‹ La duchesseChapitre 35 sur 56 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

Le jour du grand bal donué par Mme de Mirecour était arrivé.

A cette fêle brillante, les trois prétendants à la main de Mlle de Beauniesuil devaient se rencontrer avec elle.

Cette importante nouvelle que la plus riche héritière de Fruîice allait l'aire ce soir- là sou entrée dans le monde, était le sujet de toutes les conversations, l'objet de la curiosité générale, et faisait oublier la récente et triste nouvelle d'un suicide qui jetait dans la désolation l'une des plus illustres familles de France.

Mme de Mirecour, la maîtresse de la maison, se montrait franchement glorieuse de ce que son salon eût Yétrenne de Mlle de Beaumcsnil (cela se dit ainsi eu argot de bonne compagnie), et elle se félicitait intérieurement en songeant que ce serait probablement chez elle que se concluerait le mariage de la célèbre héritière avec le. duc de Senueterre, car, toute dévouée à la mère de Gerald, Mme de Mirecour était l'une des plus ardentes entremetteuses de cette union.

Postée, selon l'usage, dans son premier salon, aiia

d'y recevoir les femmes à leur entrée chez elle, et d'y être saluée par les hommes, Mme de Mirecour attendait avec impatience l'arrivée de la duchesse de Senneterve ; celle-ci devait être accompagnée de Gerald, et avait promis devenir de bonne heure; cependant elle n'arrivait pas.

Un grand nombre de personnes, attirées par la curiosité, encombraient, contre l'habitude, ce premier salon, afin d'être des premières à apercevoir Mlle de Beaumésnil, dont le nom circulait dans toutes les bouches.

Parmi les jeunes gens k marier, il en était bien peu qui n'eussent apporté un soin plus minutieux que de coutume à leur toilette, non qu'ils eussent des prétentions directes, avouées, mais enfin... qui sait... les héritières sont si bizarres! et qui peut prévoir les suites d'un entretien, d'une contredanse?., d'une première et soudaine impression?

Aussi, chacun, en jetant un dernier et complaisant regard sur son miroir, se rappelait toutes sortes d'aventures incroyables, dans lesquelles d'opulentes jeunes filles s'énamouraient d'un inconnu qu'elles épousaient contre le vœu de leur famille; car tous ces dignes célibataires, d'une vertu rigide, n'avaient qu'une pensée: le mariage ... et ils poussaient le scrupule, l'honnêteté si loin, ils aimaient tant le mariage, pour le mariage même, que l'épousée ne devenait plus guère à leurs yeux qu'un accessoire.

Chaque célibataire, selon le caractère de sa physionomie, s'était donc ingénié à se mettre en valeur:

Les beaux, h se faire encore plus beaux, plus conquérants ;

Ceux d'un extérieur peu agréable ou laid, ils se partageaient l'air spirituel ou mélancolique ;

Enfla tous se disaient, ainsi que l'on fait, lorsque l'on S'est laissé prendre au piège tentateur de ces loteries allemandes qui offrent des gains de plusieurs millions :

„ Certes, il est absurde de croire que je gagnerai un ,,de ces lots fabuleux; j'ai contre moi je ne sais combien 5, de millions de chances... mais enjin... l'on a vu des gagTiants..."

Quant aux personnes dont se composait la société de Mme de Mirecour, elles étaient à peu près les mêmes qui avaient assisté quelques mois auparavant au bal de jour donné par Mme de Senneterre, et qui, lors de cette fête, avaient pris plus ou moins part aux conversations dont la mort présumable de .Mme la comtesse de Beauuiesnil avait été le sujet.

Plusieurs de ces personnes se rappelaient aussi la curiosité qu'avait inspirée à cette époque 3111e de Beaumesnil, alors en pays étranger, et que personne ne connaissait; la plupart des invités de Mme de Mirecour allaient donc enfin a\oirdans cette soirée la solution de ce problème posé quelques mois aupara\ant :

La plus riche hérilière de Finance, était-elle belle comme un astre? ou laide comme un monstre? luxuriante de santé? ou malingre, et phtisique? et l'on se souvient que les fins gourmets en fait d'héritière avaient prétendu que rien n'était en ce genre plus délicat et plus recherché qu'une orpheline poitrinaire.

Di\ heures sonnaient.

Mme de Mirecour commençait à s'inquiéter; .Mme de Senneterre et son fils ne paraissaient pas, et Mlle de

Beaumesnil pouvait arriver dun nioraenl à l'autre; or, il avait été couvenu qu'Ernestiue serait pendant toute la soirée accostée de Mme de la Rochaiguë, et de Mme de Senneterre, et que celle-ci ménagerait adroitement à Gerald la première contredanse avec l'héritière.

A chaque instant le monde se succédait plus pressé; parmi les nouveaux-venus M. de Mormand, suivi de M. du Ravil, alla de l'air du monde le plus désintéressé saluer Mme de Mirecour qui l'accueillit à merveille, et lui dit très-innocemment sans croire rencontrer si juste :

— Je suis sûre que vous venez un peu pour moi, Monsieur de Mormand, et beaucoup pour voir la lionne de celte soirée, Mlle de Beaumesnil.

Le futur ministre sourit et répondit avec une infernale diplomatie:

— Je vous assure, Madame, que je suis venu tout naïvement pour avoir l'honneur de vous présenter mes hommages et assister à une de ces fêtes charmantes que vous seule savez donner.

Et M. de Mormand s'étant incliné, s'éloigna de Mme de Mirecour, et dit tout bas à du Ravil :

— Va donc voir si elle est dans les autres salons... Moi je reste ici, tâche de m'amener le baron, si tu le rencontres.

Du Ravil fit un signe d'intelligence à son Pylade, se mêla aux groupes, et se dit, en pensant à sa rencontre de la veille, dont il s'était bien gardé de parler à M. de Mormand :

— Ah! cette héritière s'en va seulette... en grisette, dans des quartiers déserts, et revient trouver cette abominable Mme Laine qui l'attend complaisamraent en

liacre... Je ne m'élonne plus, si cette indigne gouvernante m'a déclaré net, il y a quinze jours, que je ne devais plus compter sur son influence que j'avais espéré si bien escompter. Mais au profit de qui favorise-t-elle cette intrigue de la petite de Beaumesnil? car il doit y avoir nécessairement là une intrigue ... Ce gros niais de Mormand n'y est pour rien... je l'aurais su... Il faut que je démôle le vrai de tout cela... car plus j'y songe, plus il me semble qu'il y a là motif... à faire chanter lapoule aux œufs d'or... et sur ce, observons.

Au moment où le cynique se perdait dans la foule, la duchesse de Sennelcrre arrivait, mais seule, et la ligure altérée par une vive contrariété.

Mme de Mirecour se leva pour aller au-devant de Mme de Sennelcrre, et avec cet art que les femmes du monde possèdent à un si haut degré, elle trouva moyen, au milieu de cent personnes, et en ayant l'air d'adresser à la duchesse les banalités d'usage, d'avoir avec elle à demi-voix l'entretien suivant:

— ElGerald?

— On l'a saigné ce soir.

— Ah ! mon Dieu : qu'a-t-il donc?

— Depuis hier il est dans un état affreux.

— Et vous ne m'avez pas prévenue, chère duchesse !

— Jusqu'au dernier moment il m'avait promis de venir... quoiqu'il soufl'rît beaucoup.

— C'est désolant... Mlle de Beaumesnil peut arriver d'un moment à l'autre... et vous l'auriez chambrée dès ' son entrée...

— Sans doute... aussi je suis au supplice... et... ce u'cst pas tout...

S' H — Quoi donc encore, chère duchesse?

— Je ne sais pourquoi... il m'est revenu des doutes sur les intentions de mon fils.

— Quelle idée!

— C'est qu'il mène une vie si singulière depuis quelque temps...

— Mais alors il ne vous eût pas promis encore aujourd'hui, et quoique souffrant, de venir ici ce soir pour se rencontrer avec Mlle de Beaumesnil.

— Sans doute... et d'un autre côté ce qui me rassure, c'est que M. de Mailleforî, dont Mme de la Rochaiguë redoutait l'insupportable pénétration, etque mon fils avait imprudemment mis dans la confidence de nos projets... c'est que M. de Maillefort est pour nous, car il sait le but de la rencontre de ce soir, et il devait nous accompagner, moi et Gerald.

— Enfin que voulez-vous, ma chère duchesse, ce n'est qu'une occasion perdue, mais, en tout cas... dès que Mme de la Rochaiguë va arriver avec Mlle de Beaumesnil... ne les quittez pas... et arrangez-vous avec la baronne pour que la petite n'accepte pour danseurs que des... insignifiants.

— C'est très-important...

Et après avoir ainsi causé quelques instants debout, les deux femmes s'assirent sur un sopha circulaire.

De nouveaux personnages venaient à chaque instant saluer Mme de Mirecour; soudain Mme de Senneterre fit un mouvement et dit tout bas et vivement à son amie :

— Mais c'est 31. de Macreuse qui vient d'entrer... vous recevez donc cette espèce^

— Comment, ma chère duchesse? mais je l'ai vu

mille fois chez vous... et c'est une de mes meilleures amies, la sœur de Monseigneur l'évèque de Ratopolis... Mme de Cheverny, qui m'a demandé une invitation pour M. de Macreuse; d'ailleurs, il est reçu partout, et même avec distinction... car son Oeuvre de Saint-Poly carpe...

— Eh! ma chère... Saint Polycarpe ne fait rien du tout à la chose — dit impatiemment la duchesse en interrompant Mme deMirecour, — j'ai reçu ce Monsieur comme tout le monde et j'en suis aux regrets, car j'ai appris que c'était un bien grand drôle. ..je vous dirai même que c'est un homme à chasser de partout!... On parle d'objets de pri\ disparus pendant ses visites, — ajouta Mme de Senneterre très-mystérieusement et sans rougir le moins du monde de ce mensonge, car le protégé de l'abbé Ledoux n'était pas homme à s'amuser à des bagatelles.

— Ah! mon Dieu! — s'écria Mme de Mirecour, — mais c'est donc un voleur?

— iVon, ma chère, seulement il vous emprunterait un diamant ou une épingle sans songer à vous en avertir...

Au moment même de cet entretien, 31. de 3Iacreuse qui, en s'avanrant lentement, avait suivi du regard le jeu de la physionomie des deux femmes, soupçonna leur malveillance pour lui, mais vint néanmoins saluer la maîtresse de la maison avec un imperturbable aplomb, et lui dit:

— J'aurais désiré, Madame, avoir l'honneur de me présenter chez vous ce soir sous les auspices de Mme de Cheverny... qui avait bien voulu se charger de moi; malheureusement elle est souffrante et me charge d'être

auprès de vous, Madame, l'interprète de tous ses regrets ...

— Je suis désolée, Monsieur, que cette indisposition me prive du plaisir de voir ce soir Mme de Cheverny, — répondit sèchement Mme de Mirecour, encore sous l'impression de ce que venait de lui dire Mme deSenneterre.

Mais le 3Iacreuse ne se déconcertait pas facilement, et, sinclinant ensuite devant la duchesse, il lui dit en souriant:

— J'ai moins à regretter ce soir le bienveillant patronage de Mme de Cheverny, car il m'aurait été presque permis de compter sur le vôtre, madame la Duchesse.

— Justement... Monsieur... — répondit Mme de Senneterre avec une expression de hauteur amère, — je parlais de vous à Mme de Mirecour, lorsque vous êtes entré... et je la félicitais sincèrement d'avoir l'honneur de vous recevoir chez elle.

— Je n'attendais pas moins des bontés habituelles de Madame la duchesse, à qui j'ai dû tant de précieuses relations dans le monde, — répondit M. de Macreuse, d'un ton respectueux et pénétré.

Après quoi, saluant de nouveau, il passa dans le salon voisin.

Le protégé de l'abbé Ledoux (ancien confesseur de Mme de Beaumesnil), en vrai roué de sacristie, était trop madré... trop clairvoyant, trop soupçonneux, pour n'avoir pas senti, lors de son entrevue avec Mme de Senneterre (entrevue où il s'était ouvert sur ses prétentions à la main de Mlle de Beaumesnil), qu'il venait, comme on dit vulgairement, de faire un pas de clerc, bien que la duchesse lui eût promis son appui.

Trop tard, le Macreuse s'était reproché de n'avoir pas rélléchi que la duchesse avait un fils à marier; l'accueil sardonique et hautain qu'elle venait de lui faire, coufirmèrent les soupçons du pieux jeune homme; mais il s'inquiéta médiocrement de cette hostilité, se croyant | certain, d'après les rapports de Mlle Héléna de la B.o~\ chaiguë, non seulement que personne n'était alors sur i les rangs pour épouser Mlle de Beaumesnil, mais que ' celle-ci l'avait particulièrement distingué, lui, Macreuse, ] et qu'elle avait paru touchée de sa douleur et de sa | piété. I

M. de Macreuse, plein d'espoir, s'assura d'abord j que Mlle dcBeaumesnil ne se trouvait dans aucun salon, et il attendit son arrivée avec impatience, bien résolu , d'épier le moment opportun pour l'engager à danser... ; l'un des premiers... le premier, s'il se pouvait.

— A-t-on idée dune impudence égale à celle de M. ! de Macreuse! — dit Mme de Senneterre outrée à Mme! de Mirecour, lorsque le protégé de l'abbé Ledoux lut | éloigné. I

— En vérité, ma chère duchesse, ce que vous m'apprenez, m'étonne à un point extrême, et quand on pense que l'on citait partout M. de Macreuse comme un modèle de conduite et de piété... j

— Oui, il est joli, le modèle... je vous en dirai bien \ d'autres sur son compte...

Et s'interrompant, Mme de Senneterre s'écria : ,

— Enlîn, voilà 3111e de Beaumesnil... Ah! quel ; malheur que Gerald ne soit pas ici !... ;

— Allons, consolez-vous, ma chère duchesse, du | moins Mlle de Beaumesnil n'entendra parler que de

otre flls pendant toute la soirée... restez là... je vais ous amener celte chère petite... vous et la baronne ne a quitterez pas.

Et Mme de Mirecour se leva pour aller au-devant de mie de Beaumesnil qui arrivait, accompagnée de M. et le Mme de la Rochaiguë: la jeune fille donnait le bras i son tuteur.

Un bourdonnement sourd, causé par ces mots échan- ;és à voix basse: C'est Mlle de Beaumesnil, provoqua )ientôt dans tous les salons un mouvement général, et m flot de curieux encombra l'embrasure des portes du alon où se trouvait Ernestine.

Ce fut au milieu de cette agitation, de cet empresse- Qeut causé par son arrivée, que la plus riche licritière h France, baissant les yeux sous les regards attachés ur elle de toutes parts, fit, comme on dit: son entrée 'ans le monde.

La pauvre enfant comparait, à part soi, dans une irolie méprisante, cette impatience, cette a\idité de la oir et surtout d'être aperçu d'elle, ces murmures d'adûiration que quelques habiles firent même entendre sur on passage, à l'accueil, si complètement indilTérent [u'elle avait reçu le dimanche passé chez Mme Herbaut, ussi se sentait-elle de plus en plus résolue de pousser ussi loin que possible la contre-épreuve qu'elle venait hercher, voulant savoir une fois pour toutes à quoi s'en enir sur la dignité, sur la sincérité de ce monde où elle emblait destinée à vivre.

Mlle de Beaumesnil, au grand désespoir des la Rohaiguë, et avec une soudaine opiniâtreté qui les avait

confondus et dominés, avait voulu être aussi modestement velue que lorsqu'elle s'était présentée chez Mme Herbaut : une simple robe de mousseline blanche et une écharpe bleue en tout pareilles à celles qu'elle portait le dimanche précédent, telle était la toilette de l'héritière qui, dans cette autre épreuve, voulait paraître sans plus ni moins d'avantages que lors de la première.

Erncstine avait même eu la pensée de s'accoutrer le plus ridiculement du monde, presque certaine que les louanges plcuvraient de toutes parts sur la c/iarmante oi'iginaUté de sa toilette; mais elle renonça bientôt à cette folie, en songeant que cette nouvelle épreuve était une chose grave et triste.

Ainsi que cela avait été convenu à l'avance entre Mmes de Mirecour, de Senneterre et de la Rochaiguë, dès son arrivée dans le bal, Mlle de Beaumesnil, traversant avec peine les groupes de plus en plus empressés sur son passage, et conduite par la maîtresse de la maison, alla prendre place dans le vaste et magnilique salon où l'on dansait.

Mme de Mirecour y laissa Ernestine en compagnie de Mme de la Rochaiguë et de Mme de Senneterre, que la baronne venait de rencontrer... par hasard.

>on loin du canapé où était assise l'héritière, se trouvaient plusieurs charmantes jeunes tilles, aussi belles et beaucoup plus élégamment parées que les reines du bal de Mme Herbaut; mais tous les regards étaient tournés vers Ernestine.

Ce soir, je ne manquerai pas de danseurs, — pensaitelle, — je ne serai pas invitée par charité... toutes ces

charmantes personnes seront sans doute délaissées pour moi.

Pendant que Mlle de Beaumesnil observait, se souvenait et comparait, Mme de Senneterre dit tout bas à Mme.de la Rochaigue, que malheureusement Gerald était si grièvement malade, qu'il lui serait impossible de venir au bal, et il fut convenu que l'on ne laisserait danser Ernestine que fort peu et avec des personnes très-prudemment choisies.

Pour arriver à ce résultat, Mme de la Rochaigue dit à Ernestine :

— Ma chère belle... vous pouvez juger de l'étourdissant effet que vous produisez, malgré l'inconcevable simplicité de votre toilette, je vous l'avais toujours prédit, sans la moindre exagération, vous le voyez bien... aussi allez-vous être accablée d'invitations, ., Mais comme il ne convient pas que vous dansiez indifféremment avec tout le monde, lorsqu'il me paraîtra que vous pouvez accepter un engagement, j'ouvrirai mon éventail; si, au contraire, je le tiens fermé... vous refuserez en disant que vous dansez fort peu... et que vous avez déjà trop d'invitations.

A peine Mme de la Rochaigue venait-elle de faire cette recommandation à Ernestine, que l'on se mit en place pour la coutredanse.

Plusieurs jeunes gens, qui mouraient d'envie d'engager Mlle de Beaumesnil, hésitaient cependant, croyant, avec raison, manquer aux convenances en la priant au moment même de son entrée dans le bal.

M. de Macreuse, moins scrupuleux et plus adroit, u'hésila pas une seconde: il fendit rapidement la foule et

vint timidement prier Ernestine de lui faire Vhonneur de dcmser la contredanse qtii coînmençait.

Mme de Senneterre, stupéfaite de ce qu'elle appelait l'audace inouïe de ce M. de Macreuse, se pencha vivement à l'oreille de Mme de la Rochaiguë pour lui dire de faire signe à Ernestine de refuser; il était trop tard.

Mlle de Beaumesnil, très-impatiente de se trouver pour ainsi dire en tète â tête avec M. de Macreuse, accepta vivement son invitation, sans attendre le jeu de l'éveutail de Mme de la Rochaiguë, et, au grand étonncnient de celle-ci, elle se leva, prit le bras du pieux jeune homme, et alla se placer à la contredanse.

— Ce raisérable-Ià est d'une insolence effrayante, — dit la duchesse courroucée.

Mais elle s'interrompit soudain et s'écria avec l'expression de la joie la plus vive, la plus inattendue, en s'adressant à Mme de la Rochaiguë :

— Ah mon Dieu, c'est lui !

— Qui cela?

— Gerald!.,.

— Quel bonheur... Où donc le voyez-vous, ma chère Duchesse?

— Là^bas, dans l'embrasure de cette fenêtre... Pauvre enfaut, comme il est pâle, — ajouta la duchesse avec émotion, — quel courage il lui faut!.. Ah! nous sommes sauvées...

— En effet... c'est lui, — dit ^Ime de la Rochaiguë, non moins joyeuse que son amie. — Jl. de Maillefort est auprès de lui. Ah! le marquis ne m'a pas trompée...

il m'avait bien promis d'être dans mes intérêts, depuis 5u'il sait qu'il s'agit de M. de Senneterre.

Pendant que Mme de Senneterre faisait signe à Gerald qu'il y .avait une place vacante à coté d'elle, M. le Macreuse et Mlle de Beaumesnil figuraient à la même :oDtredanse.

laDuc/iesse.lU.

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