nouveau aspirer quelques gouttes d'eau de

Cologne, le commandant Bernard répondit à 01i\ier d'une voix émue:

— J'étais sorti ce matin pendant que tu causais avec un de tes amis...

— En effet, mon oncle, Mme Barbançon m'a dit que vous aviez eu l'imprudence de sortir malgré voire extrême faiblesse... mais que ce qui l'avait un peu rassurée... c'est que vous lui aviez paru plus gai que vous ne l'aviez été depuis bien long-temps.

— Oh! certes... — reprit le vétéran avec expansion, — j'étais gai parce que j'étais heureux... oh! bien heureux... car ce matin...

Mais le commandant s'arrêta, regarda Olivier avec une expression singulière, et ajouta en soupirant:

— Non... non, je ne dois rien te dire ; enûn... je suis donc sorti...

— C'était bien imprudent... mon oncle.

— Que veux-tu... j'avais mes raisons... et puis j'ai cru que l'exercice au grand air serait plus profitable à ma convalescence que les promenades bornées à notre petit jardin... je suis donc sorti... cependant, me défiant de mes forces, au lieu de gagner la plaine... je suis allé ici près, dans ces grands terrains gazonnés qui avoisinent le chemin de fer... Après voir un peu marché... me sentant fatigué, je me suis assis au soleil, sur le faite d'un talus qui borde l'une de ces rues tracées et pavées, mais où il n'y a pas encore de maisons...

J'étais là depuis un quart d'heure, lorsque, me croyant suffisamment reposé, j'ai voulu me lever pour revenir chez nous... mais cette promenade, quoique peu longue, avait épuisé mes forces. A peine étais-je de-

bout, que j'ai ^té pris d'un étourdissement, mes jambes ont fléchi, j'ai perdu l'équilibre, le talus était rapide...

— Et vous êtes tombé... — dit Olivier avec anxiété.

— Oui... j'ai glissé jusqu' en bas du monticule ; cette chute aurait été peu dangereuse... si une grosse charrette chargée de pierres et dont les chevaux, abandonnés du charretier, marchaient à l'aventure... n'eût passé à ce moment...

— Grand Dieu ! — s'écria Olivier.

— Quel affreux danger! — s'écria Herminie.

— Oh! oui, affreux... surtout pour cette chère demoiselle que vous voyez là... blessée... oui... blessée... en risquant sa vie... pour sauver la mienne.

— Comment... mon oncle... cette blessure... de Mlle Ernestine...

— En tombant au bas du talus, — reprit le vieillard en interrompant son neveu, qui jeta sur Mlle de Beaumesnil un regard d'attendrissement et de reconnaissance ineffable, — ma tête avait porté... j'étais étendu sur le pavé, incapable de faire un mouvement,lorsque, à travers une espèce de vertige... je vis les chevaux s'avancer... ma tête n'était plus à un pied de la roue... lorsque j'entends un grand cri... je vois vaguement une femme, qui venait en sens inverse des chevaux, se précipiter de mon côté... c'est alors que la connaissance m'a manqué toutà-fait...

— Puis, — reprit le vieillard avec une émotion croissante, — lorsque je suis revenu à moi... j'étais assis et adossé au talus... à deux pas de l'endroit oîi j'avais failli être écrasé... Une jeune fille, un ange de courage et de bonté, était agenouillée devant moi, les mains jointes.

pâle eucore d'épouvante, le front ensanglanté... Et... c'était elle... — s'écria le >ieux marin, en se retournant \ers Ernestine, qui avait alors tout- à- fait repris ses sens.

— Oui, c'était vous. Mademoiselle! — reprit-il, — . \ous qui m'avez sauvé la vie en vous exposant à périr... vous, pauvre faible créature, qui n'avez écoulé que votre cœur et que votre vaillance.

— Oh! Ernestine, que je suis fière d'être votre amie, — s'écria la duchesse en serrant contre son cœur Ernestine, rougissant et confuse.

— Oui... oui... — s'écria le vieillard... — soyez-en fière, de votre amie... Mademoiselle... vous le devez!

— Mademoiselle... — dit à son tour Olivier en s'adressant à Mlle de Bcaumesnil avec un trouble indéfinissable, — je ne puis vous dire que ces mots... et votre cœur comprendra ce qu'ils signifient pour moi: je vous dois la vie de mon oncle^ oupbtlot du père le plus iendreînent chéri...

— Monsieur Olivier, — répondit Mlle deBeauracsnil en baissant les yeux après avoir regardé le jeune homme avec surprise... — ce que vous me dites là... me rend doublement heureuse... car j'avois ignoré... jusqu'ici, que Monsieur fut celui de vos parents dont llerminic m'avait parlé avant-hier.

— Et maintenant, Mademoiselle, — reprit le vieillard d'un ton rempli d'intérêt... — comment vous trouvez-vous?... il faudrait peut-être aller chercher un médecin... Mademoiselle Herminie... qu'en pensez-vous? Olivier y courrait.

— Monsieur Olivier, n'eu faites rien, de grâce, —

dit vivement Ernestine, — je n'éprouve qu'un peu de mal de tête, la blessure doit être légère, c'est à peine si je la ressens, lorsque... tout-à-l'heure je me suis évanouie, c'a été... je vous l'assure, bien plus d'émotion... que de douleur...

— 11 n'importe, Ernestine, — dit Herraiuie... — il faut prendre un peu de repos... je crois comme vous votre blessure légère... mais vous avez été si effrayée, que je veux vous garder pendant quelques heures.

— Oh! quant à cette ordonnance-là, ma chère Herminie, — dit en souriant Mlle de Beaumesnil, — j'y consens de tout mou cœur... et je ferai durer ma convalescence le plus long-temps qu'il me sera possible.

— Olivier, mou enfant... — dit le vieux marin, — donne-moi le bras, et laissons ces demoiselles.

— Monsieur Olivier, — reprit Herminie, — il est impossible que M. Bernard, faible comme il l'est, s'en aille à pied... si vous voulez dire à la portière d'aller chercher une voiture.

— Non, non, ma chère demoiselle, avec le bras de mon Olivier, je ne crains rien, — reprit le vieillard... — le grand air me remettra... et puis je veux montrer à Olivier l'endroit où je périssais sans cet ange gardien... Je ne suis pas dévot, Mademoiselle, mais j'irai souvent, je vous le jure, faire un pèlerinage à ce talus de gazon... et je prierai à ma manière pour la généreuse créature qui m'a sauvé au moment où j'avais tant envie de vivre, car ce malin même...

Et pour la seconde fois, à la nouvelle surprise d'Olivier, le vétéran refoula les paroles qui' lui vinrent aux lèvres...

— Enfin... n'importe, — reprit-il, — je prierai donc . à ma manière pour mon ange sauveur, car vraiment, — ajouta le vétéran en souriant d'un air de bonhomie, — \ c'est le monde renversé... ce sont les jeunes filles qui j sauvent les vieux soldats... heureusement qu'aux vieux , soldats il reste un cœur pour le dévoùment et pour la reconnaissance.

Olivier, les yeux attachés sur le mélancolique et doux visage de Mlle de lîeaumesnil, éprouvait un attendrisse- ; ment rempli de charme, son cœur palpitait sous les émo- . lions les plus vives et les plus diverses, en contemplant | cette jeune fille, et se rappelant les incidents de sa pre- 1 mière rencontre avec elle, sa franchise ingénue, l'originalité naïve de son esprit, puis surtout les confidences | d'IIermiuie qui lui avait appris que le sort d'Ernestine était loin d'être heureux.

Certes Olivier admirait plus que personne la rare |

beauté de la duchesse, mais en ce moment Ernestine lui '

semblait aussi belle... |

Le jeune sous-officier était tellement absorbé, qu'il ]

fallut que son oncle le prît parle bras, et lui dit: '

— Allons, mon garçon... n'abusons pas plus longtemps de l'hospitalité queMlleHerrainie... me permettra i d'avoir acceptée. |

— En effet, lîerminie, — dit Ernestine, sachant que , vous demeuriez tout auprès de l'endroit où l'accident est arrivé... j'ai cru pouvoir...

— N'allez-vous pas vous excuser maintenant, — dit ] la duchesse en souriant et en interrompant Mlle de Beau- \ mcsnil, — vous excuser d'avoir agi en amie?.. j

— Adieu donc. Mademoiselle, — dit le vieux marin. ]

Et s'adressaat à Ernestiae d'un ton péuétré :

— Il me serait trop pénible de penser... que je vous ai \ue aujourd'hui pour la première et la dernière fois... oh! rassurez-vous, Mademoiselle, — ajouta le vieillard en répondant à un mouvement d'embarras d'Ernestine, — ma reconnaissance ne sera pas indiscrète... seulement je vous demanderai comme une grâce à vous etk Mlle Herminie... de me faire savoir... quelquefois... aussi rarement que vous^le voudrez, quand je pourrai vous rencontrer ici, n'est-ce pas? — dit le vieillard en contenant son émotion, — car ce n'est pas tout... de remplir un cœur de gratitude, il faut au moins lui permettre de l'exprimer quelquefois...

— Monsieur Bernard, — dit Herminie, — votre désir est trop naturel... pour qu'Ernestine et moi nous ne nous y rendions pas... l'un de ces soirs qu'Ernestine sera libre... nous vous avertirons et vous nous ferez le plaisir de venir prendre une tasse de thé avec nous.

— Vraiment? — dit joyeusement le vieillard, — puis il ajouta — toujours le monde renversé... ce sont les obligés qui sont comblés par les bienfaiteurs... enfin je me résigne. Allons, encore adieu, Mesdemoiselles, et surtout au revoir... viens-tu, Olivier?

Au moment de sortir, le vieux marin s'arrêta, parut hésiter et après un moment de réflexion il revint sur ses pas et dit aux deux jeunes filles:

— Tenez, Mesdemoiselles, décidément... je ne peux pas... je ne dois pas emporter un secret qui m'étouffe.

— Un secret... Monsieur Bernard?

— Ah! mon Dieu oui... deux fois déjà il m'est venu aux lèvres; mais, deux fois... je me suis contraint, parce

que j'avais promis de garder le silence... mais, après tout, il faut que Mlle Ernestine, à qui je dois la vie... sache au moins pourquoi je suis si heureux de vivre...

— Je pense comme vous, Monsieur Bernard, — dit Herminie — vous devez celte récompense à Ernestine.

— Je vous assure. Monsieur, — reprit Mlle de Beaumesnil, — que je serai très-heureuse de votre confidence...

— Oh! c'est que c'est une vraie confidence, Mademoiselle... car, je vous l'ai dit, on m'avait recommandé le secret. Oui... et s'il faut te l'avouer, mon pauvre Olivier, c'est pour le mieux garder, ce diable de secret... que je suis sorti ce matin... pendant que tu étais à la maison.

— Pourquoi cela, mon oncle?

— Parce que, malgré toute les recommandations du monde, dans le premier saisissement de la bonne nouvelle... que je venais d'apprendre, je n'aurais pu m'empècher de te sauter au cou, et de te dire tout ! ! aussi je suis sorti... espérant m'habituer assez à ma joie pour pouvoir te la cacher plus tard.

— Mais, mon oncle, — dit Olivier qui écoutait le vétéran avec une surprise croissante, — de quelle bonne nouvelle voulez-vous donc parler?

— L'ami... que tu as vu ce matin à la maison ne t'a pas dit que sa première visite avait été pour moi, n'estce pas?

— Non, mon oncle... Lorsqu'il est venu me trouver sous la tonnelle.... je croyais qu'il arrivait à l'instant.

— C'est cela, nous en étions convenus, de te cacher notre entrevue... car c'est lui qui me l'a apportée, cette fameuse nouvelle! et Dieu sait s'il était content! quoiqu'il m'ait paru bien triste d'autre part... En un mot. Mesdemoiselles, vous allez comprendre mon bonheur — reprit le vétéran d'un air triomphant — mon brave Olivier est nommé officier!

— Moi! — s'écria Olivier avec un élan de joie impossible à rendre — moi officier ! !

— Ah! quel bonheur pour vous. Monsieur 01i\ier! — dit Hermiuie.

— Oui, mon brave enfant, — reprit le vétéran en serrant dans ses mains les deux mains d'Olivier; — oui, tu es officier, et je devais te garder le secret... jusqu'au jour où tu recevras ton brevet pour que ta joie fût plus complète... car tu ne sais pas tout...

— Qu'y a-t-il donc encore? Monsieur Bernard, — demanda Ernestioe qui prenait un vif intérêt à cette scène.

— Il y a... Mesdemoiselles, que mon cher Olivier... ne me quittera pas d'ici long-temps du moins, car on l'a nommé officierdans l'un desrégimenls qui viennentd'arriver en garnison à Paris... Eh bien! Mademoiselle Ernestine — reprit le vétéran — avais-je raison d'aimer la vie, en pensant au bonheur d'Olivier?... au mien?... Comprenez-vous maintenant toute l'étendue de ma reconnaissance envers vous?

Le nouvel officier restait muet, pensif; une vive émotion se peignit sur ses traits, lorsque par deux fois, il jeta les yeux sur Mlle deBeauraesnil avec une expression nouvelle et singulière.

— Eh bien!., mon enfant, — dit le vétéran étonné, , presque chagrin du silence méditatif qui avait succédé | chez Olivier à sa première exclamation de surprise et de , joie, — moi qui croyais te faire tant de plaisir, eo t'an- Donçant ton grade! Je sais bien qu'après tout ce n'est ; que justice rendue... et tardivement rendue... àtesscr- i vices, mais enfin...

— Oh... ne me croyez pas ingrat... envers la destinée, mon oncle, — reprit Olivier, d'une voix profondément pénétrée, — si je me tais, c'est que mon cœur est trop

plein c'est que je pense... à tous les bonheurs que

renferme la nouvelle que vous m'apprenez ; car, ce grade i ... je le dois... j'en suis sûr, à la chaleureuse interveu- ] tion de mon meilleur ami... ce grade... me rapproche ] pour long-temps de vous, mon oncle... et enfin ce grade : ... — ajouta Olivier, en jetant de nouveau les yeux sur j Ernestine, qui rougit en rencontrant encore le regard du | jeune homme, — ce grade est sans prix pour moi... — j reprit Olivier, — parce que... parce que... c'est vous qui i me l'annoncez, mon oncle.

Évidemment Olivier ne disait pas la troisième raison j qui rendait son nouveau grade si précieux pour lui. |

Ernestine devina seule les généreuses et secrètes ! pensées du jeune homme... car elle rougit encore, et une larme d'attendrissement involontaire brilla dans ses i yeux...

— Et maintenant, mon officier, — reprit gatment le vieux marin, — maintenant, que ces demoiselles ont bien voulu prendre part à ce qui nous intéresse... renier- ] cious-les, ne soyons pas plus long-temps indiscrets... seulement... Mademoiselle Herminie... n'oubliez pas !

Yotr.e invitation pour le thé, vous voyez que j'ai bonne mémoire...

— Oh! soyez tranquille, Monsieur Bernard, je vous prouverai que j'ai aussi bonne mémoire que vous, — répondit gracieusement Herminie.

Pendant que le commandant Bernard adressait à Mlle de Beaumesnil quelques dernières paroles de reconnaissance et d'adieu, Olivier, s'approchant d'Herminie, lui dit à demi-voix d'un ton suppliant:

— Mademoiselle Herminie... il est des jours qui doivent disposer à la clémence... que dirai-je à Gerald?

— Monsieur Olivier, — repritHerminie, dont le front s'attrista profondément, car la pauvre enfant avait un instant oublié ses chagrins... — vous savez ma résolution...

Olivier conoaissait la fermeté du caractère d'Herrainie; il étouffa un soupir en songeant à Gerald, et reprit:

— Un mot encore, Mademoiselle Herminie, voulezvous avoir la bonté de me recevoir demain... à l'heure qui vous conviendra... pour une chose très-importante, et qui cette fois m'est toute personnelle?., vous me rendrez un vrai service...

— Avec plaisir, Monsieur Olivier, — répondit la duchesse quoique assez surprise de cette demande, — demain matin... je vous attendrai.

— Je vous remercie, Mademoiselle... à demain donc, — dit Olivier...

Et il sortit avec le commandant Bernard.

Les deux jeunes filles, les deux sœurs restèrent seules.

La Duc/iesse.lll,

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