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CHAPITRE SIXIEME

La figure d'Olivier Raymond, lorsqu'il entra chez M. de la Ruchaiguë, exprimait ua étonnement mêlé de curiosité.

Le baron le salua d'un air courtois, et, lui faisant signe de s'asseoir, lui dit:

— C'est à Monsieur Olivier Raymond que j'ai l'honneur de parler?

— Oui, Monsieur.

— Sous-lieutenant au 3e régiment de hussards?

— Oui, Monsieur.

— D'après la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, Monsieur, vous avez vu que je m'appelais...

— M. le baron de la Rochaiguë, Monsieur, et je n'ai pas l'honneur de vous connaître... Puis-je savoir, maintenant, de quelle affaire importante et personnelle vous avez à ni'cntretcnir?

— Certainement, Monsieur... Veuillez me prêter une scrupuleuse allention, el surtout ne pas >ous étonner de ce qu'il peut y avoir de singulier.... d'étrange.... d'extraordinaire... même, dans les faits que je vais avoir l'honneur de \ous communiquer.

Olivier regarda le formaliste baron avec une nouvelle surprise , tandis que le tuteur de Mlle de Beaumcsni! jetait un imperceptible regard vers la portière qui fermait le salon dans lequel Herminie, Erncstine et M. de Maillefort étaient réunis, écoutant cet entretien.

— Monsieur, reprit le baron en s'adrr ssant à Olivier,

— il y a quelque temps vous (lies allé à un château , près deLuzarchcs, afin d'aider un maître-maçon à établir le relevé des travaux qu'il avait entrepris dans cette propriété?

— Cela est vrai, Monsieur... — répondit Olivier, ne voyant pas où tendait cette question.

— Ces relevés terminés, vous êtes resté plusieurs jours au chûteau, afin de vous occuper de dilTérents comptes et écritures que le régisseur vous a proposé de faire pour lui?

— Cela est encore vrai. Monsieur.

— Ce château, — reprit le baron d'un air important,

— appartient à Mlle de Beaumesnil... la plus riche Itériaère do France.

— C'est en effet. Monsieur, ce que j'avais appris du-

rant mon séjour dans cette propriété... mais puis-je en fln savoir le but de ces questions?

— Al'instant même, Monsieur; seulement, veuillez .me faire la jgrâce de jeter les yeux sur cet acte...

Et le baron prit sur son bureau une double feuille de papier timbré qu'il remit à Olivier.

Pendant que celui-ci, de plus en plus étonné, parcourut ce papier, le baron reprit:

— Vous verrez par cet acte. Monsieur, qui est un double de la délibération du conseil de famille, convoqué après le décès de feu Mme la comtesse de Beaumesoil, vous verrez, dis-je, par cet acte, que je suis tuteur et curateur de Mlle de Beaumesnil.

— En effet. Monsieur, — répondit Olivier en rendant l'acte au baron, — mais je ne comprends pas de quel intérêt cette communication peut être pour moi.

— Je tenais d'abord. Monsieur, à vous édifier sur ma position légale, officielle... judiciaire, auprès de Mlle de Beaumesnil, afin que tout ce que je pourrai avoir l'honneur de vous dire au sujet de ma pupille, ait à vos yeux une autorité évidente... irrécusable... incontestable.

Ce langage, monotone et mesuré comme le mouvement d'un pendule, commença d'impatienter d'autant plus Olivier, qu'il ne pouvait s'imaginer où devaient aboutir ces graves préliminaires, aussi regarda-t-il le baron d'un air si ébahi, que M. de la Rochaiguë se dit:

— On croirait, en vérité, que je lui parle hébreu — il ne sourcille pas au nom de Mlle de Beaumesnil, qu'il n'a point seulement l'air de connaître... Qu'est-ce que tout cela signifie? ce diable de marquis avait bien raison de me dire que je devais m'attendre à de surprenantes choses.

— Pourrai-je enfin savoir. Monsieur, — reprit Oli- \ier, avec une vivacité contenuef — en quoi il m'intéresse que vous soyez ou non le tuteur de Mlle de Beaumesnil?

— Arrivons au mensonge, — se dit le baron, — et voyons en l'effet.

Puis, il reprit tout haut :

— Monsieur... vous avez fait, ainsi que vous en êtes convenu, un assezlong séjour au château de Beaumesnil.

— Oui, Monsieur, — répondit Olivier avec une impatience de plus en plus difficile à modérer, — je vous l'ai déjà dit.

— Vous ignoriez peut-être, Monsieur, que Mlle de Beaumesnil se trouvait à ce château en même temps que vous?

— Mlle de Beaumesnil?

— Oui, Monsieur, — reprit imperturbablement le baron en pensant qu'il mentait avec une aisance et uq aplomb diplomatique, — oui, Monsieur, Mlle de Beaumesnil se trouvait à ce château pendant que vous y étiez aussi.

— Mais on disait cette demoiselle alors en pays étranger. Monsieur? cl d'ailleurs je n'ai vu personne au château.

— Cela ne m'étonne point, Monsieur, — ajouta le baron d'un air fin ; — mais le fait est que Mlle de Beaumesnil, de retour en France depuis très-peu de jours, avait voulu passer le premier temps du deuil de Mme sa mère dans ce château, él comme elle voulait y être dans la plus complète solitude, elle avait recommandé un secret absolu sur son arrivée dans cette propriété.

— Soit, Monsieur;... alors j'ai dû ignorer cette circonstance comme tout le monde, car je demeurais dans la maison du régisseur, située assez loin du château que l'on disait inhabité. Mais, encore une fois. Monsieur, à quoi bon me rappeler?...

— Je vous supplie. Monsieur, de ne pas vous impatienter, — dit le baron en interrompant Olivier, — et de me prêter une religieuse attention, car il s'agit, je vous le répèle, de choses du plus grave... du plus haut... du plus grand intérêt pour vous.

— Cet homme m'agace horriblement les nerfs avec ses redoublements d'épi thètcs... où veut-il en venir?... qu'aije de commun avec Mlle de Beaumesnil et ses châteaux? — se demandait Olivier.

— Le maîlre-maçon pour lequel vous avez fait plusieurs écritures, — poursuivit le baron, — n'a pas caché

sa

au régisseur que le produit de ces travaux que vous vous imposiez pendant votre congi^, était destiné à venir en aide iiM. votre oncle, que vous entouriez d'une tendresse filiale...

— Eh ! mon Dieu ! Monsieur, à quoi bon parler d'une chose si simple? Je vous en conjure, arrivoqs au fait.... au fait!...

— Le fait... le voici. Monsieur, — reprit le baron avec un geste solennel, — c'est que votre généreuse conduite envers M. votre oncle a été rapportée à Mlle de Beaumesnii par son régisseur.

— Eh bien! après, Monsieur? — s'écriaOlivier, dont la patience était à bout; — ensuite, qu'en concluez-vous? où voulez-vous en venir?

— Je veux en venir, Monsieur, à vous apprendre que Mlle de Beaumesnii est une jeune personne du meilleur cœur, du plus noble caractère, et, comme telle,plus sensible que personne aux actions généreuses... aussi, lorsqu'elle a su votre dévoûnienl pour M. votre oncle., elle a été si touchée... qu'elle a désiré vous voir.

— Moi?... — dit Olivier, d'un ton parfaitement incrédule.

— Oui, Monsieur, ma pupille a voulu vous voir, mais sans être vue de vous; et, bien plus, elle a désiré vous entendre plusieurs fois causer en toute liberté.... aussi d'accord avec le régisseur. En un mot, Mlle de

Beauraesnil a trouvé le moyen d'assister, invisible pour vous, à plusieurs de vos entretiens, soit avec ledit régisseur, soit avec le raaltre-maçon pour lequel vous travailliez... Ces entretiens ont tellement mis en relief aux yeux de ma pupille la droiture, l'élévation de vos sentiments, qu'elle a été aussi frappée de la noblesse de votre cœur, que de vos agréments personnels... et qu'alors...

— Monsieur, — dit vivement Olivier on devenant pourpre, — il me serait pénible de croire qu'un homme de votre âge et de votre gravité... pût s'amuser à faire de mauvaises plaisanteries, et pourtant je n'admettrai jamais que vous parliez sérieusement...

,' — J'ai eu l'honneur, Monsieur, de vous communiquer l'acte qui me constitue le tuteur de Mlle de Beaumesnil, afin de vous donner toute créance en mes paroles ; je vous ai ensuite prévenu que ce que j'avais à vous dire, devait vous paraître singulier... étrange... extraordinaire, et vous ne pouvez croire qu'un homme de mon âge, posé d'une certaine façon... dans un certain monde, ose se jouer des intérêts sacrés qui lui sont confiés, «t veuille rendre un homme aussi honorable que vous. Monsieur, la dupe d'une déplorable plaisanterie.

— Soit, Monsieur, — reprit Olivier, ramené par les paroles du baron, j'ai eu tort, je l'avoue , de vous supposer capable d'une mystification... et cependant...

■ — Encore une fois, veuillez vous souvenir, Monsieur,

— dit le baron en interrompant Olivier, — que je \ous ai prévenu que j'avais à vous apprendre des choses fort extraordinaires. Je poursuis: Mlle de Beaumesnil a seize ans... elle est la plus riche héritière de France. Donc, — ajouta le baron en regardant Olivier d'un air significatif et appuyant sur ces derniers mots, — donc, elle n'a pas à s'inquiéter de la fortune de celui qu'elle choisira pour époux... Elle veut... avant tout, se marier à un homme qui lui plaise, et qui lui offre des garanties de bonheur pour l'avenir. Quant au nom, quant à la position sociale de celui qu'elle choisira... pourvu que ce nom et que cette position soient honorables et honorés, Mlle de Beaumesnil n'en demande pas davantage. Me comprenez-vous enfin. Monsieur?

— Monsieur... je vous ai prêté la plus sérieuse attention... Je comprends parfaitement que Mlle deBeaumesnil veuille se marier selon son goût, sans préoccupation de fortune ou de rang. Elle a , je crois, parfaitement raison; mais pourquoi me dire tout ceci.... à moi qui, de ma vie, n'ai vu Mlle de Beaumesnil, et qui ne la verrai sans doute jamais?

— Je vous dis ceci à vous. Monsieur Olivier Raymond , parce que Mlle de Beaumesnil est persuadée que vous réunissez toutes lesqualitésqu'elledésirait rencontrer dans son mari ; aussi, après avoirpris les plus minutieuses informations sur vous. Monsieur, et je dois vous

avouer qu'elles sont excellentes, j'ai, comme tuteur de Mlle de Beaumcsnil, dis-je, j'ai pouvoir et mission de vous proposer sa main.

Le baron aurait pu parler plus long-temps encore, qu'Olivier ne l'eût pas interrompu; stupéfait de ce qu'il entendait, il ne pouvait croire à une mystification de la part de M. de la Rochaiguë qui, malgré ses ridicules oratoires, était un homme d'un extérieur grave, de mamières parfaites, et qui s'exprimait en forts bons termes; d'un autre côté, comment se persuader, fût-on doué du plus robuste amour-propre, et ce n'était pas le défaut d'Olivier, comment se persuader que la plus ric/ie hci'if l'ère do Franco ait pu s'éprendre si soudainement? Aussi Olivier reprit-il :

— Vous excuserez mon silence et ma stupeur. Monsieur, car vous m'aviez vous-même prévenu que vous aviez à m'apprendrc la chose du monde la plus extraordinaire...

— Remettez-vous, Monsieur... je conçois le trouble où vous plonge celte proposition;.... je dois ajouter.... que Mile de Beaumesnil sait parfaitement que vous ne pouvez accepter son offre avant de l'avoir vue et appréciée... j'aurai donc aujourd'hui même, si vous le désiriez, l'honneur de vous présenter à ma pupille ; mon seul désir... est que vous trouviez tous deux dans vos conve-

fiances mutuelles la garantie, l'espoir, la certitude de votre bonheur à venir.

Après cette péroraison, le baron se dit:

Ouf! c'est Gni... je saurai tout-à-l'heure par ce diable de marquis le mot de l'dnigme, qui me paraît déplus en plus obscure.

Durant cette première partie de l'entretien d'Olivier ei du baron, Mlle de Bcaumesnil, Herminie etle bossu avaient silencieusement écoulé.

Herminie comprenait alors le double but de l'épreuve à laquelle M. de Muillefort avait cru devoir soumettre Olivier; mais Ernestine, malgré son aveugle confiance dans l'élévation des sentiments du jeune officier, éprouvait une angoisse inexprimable... en attendant la réponse qu'il allait faire à lélourdissaule proposition du baron.

Hélas! la tentation était si puissante!.. Combien peu de gens seraient capables d'y résister!... Combien en est-il qui , oubliant une promesse faite dans un premier élan de générosité à une pauvre petite fille sans nom, sans fortune, saisiraient avidement cette occasion de posséder des richesses immenses !

— Oh ! mon Dieu ! malgré moi , j'ai peur... — disait tout bas Erncsiine à Herminie et au bossu. — Le renoncement que nous attendons de M. Olivier, est peut-être au-dessus (les forces humaines. Hélas! pourquoi ai-je consenti à celle épreuve?

— Courage, mon enfant! — dit le marquis, — ne songez qu'au bonheur, qu'à l'admiration que vous ressentirez, si Olivier ne faillit pas à ce que nous devons attendre de lui... Mais, silence! écoutez: l'entretien continue...

Par un mouvement d'angoisse involontaire, Ernestine se jeta dans les bras d'Herminie, et ce fut ainsi que toutes deux, palpitantes de crainte et d'espoir, attendirent la réponse d'Olivier.

Celui-ci ne pouvait plus douter de ce qu'il y avait de sérieux dans l'offre incroyable qu'on lui faisait; mais, ne pouvant absolument se résoudre à l'attribuer à ses mérites, il vit dans cette proposition l'un de ces caprices romanesques, assez familiers, dit-on, auxpersonnnes que leur fortune exorbitante met dans une position exceptionnelle , et qui semblent vouloir se jouer du sort à force d'excentricités.

— Monsieur, — répondit Olivier au baron d'une voix ferme et grave, après un assez long silence, — si incroyable, je dirai presque si impossible que me semble la démarche dont vous êtes chargé... je vous donne ma parole d'homme d'honneur, que, sans pouvoir me l'expliquer, je crois à sa sincérité.

Croyez-y, Monsieur... c'est l'important, c'est tout ce que je vous demande.

— J'y crois donc. Monsieur... et je ne cherche pas à

pénétrer les motifs incompréhensibles qui ont pu un instant engager Mlle de Beaumesnil à songer à moi.

— Pardon... ces motifs... Monsieur... je vous les ai fait connaître...

— Je le sais, Monsieur;... mais, sans être d'une modestie ridicule, ces motifs ne me paraissent pas suffisants; je n'ai pas d'ailleurs le droit de les apprécier, car ... il m'est impossible. Monsieur... non pas d'accepter la main de Mlle de Beaumesnil... un acte si grave est subordonné à mille circonstances imprévues, mais je....

— Je vous donne à mon tour ma parole d'homme d'honneur. Monsieur, — dit le baron d'un air solennel, dont Olivier fut frappé, — qu'il dépend de vous... entendez-moi bien... de vous. ..absolument de vous... d'épouser Mlle de Beaumesnil, et qu'avant une heure, si vous le désirez, je vous présenterai à elle.... vous ne pourrez alors conserver le moindre doute... sur l'offre que je vous fais.

— Je vous crois, Monsieur..., je vous le répète; je voulais seulement vous dire qu'il m'est impossible de donner pour ma part aucune suite aux propositions que vous voulez bien me faire.

A son tour, le baron resta stupéfait.

— Comment, Monsieur!... — s'écria-t-il , — vous refusez... Mais non... non... je comprends mal, sans doute, votre réponse: il est impossible que vous soyez

assez aveugle pour ne pas voir les avantages inouïs qu'un pareil mariage...

— Je vais donc ôtre plus précis, Monsieur. Je refuse positivement ce mariage, tout en reconnaissant ce qu'il y a de trop flatteur pour moi dans les bienveillantes intentions de Mlle de Deaumesnil...

— Refuser... la phis riche héï'ilière de Finance, — s'écria le baron abasourdi ; — accueillir avec ce dédain la démarche inouïe que Mlle de Beaumcsnil...

— Permettez, Monsieur, — dit vivement Olivier en interrompant le baron, — je vous ai dit tout-à-l'hcure... combien je mcsenlais honoré devotrcproposition. Aussi ... je serais désolé que vous pussiez interpréter mon refus d'une manière défavorable pourMlle deBeaumesnil, que je n'ai pas l'honneur de connaître !

— Mais, encore une fois, Monsieur, je vous offre de vous la faire connaître.

— Cela est inutile. Monsieur... Je ne doute pas du mérite de Mlle Beaumesnil ;... mais, puisqu'il faut tout vous dire, j'ai un engagement sacré... un engagement de cœur et d'honneur...

— Un engagement?

— En un mot, Monsieur, je dois très-prochainement me marier à une jeune personne que j'aime autant que je l'estime.

— Bon Dieu du ciel. Monsieur! — s'écria le mal-

heureux baron, presque suffoqué, — que m'apprenezvous là?

— La vérité, Monsieur... et cette déclaration suffira, je l'espère, à vous prouver que je puis.... sans aucune prévention contre Mlle de Beaumesnil.... ne pas donner suite à la démarche que vous avez tentée auprès de raoi.

— Mais, si le mariage ne se fait pas, ma députation est manquée, — pensait le baron, confondu de ce nouvel incident. — Pourquoi, diable! alors le marquis me demandait-il mon consentement,... puisque ce jeune fou, cet archi-fou devait refuser un si fabuleux établissement? Et ma pupille qui, ce matin encore, vient me déclarer positivement qu'elle ne veut épouser que ce M. Olivier Raymond... Ah! pardieu! le marquis m'avait bien dit que c'était une énigme ; mais toutes les énigmes ont un mot, et celle-là n'en a point!

Le baron, ne voulant pas renoncer ainsi à son espérance de députation, reprit tout haut:

— Mon cher Monsieur, je vous en conjure, réfléchissez bien . . . vous avez un engagement sacré , à la bonne heure... vous aimez une jeune fille... c'est à merveille; mais. Dieu merci! vous êtes libre encore... et il est des sacrifices que l'on doit avoir le courage de faire à son avenir... Jugez donc. Monsieur... plus de trois raillions de rentes... enterres... cela ne s'est jamais refusé... et la jeune fille que vous aimez... si elle vous aime réelle-

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ment pour vous-même. .. sera la première, si elle n'est pas affreusement (égoïste, à vous conseiller... la... la résignation à cette fortune inespérée ... Plus de trois millions de rentes en terres, mon cher Monsieur... en terres!

— Je vous ai dit, Monsieur, que j'avais un engagement de cœur et d'honneur; aussi je vois avec peine, — ajouta sévèrement Olivier, — que, malgré les excellents renseignements que vous avez, dites-vous, recueillis sur moi... vous me croyez cependant capable d'une lâche et indigne action. Monsieur...

— A Dieu ne plaise, mon cher Monsieur; je vous tiens pour le plus galant homme du monde... mais...

— Veuillez, Monsieur, — dit Olivier, en se levant, faire connaître à Mlle de Beaumesnil les raisons qui dictent ma conduite, et je suis certain d'avance de mériter l'estime de votre pupille...

— Mais vous ne la méritez que trop, son estime, mon cher Monsieur... un pareil désintéressement est unique, admirable, sublime...

— Un pareil désintéressement est tout simple. Monsieur: j'aime, je suis aimé... j'ai mis l'espoir et le bonheur de ma vie dans mon prochain mariage...

Et Olivier fit un pas vers la porte.

— Monsieur, je vous en conjure... prenez quelques jours pour réfléchir;... ne cédez pas à ce premier mou-

vement. . . . Encore une fois: plus de trois millions

de

— Vous n'avez rien de plus à m'apprendre, Monsieur, je suppose, — dit Olivier en interrompant le baron et en le saluant afln de prendre congé de lui.

— Monsieur, — s'écria le baron désolé, — je vous adjure... de penser que votre refus... fera le malheur de Mlle de Beaumesnil... car enfin, vous sentez bien qu'un tuteur... qu'un homme sérieux, ne fait pas la démarche que je fais auprès de vous , s'il n'y est obligé par les plus graves intérêts; en d'autres termes, ma pupille sera désespérée de votre refus... elle en mourra peut-être.

— Monsieur, je vous supplie, à mon tour, d'avoir égard à la position pénible danslaquelle vous memettez, position qu'il m'est impossible d'ailleurs de supporter plus long-temps après l'aveu que j'ai cru devoir vous faire de mon prochain mariage.

Et Olivier salua une dernière fois le baron, se dirigea vers la porte, et ajouta, au moment de l'ouvrir:

— J'aurais désiré. Monsieur, terminer moins brusquement cet entretien; veuillez donc m'excuser et n'attribuer ma retraite qu'à votre insistance, qui me met dans la position la plus désagréable,... je n'ose dire la plus ridicule du monde.

En disant ces mots, Olivier sortit, malgré les supplications désespérées du baron.

Alors celui-ci, désappointé, furieui, accourut dans le salon, où étaient rassemblés les deux jeunes filles et le bossu, ouvrit brusquement les portières et s'écria :

— Ahçà! Marquis, m'expliquerez-vous, à la fin, ce que cela signifie?... De qui se moque-t-on ici? Ne voilà-t-il pas ce M. Olivier qui refuse la main de Mlle de Beaumesnil, qu'il dit n'avoir jamais vu de sa vie, tandis que vous m'assurez que lui et ma pupille s'adorent?

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