CHAPITRE QUATRIEME
C'<5lait le surlendemain du jour où M. deMaillefort avait eu tour-à-lour une entrevue avec iMme de Senneterre et M. de la Rochaiguë.
Herminie, seule chez elle, semblait en proie à une vive anxiélé; bien souvent elle interrogea sa petite pendule d'un regard impatient; tressaillant au moindre bruit, elle tournait parfois sa léte du côté de la porte.
On lisait sur la physionomie de la diic/icsse une angoisse égale à celle qu'elle avait ressentie quelque temps auparavant, en attendant de minute en minute le terrible M. Bouffard.
Et pourtant... ce n'était pas la visite de M. Bouiïard, mais celle de M. de Maillefort, qui causait l'agitation de la jeune fille.
Les fleurs de la coquette petite chambre d'Herminie venaient d'être renouvelées, ainsi que les rideaux de
mousseline des fenêtres ouvertes, derrière lesquelles les Persiennes vertes donnant sur le jardin étaient fermées.
La duchesse semblait avoir fait son ménage avec encore plus de soin que de coutume : elle avait mis sa plus belle robe, une robe de levantine noire montante, avec un col et des manchettes tout unies d'une blancheur éblouissante.
Herminic, seulement parée de ses magnifiques cheveux blonds, brillants des plus doux reflets, n'avait jamais été d'une beauté plus noble et plus touchante; car, depuis quelque temps, son visage avait pâli sans rien perdre de son éblouissant éclat.
La ducliesse venait encore de prêter l'oreille du côté delà porte, lorsqu'elle crut entendre un léger bruit de pas derrière les persiennes fermées qui donnaient sur le jardin ; elle allait se lever pour éclaircir ses doutes, lorsque la clé de sa porte tourna dans la serrure, et Mme Moufflon introduisit M. de Maillcfort.
Celui-ci, à peine entré, dit à la portière :
— Dans quelques instants une dame viendra demander Mlle Herrainie... vous l'introduirez.
— Oui, Monsieur, — répondit Mme MoufQoa en se retirant.
En entendant ces mots du marquis :
— Une dame viendra demander Mlle Herminie... —
la jeune fille s'avança vivement auprès de M. de Maillefort, et lui dit:
— Mon Dieu! ... Monsieur... cette dame... qui doit venir?...
— C'est elle! — répondit le marquis rayonnant de joie et d'espérance, — oui... elle va venir.
Puis, voyant Herminie pâlir et trembler de tous ses membres, le bossu s'écria:
— Mon enfant... qu'avez-vous?...
— Ah! Monsieur... — dit la duchesse d'une voix faible, — je ne sais, mais maintenant... j'ai peur...
— Peur... lorsque Mme de Senneterre vient faire auprès de vous... celte démarche inespérée... que vous avez si dignement exigée?
— Hélas! Monsieur, à cette heure seulement... je comprends la témérité... l'inconvenance, peut-être, de mon exigence.
— Ma chère enfant! — s'écria le bossu avec la plus vive inquiétude, — pas de faiblesse, vous perdriez tout ... Soyez envers Mme de Senneterre ce que vous êtes naturellement: modeste, sans humilité.. . digne sans arrogance, et cela ira bien ... je l'espère...
— Ah! Monsieur, lorsque hier... vous m'avez fait entrevoir la possibilité de la visite de Mme de Senneterre... je croyais éprouver une joie folle, si cette espé-
rance se réalisait... et, à cette heure, je ne ressens que frayeur et angoisse.
— La voilà... pour Dieu! du courage, mon enfant, et songez à Gerald... — s'écria le bossu en entendant une voilure s'arrêter à la porte.
— Monsieur, — murmura la duchesse d'une vois suppliante en prenant la main du marquis, — ayez pitié de moi... je n'oserai jamais... oh ! je me sens mourir...
— La malheureuse enfant, — pensa le marquis, — elle va se perdre.
A ce moment la porte s'ouvrit.
Mme de Senneterre parut.
C'était une femme de haute taille, très-maigre, et qui avait ainsi que l'on dit : le plus grand air du monde.
Elle entra, la tête altière, le regard insolent, le sourire dédaigneux etcontracté; son visage était très-coloré, elle semblait difQcilement contenir une violente agitation intérieure.
C'est qu'en effet Mme de Senneterre était violemment agitée.
Cette femme, d'une absurde et indomptable vanité, était partie de chez elle, très-décidée à faire auprès d'Hermioie la démarche que M. de Maillefort exigeait, et en retour de laquelle il promettait d'adopter la jeune fille. Mme de Senneterre s'était donc proposé de se montrer seulement froide et polie dans cette visite, qui
coûtait tant à son amour-propre... Mais lorsque le moment de cette entrevue approcha, mais lorsque cette arrogante créature pensa que, dans quelques minutes, elle, duchesse de Senneterre, allait être obligée de se présenter comme de7n(t/ide>-csse chez une misérable jeune lille qui vivait de son travail, l'implacable vanité de la grande dame se révolta en elle, la colère l'emporta; elle perdit la tôte, et oubliant les avantages considérables que ce mariage pouvait apporter à son lils, oubliant qu'après tout c'était à la fille adoptive du prince duc de Haut-Martel qu'elle venait rendre visite, et non à la pauvre artiste, Mme de Senneterre se présenta chez Herminie, non plus avec des idées de conciliation, mais avec la résolution de traiter cette insolente comme le méritait l'audace de ses prétentions.
A l'aspect de la physionomie hautaine, agressive et sourdement courroucée de Mme de Senneterre, le marquis, non moins surpris qu'épouvanté, devina le revirement subit des idées de la mère de Gerald ; il se dit avec désespoir:
— Tout est perdu...
Quant il Herminie, elle n'avait pas, ainsi qu'on dit, une goutte de sang dans les veines. Sa charmante figure était devenue d'une pûleur mortelle, ses lèvres, presque bleues, tremblaient convulsivement... elle tenait ses
yeux fixes et baissés... il lui fut impossible de faire un pas, de trouver une parole...
Quoi que lui eût dit M. de Mailicfort sur la jeune personne qu'il estimait assez pour lui donner son nom, Mme de Sennelerre, trop stupidement Gère, trop opiniâtre dans ses préjugés, pour comprendre le sentiment de dignité qui avait dicté la conduite d'Herminie, s'attendait à trouver en elle une petite lille vulgaire et hardie, d'une vanité turbulente et effrontée; aussi lanière de Gerald s'était-elle armée de ses dédains les plus insultants, de ses hauteurs les plus propoquantes... Mais elle resta complètement déroutée à la vue de cette timide et charmante créature, d'une distinction exquise, d'une beauté rare et touchante, et qui, au lieu de prendre des airs de triomphe impertinent, n'osait pas seulement lever les yeux, etparaissait plus morte que vive à l'aspect de la grande dame dont elle avait exigé la visite.
— Mon Dieu... qu'elle est donc belle!... — se dit Mme de Senneterre avec un mélange de dépit et d'admiration involontaire, — tout en elle paraît d'une distinction parfaite... c'est vraiment incroyable... une mauvaise petite maîtresse de musique... mes filles ne sont pas mieux...
Ces divers ressentiments de Mme de Senneterre, si longs à décrire, avaient été presque instantanés, il s'était passé à peine quelques secondes depuis son en-
trée chez Herminie, lorsque, rompant la première le silence et rougissant de l'espèce d'embarras et de déconvenue qu'elle venait d'éprouver, la mère de Geraiddità la jeune fille d'une voix hautaine et sardonique :
— Mademoiselle Herminie?
— C'est moi... Madame la Duchesse... — balbutia Herminie, pendant que M. de Maillefort écoutait et contemplait cette scène avec une anxiété croissante.
— MademoiselleHermioie... maîtresse de musique? ... — reprit Mme de Senneterre en appuyant sur ces derniers mots avec une affectation dédaigneuse. — C'est apparemment vous, Mademoiselle?
— Oui, Madame la Duchesse... — répondit la pauvre enfant de plus en plus tremblante et sans oser lever encore les yeux.
. — Eh bien! Mademoiselle... vous êtes satisfaite... je pense?. . . Vous avez eu l'audace d'exiger que je vinsse chez vous... m'y voici...
— J'ai dû... Madame... la Duchesse, solliciter l'honneur... que vous daignez me faire...
— Vraiment?... Et de quel droit avez-vous osé élever cette insolente prétention?...
— Madame... — s'écria le bossu.
Mais, aux dernières et insultantes paroles de Mme de Senneterre, Herminie, jusqu'alors craintive, accablée.
releva orgueilleusement la tête; ses beaux traits se colorèrent légèrement, et levant, pour la première fois, sur la mère de Gerald ses grands yeux bleus où brillait une larme contenue, elle répondit d'un ton rempli de douceur et de fermeté:
— Jamais je ne me suis cru le droit d'attendre de vous, Madame, la moindre marque de déférence... J'ai voulu, au contraire... témoigner du respect que m'inspirait votre autorité, Madame... en déclarant à M. de Senneterre... que je ne pouvais... que je ne devais... accepter sa main... qu'avec le consentement de sa mère...
— Et c'était moi... dans ma position, qui devais m'abaisser jusqu'à faire la première démarche auprès de Mademoiselle?
— Madame, je suis orpheline,... sans fariiille,... je ne pouvais vous indiquer personne à qui vous adresser, si ce n'est à moi-même... et ma dignité... ne me permettait pas. Madame, d'aller solliciter votre adhésion.
— Votre dignité! c'est fort plaisant, — s'écria Mme de Senneterre, outrée de se voir forcée de reconnaître la réserve et la convenance parfaite des réponses de la jeune fille, dans une occurrence si difficile. — Vraiment, c'est très-curieux — reprit-elle, avec un éclat de rire sardonique — Mademoiselle a sa dignité !
— J'ai la dignité de l'honneur, du travail et de la
pauvreté,. •• Madame la Duchesse, — r(^pondit Herminie, en regardant celte fois Mme de Scnnelerre bien en face, et d'un air si noble, si décidé que, se sentant enfin confuse de sa dureté, la mère de Gerald fut obligée de baisser les jeux.
Le marquis, depuis quelques instants, se contenait à grand' peine pour ne pas venger sa proléjjée des insolences de Mme de Senneterre; mais, en entendant la noble et simple réponse d'Herminie, il la trouva suffisamment vengée.
— Soit, Mademoiselle, — reprit Mme de Senneterre d'un ton moins amer: — vous avez votre dignité;... mais vous imaginez-vous, par hasard, que, pour entrer dans l'une des plus grandes maisons de France, il suffise d'être honnête et laborieuse?
— Oui, Madame... je le crois.
— Voilà qui est, par exemple, d'un audacieux orgueil! — s'écria Mme de Senneterre exaspérée.— Ainsi, Mademoiselle croit faire à M. le duc de Senneterre, en l'épousant, beaucoup d'honneur?... et à sa famille aussi, probablement?
— En répondant à l'alTection de M. de Senneterre par une alTection égale à la sienne, je crois l'honorer... autant qu'il m'a honorée en me recherchant... Quant à la famille de M. de Senneterre, je sais, Madame, qu'elle ne
s'enorgueillirait pas de moi... mais j'aurais la conscience d'être digne d'elle.
— Bien! bien! — s'écria le bossu, — bien, ma brave et noble enfant.
Mme de Senneterre, quoiqu'elle' fît tous ses efforts pour résister à la pénétrante influence d'Herminie, la subissait forcément: la beauté, la grâce, le tact exquis de cette] adorable créature exerçait sur la mère de Gerald une sorte de fascination... Aussi, craignant d'y céder, et voulant couper court à toute tentation en brûlant, comme on dit, ses vaisseaux, Mme de Senneterre revint à l'insulte, et s'écria avec colère :
— Non! non! il ne sera pas dit que je me laisserai prendre aux charmes perfides d'une aventurière, et que j'aurai sottement consenti à ce qu'elle épouse mon flls...
Avant que le bossu, qui fit un brusque mouvement en jetant un regard terrible sur Mme de Senneterre, eut pu dire un mot, Hermiuie reprit d'une voix brisée, pendant que de grosses larmes tombaient de ses yeux:
— Excusez-moi, Madame... l'insulte me trouve sansforce... et sans réponse, surtout lorsque c'est la mère de M. de Senneterre qui m'outrage... Je n'ai qu'une grâce à vous demander, Madame, c'est de vous rappeler que j'étais résignée d'avance à votre refus... aussi eût-il été généreux à vous de ne pas venir m'accabler ici... Quel est mon tort. Madame? d'avoir cru M. de Senneterre
La Duchesse. IV. 5
d'une condition obscure et laborieusecomme la mienne? ... sans cela, je serais morte, plutôt que de me laisser Entraîner àjuo pareil amour...
— Comment! — s'écria Mme deSenneterre, — vous ignoriez que mon fils...
— M. de Senneterre s'est présenté chez moi comme un homme \ivant de son travail... je l'ai cru, je l'ai aimé ... loyalement aimé... puis, lorsque j'ai connu sa naissance, j'ai refusé de le voir davantage... décidée à ne jamais m'unir à lui contre le vœu de sa famille... Voilà, Madame, toute la vérité, — ajouta Herminie d'une voix tremblante et voilée par les larmes. — De cet amour, dont je n'aurai jamais à rougir,lc sacrifice-, isstaccompli... je m'y attendais... je croyais seulement avoir le droit de souffrir sans témoins... Vos cruelles paroles, je les excuse, Madame, vous ôtes mère... vous ne savez pas que j'étais digne de votre fils... et, jusque dans son égarement... l'amour maternel est sacré...
Puis Herminie, ayant essuyé les larmes qui inondaient son pâle visage, reprit d'une voix affaiblie et entrecoupée, car, anéantie par celte scène, la jeune fille sentait ses forces défaillir :
— Veuillez, Madame, dire à M. de Senneterre... que je lui pardonne le mal qu'il m'a lait... involontairement; c'est à vous, Madame... à vous... sa mère... que... je jure... de ne le revoir jamais.., et l'on doit croire à ma
parole... Ainsi, .\laclamc, vous sorlircz d'ici satisfaite et rassurée... mais je ne sais... ce que... jVprouvc... Monsieur de Mailiefort... je vous... en prie... venez... je...
La malheureuse enfant ne put en dire davantage, ses lèvres ddcolorées s'agitèrent faiblement; elle jeta un regard mourant et désespdrc sur le bossu, qui, s'avançant vivement, la reçut dans ses bras, presque inanimée, la plaça dans un fauteuil, et dit à Mme de Senuelerrc avec une expression terrible:
— Ah! vous pleurerez des larmes de sang pour le mal que vous avez fait. Madame! Sortez... sortez! vous voyez bien qu'elle se meurt.
En effet, Herminie, pâle comme une morte, ses bras allanguis, soutenus par les supports du fauteuil, avait la tête renversée et penchée sur son épaule. Son front, baigné d'une sueur froide, était à demie voilé par les grosses boucles de ses blonds cheveux, et de ses yeux enlr'ouverts filtraient encore quelques larmes presque taries, tandis qu'un frémissement nerveux faisait de temps à autre tressaillir tout le corps de l'infortunée.
M. de Maillcforl ne put retenir ses pleurs, et d'une voix étouffée, il dit à Mme de Sennelerrc :
— Vous jouissez de votre ouvrage, n'est-ce pas?.. Mais quel fui la stupeur du bossu en voyant soudain
rallendrissemeiil, la douleur, les remords se peindre
sur les traits de cette fL-nime altièrc qui, enfin vaincue
par la noble et touchante résignation d'Herminie, fondit à son tour en larmes, et dit au marquis d'un ton suppliant:
— Monsieur de Maillefort, avez pilié de moi; j'étais venue ici... décidée à tenir ma promesse... et puis, malgré moi, ma fierté s'est révoltée, j'ai perdu la tête... A cette heure... je me repens... j'ai honte... j'ai horreur de ma conduite insensée.
Et Mme de Senneterre, courant à Hcrminie, souleva sa tête appesantie, la baisa au front et la soutint entre ses bras, disant d'une voix altérée :
— Malheureuse enfant, pourra-t-elle me pardonner jamais... Monsieur de Maillefort?.. Du secours... appelez quelqu'un... sa pâleur m'épouvante.
Soudain un pas précipité retentit derrière la porte.
Elle s'ouvrit brusquement.
Gerald entra, les traits bouleversés, l'air égaré, menaçant... car du jardin où il s'était tenu caché, sans en prévenir Herminie et M. de Maillefort, il avait entendu les cruelles paroles de sa mère à la jeune tille.
— Gerald! — s'écria le marquis stupéfait.
— J'étais là, — reprit-il d'un air farouche en montrant la fenêtre, — j'ai tout entendu... et...
Mais le duc de Senneterre n'acheva pas, saisi d'étonnement à la vue de sa mère qui soutenait sur son sein la tête d'Herminie.
— Mon Gis... — s'écria aussitôt Mme de Senneterre, — j'ai horreur de ce que j'ai fait, je consens à tout, (?pouse-la... c'est un ange: fasse le ciel qu'elle me pardonne. ■*
— Oh! ma mère... ma mère, — murmura Gerald avec un accent d'ineffable reconnaissance, en tombant aux genoux d'Herminie et couvrant ses mains de larmes et de baisers.
— Bien... bien... — dit tout bas le marquis à Mme de Scnneterre, — c'est de l'adoration que votre fils aura pour vous maintenant.
A un mouvement que fit Herminie en essayant de soulever sa IcHe appesantie, Gerald s'écria:
— Elle revient à elle.
Et s'adressant à la jeune fille de la voix la plus pénétrante:
— Herminie... c'est moi... c'est Gerald.
A la voix de M. de Senneterre, Herminie tressaillit de nouveau, ouvrit lentement ses yeux, d'abord fixes, troubles, comme si elle sortait d'un rêve pénible...
Puis l'espèce de voile que l'évanouissement avait étendu sur sa pensée, se dissipant peu-à-peu, la jeune fille dégagea doucement sa tète, jusqu'alors appuyée sur le sein de Mme de Senneterre et leva les yeux...
Quel étonnement!... elle reconnut la mère de Ge-
raid... qui, la soutenant dans ses bras, la contemplait avec la plus tendre sollicitude...
Se croyant sous l'empire d'un songe, Herminic se redressa brusquement, passa ses mains brûlantes sur ses yeux, et ses regards, de plus en plus assures, tombèrent d'abord sur M. de Muillefort, qui la contemplait avec un ravissement ineffable, puis surGerald, toujours agenouillé devant elle...
— Gcrald! — s'dcria-t-clle.
Et aussitôt, avec une incroyable expression d'angoisse, de frayeur et d'espérance, elle retourna vivement la tôle du côté de .Mme de Sennelerre, comme pour s'assurer que c'était bien d'elle, en effet, qu'elle recevait des marques d'un louchant intérêt...
Gerald, remarquant le mouvement de la jeune fille, se buta de dire:
— Herminic, ma mère consent à tout.
— Oui, oui. Mademoiselle, — s'écria Mme de Senncterre avec effusion, — je consens à tout!... j'ai de grands torts à me faire pardonner, mais j'y parviendrai à force de tendresse.
— Madame... il serait vrai!... — dit Herminic en joignant les mains. — Mon Dieu! mon Dieu! il serait possible... vous consentez... tout ceci n'est pas un songe?...
— Non, Herminic, ce n'est pas un songe, — dit
Gerald avec entraînement; — nous sommes à jamais unis l'un à l'autre... vous serez ma femme.
— Non, ma noble et clicre Olle, ce n'est pas no songe, — dit à son tour M. de Maiilefort, — c'est la récompense d'une vie de travail et d'honneur.
— Non, Mademoiselle, ce n'est pas un songe, — reprit Mme de Sennelerre, — car c'est vous, — ajouta-telle en regardant le marquis d'un air significatif, — vous, Mademoiselle Ilcrminie, qui vivez noblement de volve travail, c'est vous que j'accepte avec joie pour belle-lille en présence de M. de Maiilefort, car je suis certaine que mon flls ne peut faire un choix plus digue de lui... de moi et de sa famille...
Il faut renoncer à peindre les émotions diverses dont furent agités les acteurs de celte scène.
Une demi-heure après, Mme de Scnneterre et son fils prenaient affectueusement congé d'Herminie, et celle-ci, accompagnée de M. de Maiilefort, se rendait en hâte chez Mlle de Beaumesnil, pour lui apprendre la bonne nouvelle et soutenir le courage de la plus riche liéritièrc de France, car il s'agissait pour elle, ou plutôtpour Olivier, d'une dernière et redoutable épreuve.