‹ La duchesseChapitre 39 sur 56 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

M. de Mormand, l'air satisfait, outrecuidant, s'inclina devant Mlle de Beaumesnil, et lui dit :

— Mademoiselle n'a pas oublié qu'elle m'avait promis cette contredanse? veut-elle bien me faire l'honneur d'accepter mon bras?

— Cane se peut pas, Monsieur de Mormand, — dit à demi-voix M. dcMailleforf, toujours appuyé au dossier du canapé où était assise Ernesline.

M. de Mormand se redressa brusquement, aperçut le marquis, et lui demanda d'un air hautain :

— Quoi, Monsieur? Qu'est-ce qui ne se peut pas?

— Vous ne pouvez pas danser avec Mile de Beaumesnil, Monsieur, — reprit le bossu, toujours à demivoix.

M. de Mormand haussa les épaules avec dédain, et, s'adressant à Ernesline :

— Veuillez, Mademoiselle, me faire la grâce d'accepter mon bras.

Interdite, confuse, Ernestine se retourna vers M. de Maillefort, comme pour lui demander avis.

Le marquis répéta cette fois, d'une voix haute et grave, en appuyant sur les mots :

— Mlle de Beaumesnil ne peut pas . . . ne doit pas danser avec M. de Mormand...

Ernestine fut si frappée de l'accent presque solennel de M. de Maiilefort, qu'elle répondit à M. de Mormand, en baissant les yeux:

— Je vous prie... Monsieur... de m'excuser... Mais je me sens trop fatiguée pour tenir la promesse que je TOUS ai faite...

M. de Mormand s'inclina poliment, sans mot dire, devant Ernestine ; mais, en se relevant, il jeta un regard significatif au bossu.

Celui-ci répondit à ce regard, en montrant d'un coup d'oeil au danseur désappointé une des portes de la galerie vers laquelle le bossu se dirigea, laissant Mile de Beaumesnil dans une vive inquiétude.

Cette scène, à l'encontre de l'exécution de M. de Macreuse, avait passé inaperçue; les quelques mots échangés entre le marquis et M. de IMormand ayant été prononcés presque à voix basse, et cela au milieu de l'agitation qui accompagne toujours la mise en place d'une contredanse.

Ainsi, à l'exception de Mlle de Beaumesnil, deMmes de Senneterre et de la Rochaiguë, voisines d'Ernesline, personne dans le bal ne se doutait de ces préliminaires à une nouvelle evécution.

M. de Mormand, en allant rejoindre le bossu dans la galerie, fut successivement accosté par M. de la Rochaiguë et par M. du Ravil qui, de l'embrasure d'une porte,

avaient suivi avec inquiétude et sans les comprendre, les péripéties de l'incident soulevé par M. de Maillefort.

— Eh bien! — dit du Ravil à M. de Mormand, — comment, tu ne danses pas?

— Que s'est-il donc passé, mon cher Monsieur de Mormand? — reprit à son tour le baron ; — il m'a semblé vous voir parler à ce maudit bossu, dont l'audace et l'insolence passent réellement tous les termes.

— En effet. Monsieur, — répondit le futur ministre, le visage contracté, — M. de Maillefort se croit tout permis! Il faut qu'une telle insolence ait un terme!... il a osé défendre à votre pupille de danser avec moi...

— Et elle a obéi! — s'écria le baron...

— Que vouliez-vous que fît cette pauvre demoiselle après une injonction pareille ?

— Mais c'est intolérable!... inqualifiable... incroyable...— s'écria le baron, — je vais trouver ma pupille, et...

— C'est inutile. Monsieur, quant à présent... — dit M. de Mormand.

Et s'adressant à du Ravil :

— Yiens-tu? il faut absolument que j'aie une explication avec M. de Mailllefort... il m'attend là-bas !

— Et moi, mon cher Comte, — dit le baron, — je ne vous quitte pas !

Lorsque ces trois personnages s'approchèrent du bossu, ils virent auprès de lui MM. de Morainville et d'Hauterive, et cinq ou six autres personnes rassemblées à dessein par le marquis.

— Monsieur de Maillefort, — lui dit M. de Mormand

d"iin ton fort poli, — j'aurais quelques mots d'explication à vous demander...

— Je suis à vos ordres. Monsieur.

— Alors, Monsieur, si vous le voulez bien, nous irons dans le salon de tableaux ; priez un de vos amis de vous accompagner...

— Non pas. Monsieur... je liens à ce que votre explication ait autant de retentissement que possible.

' — Monsieur...

— Je ne vois pas pourquoi vous craindriez une publicité que je provoque.

— Eh bien! soit! — reprit M. de ]\lorraand, — je vous demanderai donc devant ces Messieurs, pourquoi, tout-à-l'heure, au moment où j'avais l'honneur d'inviter Mlle de Beaumesnil à danser, vous vous êtes permis. Monsieur', de dire à celte jeune personne: Mlle de Beaiiinesnil ne peut pas , ne doit pas danser avec M. de Mormand... Ce sont vos propres paroles. Monsieur?

— Telles sont, en effet, mes paroles. Monsieur, vous avez une excellente mémoire, j'espère que tout-àl'heure elle ne vous fera pas défaut.

— Et moi, je ferai observer à M. de Maillefort, — reprit le baron, — qu'il s'arroge un droit... une autorité ... une surveillance qui m'appartient exclusivement, car disant à ma pupille que...

— Mon cher Baron, — reprit le marquis en souriant et interrompant M. de la Rochaiguë, — vous êtes le modèle, l'exemple, la merveille des tuteurs passés, présents et futurs... Je vous prouverai cela plus tard; mais permettez-moi de répondre à M. de Mormand que j'avais l'honneur de féliciter sur sa mémoire, et de lui deraan-

der s'il se souvient qu'au dernier bal de jour de Mme la duchesse de Senneterre, je ne lui ai pas dit, à lui, M. de Mormand, au sujet d'un insignifiant coup d'épée: que cette égratignure était une sorte de mémento destiné à fixer dans son esprit la date d'un jour, que plus tard peut-être j'aurais intérêt à lui rappeler.

— Cela est \rai, Monsieur, — dit M. de Mormand, — mais cette rencontre n'a pas le moindre rapport avec l'explication que je viens vous demander.

— Au contraire, Monsieur... cette explication est la conséquence naturelle de cette rencontre.

— Parlez clairement, Monsieur.

— Je vais être très-clair. A ce bal, chez 3Ime de Senneterre, dans le jardin, à gauche, sous un massif de lilas, en présence de plusieurs personnes et notamment de MM. de Morainville et d'Hauterive que voici, vous vous êtes permis, Monsieur, de calomnier de la manière la plus outrageante Mme la comtesse deBcaumesnil...

— Monsieur!...

— Sans respect, sans pitié pour une malheureuse femme, alors à l'agonie, — reprit le bossu indigné, en interrompant M. de Mormand, — vous l'avez lâchement insultée, et vous avez osé dire: qu'un galant homme n^ épouserait jamais lajille d'une femme aussi tarée que Mme de Beaumesjiil.

Et à un mouvement de M. de Mormand , qui pâlit de rage, le marquis, s'adressant à MM. de Morainville et d'Hauterive :

— Messieurs, est-ce vrai?... M. de Mormand a-t-il dit cela devant vous?

■ — M. de Mormand l'a dit en effet devant nous — reprirent-ils, — il nous est impossible de nier la vérité!

— Et c'est alors que moi-même, qui vous entendais sans vous voir', Monsieur, — reprit le bossu, — c'est alors qu'emporté par l'indignation, je n'ai pu m'erapôcher de crier: Misérable!

— Ah! c'était vous. Monsieur, — dit M. de Mormand, furieux de voir ce coup mortel porté à ses cupides espérances.

— Oui, c'était moi... et voilà pourquoi j'ai dit toutà-l'heure à Mlle de Beaumesnil qu'elle ne pouvait pas . . . qu'elle ne devait pas danser avec vous. Monsieur, qui avez publiquement diffamé sa mère ! Or, je le demande à tous ceux qui nous écoutent, si j'ai tort ou raison d'avoir agi ainsi !

Un silence accablant pour M. de Mormand succéda aux derniers mots du bossu.

DuRavil, seul, prit la parole, et dit d'un air ironique:

— Ainsi, M. le marquis de Maillefort se posait ca paladin, en chevalier courtois, donnait un coup d'épée à un galant homme, en manière de 77ie7/je;j/o, le tout pour l'empêcher un jour de danser une contredanse avec Mlle de Beaumesnil?...

— Le tout pour empêcher M. de Mormand rf'epouser MWii de Beaumesnil, Monsieur! car votre ami est aussi cupide que Mlle de Beaumesnil est riche, ce qui n'est pas peu dire, et, dans la conversation même que j'ai surprise pendant le bal de Mme de Senneterre, les vues de M. de Mormand se trahissaient déjà... en diffammant Mme de Beaumesnil, en faisant retomber les suites de ces diffamations jusque sur sa ilUe, et

même sur c«lai qoi serait teatê de répoDS«r, M. dtelforaiand espérait éloigner les eoO'can«nts... Cette mSair. m'a révolté... De là, le mot de mÛËrcMe, écàappé à mon ind^nation^. de là, on prétexte trooré par moi pour oâHr à M. de Mormaod la réparali^Hi qni, après toat, lui était due... de là, le coup d'épée en manière de imeaesdm ... de là, enfin, ma résolatîoB d'empêcher M. deM<armand d'épooser JHLUe de Beanmesnii, et J'ai réussi... car je le défie maintenant d'oser paraître devant la^lms rient àérUièrv de F}rmmte... pronontcât-îl encore vingt discoors philanthropiques sur la pèehe de la morue! sepn^ntâtil même sous volie patronage. Baron . .~. l'exemple, le modèle, la mert dUe des tuteurs, tous qui vouliez sacriâer ravenir de Tolre pupille à votre ridicule ambiiioo —

Une morne stupeur ac^tueillit les paroles du bossu, qui reprit :

— Pardien ! Messieurs, ces vilenie se reproduisent si souvent dans le monde, qu'il sera d'un bon exemple de les flétrir une fois !... Comment ! parce que ces ehosi^ honteuses se passent ainsi qu'on dit entre gens ée imtme compagnie, elles seront impunies? . . . Commoit! il v aura une sellette, une prison pour de pauvres diables d'escrocs qui auront subtilisé quelques louis au jeu avee de fausses caries; et il n> aura pas un pilori posir y clouer des g<&s$ qui, à force de faux semblants, de bas mensonges, tentent de subtiliser une fortune énorme, et complotent froidement les moyens d'enchaîner à jamais à eux une pauvre innocente enfant, dont le seul tort est d'avoir une fortune immense et d'allumer, à son insu, les plus détestables cupidités ?... £t lorsque ces geas-ià réussissent, on les ac«ieiUe, on les loue, onleseane.

on vante leur adresse... on s'extasie sur leur bonne fortune !... oui... car grâce à ces biens qu'ils ont acquis par des moyens indignes, ils vivent magnifiquement, entretiennent des maîtresses et font un pont d'or à leur ambition ;.. la malheureuse femme qui les a enrichis et qu'ils ont trompée, verse des larmes de désespoir, ou se jette dans le désordre pour s'étourdir !... Pardieu, Messieurs, j'aurai du moins le bonheur d'avoir fait justice de deux de ces ignobles intrigues, car M. de Macreuse, que j'ai chassé tout-à-l'heure d'ici, avait les mêmes visées que Monsieur de Mormand !... Vous le voyez... les honnêtes esprits se rencontrent!

— Tu es joué comme un sot que tu es, et c'est bien fait... — dit tout bas du Ravil à l'oreille de son ami qui restait accablé, — de ma vie . . . je ne te pardonnerai de m'avoir fait perdre la prime sur la dot.

Les sentiments justes, élevés, généreux, ont parfois une telle autorité, qu'après les véhémentes paroles du bossu M. de Mormand se vit généralement réprouvé.... Aucune voix ne s'éleva pour le défendre; heureusement la contredanse finissajit amena un mouvement dans les salons et dans la galerie, qui permit au futur ministre de se perdre dans la foule, pâle, éperdu, n'ayant pu trouver un mot à répondre aux accablantes accusations du bossu.

Celui-ci rejoignit alors Mme de la Rochaiguë, qui n'avait pas encore été instruite, non plus qu'Ernestine, de cette dernière exécution.

— Maintenant, — dit M. deMaillefort à la baronne, — il faut absolument que vous emmeniez Mlle deBeaumesnil; sa présence ici n'est plus convenable.

— Oui, ma chère enfant, — ajouta le marquis, en s'adressant à Mlle de Beaumesnil, — l'insupportable curiosité que vous excitez s'augmenterait encore. Demain, je vous dirai tout! Croyez-moi, suivez mon conseil! quittez ce bal...

— Oh! de grand cœur, Monsieur, — répondit Ernestine, — car je suis au supplice.

Et la jeune fille se leva, prit le bras de Mme de la Rochaiguë, qui dit au bossu, avec un accent de vive reconnaissance:

— Je comprends tout, mon cher Marquis; M. de Mormand était aussi sur les rangs?

— Nous causerons de tout cela demain; mais, eo grAce, emmenez Mlle de Beaumesnil à l'instant même.

— Ah! vous êtes notre Providence, mon cher Marquis,— lui dit tout bas Mme de la Rochaiguë, — combiea j'ai eu raison de me confier à vous !

— Certainement, mais, de grâce, emmenez Mlle de Beaumesnil.

L'orpheline jeta un regard de reconnaissance sur le bossu, et, troublée, presque effrayée des divers incidents de cette soirée, elle sortit du bal avec Mme de la Rochaiguë, tandis que M. de Maillefort resta chez Mme de Mirecour, ne voulant pas paraître quitter celte maison à la faveur de l'espèce de stupeur, que sa loyale et courageuse résolution avait causée.

Le duRavil, en vrai cynique, dès qu'il avait vu la ruine des espérances de son ami Mormand, s'était empressé de l'accabler et de l'abandonner. Le futur ministre s'était jelé dans un fiacre, tandis que du Ravil s'en allait pédestrement, rêvant à ce qui venait de se passer,

et comparant la double déconvenue de M. de Morraaud et de M. de Macreuse.

En tournant le coin de la rue où était situé l'hôtel de Mme deMirecour, duRavil aperçut à la clarté de la lune, alors d'une sérénité superbe, un homme qui marchait, tantôt lentement, tantôt avec une précipitation fiévreuse.

L'agitation, la démarche de cet homme attirèrent l'attention du cynique. Il doubla le pas, etreconnulM. de Macreuse, qu'une sorte de charme fatal retenait auprès de la maison, où était resté le marquis', dont il eût dévoré le cœur, si vouloir... eût été pouvoir.

Cédant à une inspiration diabolique, le duRavil s'approcha du Macreuse et lui dit:

— Bonsoir, Monsieur de Macreuse.

Le protégé de l'abbé Ledoux releva la tète; l'exaltation des plus mauvaises passions se lisait si visiblement sur cette physionomie livide, que du Ravil se félicita doublement de son idée.

— Que voulez-vous. Monsieur? — dit brusquement Macreuse à du Ravil, qu'il ne reconnut pas d'abord.

Puis, l'ayant plus attentivement regardé, il reprit:

— Ah! c'est vous. Monsieur du Ravil?... pardon! Et il fit le geste de continuer son chemin, mais du

Ravil l'arrêtant lui dit :

— Monsieur de Macreuse, je crois que nous sommes faits pour nous entendre et pour nous servir.

■ — Nous entendre!... sur quoi, Monsieur?

— jVous avons la même haine: c'est déjà quelque chose. ^

— Quelle haine?

— M. deMaillcfort!

— Vous aussi? vous le haïssez?

— A la mort!

— Eh bien! ensuite, Monsieur?

— Eh bien, ayant la même haine, nous pouvons avoir le même intérêt...

— Je ne vous comprends pas, Monsieur du Ravil.

— Monsieur de Macreuse, vous êtes un homme beaucoup trop supérieur, beaucoup trop avancé pour vous laisser décourager par un échec.

— Quel échec. Monsieur?

— Allons, il me faut vous mettre en confiance . j'avais un imbécille ami, c'est vous nommer M. de Mormand, qui poursuivait la même héritière que vous...

— M. de Mormand !

s — Il avait cet honneur-là... Malheureusement, peu d'instants après votre départ, cet abominable marquis l'a traité comme il vous a traité... c'est dire qu'il a rendu impossible le mariage de la petite Beaumesnil avec mon iuibécille ami. Delà ma haine contre le marquis !

— Mais que vous importait, Monsieur, que cette héritière épousât ou non votre ami?...

— Diable! mais il m'importait beaucoup! je m'étais entremis dans l'affaire... j'avais servi de Mormand moyennant une prime promise sur la dot... Donc le maudit bossu m'a ruiné en ruinant Mormand. ..Comprenez-vous?

— Fort bien!...

— Mormand est trop mou, trop veule, trop gras en un mot, pour tâcher de se relever de cet échec, ou du moins pour chercher à se consoler par une vengeance...

— Une vengeance?... contre qui?

— Contre cette petite pécore d'héritière, et incidera-

ment, contre cet affreux bossu . . . Mais je me hâte de Yous dire que je ne suis pas de ces farouches butors qui donnent dans le creux d'une vengeance stérile... Je n'admets, moi, qu'une vengeance fructueuse...

— Fructueuse?

— Productive!... très-productive!... si vous le préférez... et de cette vengeance je pourrais fournir les éléments.

— Vous? et lesquels?

— Permettez ! Je possède un secret très-important..

— Sur Mlle de Beaumesnil?

— Sur elle-même!... Ce secret, je pourrais l'exploiter seul, très-productivement, je crois.

— • Et vous venez m'offrir...

— De partager?... non pas!... vous méprendriez pour un niais, et vous n'aimez pas les niais.

— Alors, Monsieur, à quoi bon?...

— Vous n'avez pas entamé une aussi grosse affaire, comme dit mon imbécillc d'ami (qui est un homme politique, s'il vous plaît), vous n'avez pas entamé une aussi grosse affaire que votre mariage avec la plus riche héritière deFrance, sans appui, sans entre-gens... sans probabilités de réussite ... On ne fait pas de ces fautes-là, quand on a fondé l'Oeitvre de Saint-Polyearpe (fondation qui, par parenthèse, m'a prouvé que vous étiez très-fort, et vous a, dès long-temps, acquis ma sympathie); en un mot, je vous le répète, vous êtes iTo\tnerveux pour subir humblement un échec outrageant. Vous avez peut-être des moyens de vous relever de là, d'arriver à votre but par d'autres voies , et tant que la petite Beaumesnil n'est pas mariée, un homme comme vous espère !

— Eh bien! soit! Monsieur, supposez que j'espère encore...

— Ceci admis, je vous proposerais de mettre ea commun vos nouveaux moyens de réussir. . . et mon secret... Si vos espérances se réalisent, nous ne tirerons pas parti de mon secret;... si elles ne se réalisent pas, mon secret nous restera... comme une onctueuse poire pour la soif. . . En un mot, si vous épousez, vous me donnerez une prime sur la dot... si vous n'épousez pasi je vous donne une prime sur les bénéfices que me procurera mon secret, si tant est que ledit secret ne puisse pas servir vos nouvelles tentatives . . . comme j'en ai la certitude ... et notez que je ne parle que pour mémoire de certaines influences sur Mlle deBeaumesnil, influences engourdies... mais qui pourraient être réveillées...

— Tout ceci mérite attention. Monsieur, — reprit le Macreuse, après un moment de réflexion, car il commençait à croire, ainsi que lui avait dit de Ravil : — que tous deux étaient faits pour se comprendre, — mais encore, ajouta-t-il, faudrait-il savoir quel est ce secret... quelles sont ces influences?...

— Donnez-moi le bras, mon cher Monsieur de Macreuse, je vais vous parler à cœur ouvert, car je n'ai aucun intérêt à vous tromper, ainsi que vous l'allez voir.

Et ces deux hommes s'éloignèrent et disparurent bientôt dans l'ombre que projetait une haute maison sur l'un des côtés de la rue.

Page 1