CHAPITRE HUITIEME
Dix heures du soir venaient de sonner.
La nuit était sombre, orageuse, les sifflements du vent interrompaient seuls le profond et morne silence qui régnait dans l'hôtel de la Rochaiguë, où il ne restait que quatre personnes: Héléna, sa femme de chambre Placide, Mlle de Beaumesnil et Herminie.
Les deux jeunes filles causaient déjà depuis deux heures de leur passé si triste, de leur avenir si riant, et il leur semblait que leur entretien commençait à peine.
Tout-à-coup Ernestine s'interrompit et parut attentivement écouter du côté de la chambre de sa gouvernante.
— Qu'avez-vous, Ernestine? — lui demanda Herminie.
— Rien... mon amie... — répondit Mlle de Beaumesnil... — rien... je me serai tron)pé...
— Mais encore?
— 11 m'avait semblé entendre du bruit dans la chambre de ma gouvernante.
— Oh! la peureuse!... — ditHerminie en souriant... — c'est le vent qui aura agité quelque contrevent au dehors... et...
Mais Herminie, faisant à son tour un mouvement de surprise, tourna vivement sa tète vers la porte qui séparait la chambre à coucher d'Ernestine d'un salon extérieur, et dit:
— Voilà qui est singulier... Ernestine, n'avez-vous pas remarqué...
— Que l'on vient de fermer cette porte en dehors... n'est-ce pas?
Sans répondre, Herminie courut à la porte dont il était question.
Plus de doute, on avait donné un tour de clé à la serrure.
— Mon Dieu!... — dit Ernestine, commençant à s'effrayer... — Qu'est-ce que cela signifie?... tous les domestiques de l'hôtal sont dehors... Ah!... heureusement il reste Placide... une des femmes de Mlle Hélénn.
Et Mlle de Beaumesnil s'approchant précipitamment de sa cheminée, sonna à plusieurs reprises.
Alors Herminie se rappela les vagues inquiétudes que le marquis lui avait manifestées dans l'après-dtner,
en lui parlant du rapprochement de de Ravil et de Macreuse.
Quoique la duchesse se sentit alars saisie d'un vague effroi, elle ne voulut pas augmenter la frayeur d'Ernestine, et lui dit:
— Rassurez-vous, mon amie... la personne que vous sonnez... va nous expliquer... sans doute, ce qui nous étonne...
— Mais elle ne vient pas... et voilà trois fois que je sonne à tout rompre, — s'écria Mlle de Beaumesnil.
Et elle ajouta toute frémissante et à voix basse en désignant l'autre porte qui, de sa chambre, communiquait chez sa gouvernante.
— Entendez-vous... là... Oh! mon Dieu!., mais on marche.
Herminie faisant un geste de doute, Mlle de Beaumesnil prêta de nouveau l'oreille, et s'écria bientôt avec une nouvelle angoisse :
— Herminie, je vous dis qu'on marche... on vient... écoutez...
— Poussons vite ce verrou, et enfermons-nous, — dit vivement Herminie en courant à cette petite porte...
Mais cette porte s'ouvrit brusquement, alors que la jeune fille allait y porter la main.
M. de Macreuse parut dans la chambre.
A sa vue, Herminie fit un cri en se rejetant en arrière.
tandis que le pieux jeune homme se tournant vers quelqu'un qui restait dans l'ombre de la pièce voisine, s'écria, avec un accent de stupeur et de rage :
— Enfer!.. Elle n'est pas seule... tout est perdu ! A ces mots, un second personnage apparut. C'était de Ravil.
A l'aspect d'Herminie, il s'écria, non moins surpris et courroucé que son complice :
— La musicienne ici...
Herminie et Ernestine s'étaient réfugiées dans l'un des angles de la chambre, et là, enlacées dans les bras l'une de l'autre, comme pour se prêter un mutuel appui, elles palpitaient d'épouvante, incapables de parler et d'agir.
Macreuse et de Ravil stupéfaits, puis furieux de la présence inattendue d'Herminie, qui semblait ruiner leurs projets, restèrent pendant quelques moments, muets et immobiles aussi, semblant se consulter du regard sur ce qu'ils devaienffaire dans cette circonstance imprévue.
Les orphelines, malgré leur terreur, avaient entendu l'exclamation de surprise et de regret désespéré échappée à Macreuse et à son complice, en voyant que Mlle de Beaumesnil n'était pas seule, comme ils y comptaient...
Puis les deux jeunes flUes remarquèrent ensuite l'es-
pèce de consternatioa dans laquelle le fondatear de l'œuvre de Saint-Polycarpe et son nouvel ami demeurèrent un instant plongés.
Ces observations rendirent quelque courage aux deux sœurs; puis, la réflexion aidant, elles finirent par songer que, réunies, elles étaient aussi fortes qu'elles eussent été faibles, si elles se fussent trouvées séparées, à la merci de ces misérables.
Alors Mlle de Beaumesnil, pensant que la présence d'Herminie la sauvait sans doute d'un grand péril, s'écria, avec un élan de tendresse et de reconnaissance que ne put paralyser l'angoisse et la frayeur qu'elle ressentait:
— Vous le voyez, Herminie, toujours le ciel vous envoie pour être le bon ange de votre Ernestine... Sans vous, j'étais perdue...
— Courage... mon amie... — lui répondit la duchesse. — Voyez combien ces misérables ont l'air déconcerté!
— Vous avez raison, Herminie... un jour si beau pour nous... ne saurait être flétri... J'ai maintenant une confiance aveugle dans notre étoile...
Ranimées par ces quelques paroles qu'elles échangèrent à voix basse, les orphelines, fortes surtout de l'espoir du radieux bonheur qui les attendait, se rassu-
rèrent peu-à^peu, et Ernestine prenant résolument la parole, dit à Macreuse et à son complice :
— Ne pensez pas nous effrayer... notre première émotion est passée ... votre audace ne nous inspire plus que du dédain... Dans deux heures les gens de l'hôtel rentreront... et il faudra bien que vous sortiez d'ici aussi honteusement... que vous y êtes entrés.
— Nous aurons, il est vrai, à supporter pendant quelque temps votre présence, — ajouta Hcrminie avec une hauteur amère ; — ce seront deux heures partagées entre le mépris et l'aversion. Mlle de Beaumcsnil et moi nous avons subi de plus rudes épreuves...
— Quel courage! Monsieur de Macreuse! — reprit Ernestine, — vous introduire... avec un complice, chez une jeune fille que vous croyez seule... afin de tirer je ne sais quelle lâche vengeance de ce que M. de Maillefort, qui vous connaît, vous a traité à la face de tous... comme vous le méritez.
Macreuse et de Ravil écoutaient silencieusement les sarcasmes des orphelines, en échangeant de temps à autre des regards significatifs.
— Ma chère Herminie... — reprit Mlle de Beaumesnil, dont la figure se rassérénait de plus en plus, — je vais vous paraître bien extravagante, car je ne sais, en vérité, si tous les bonheurs qui nous sont arrivés auourd'hui, ne me rendent pas folle... mais enfin... tout
ceci me semble à la fois si odieux, si ridicule... que... j'ai presque envie de rire... et vous?
— S'il faut vous l'avouer, Ernestine, je trouve aussi cela grotesque à force de platitude...
— Cette scéldratesse... si piteuse! — ^ reprit Mlle de Beaumesnil avec un franc éclat de rire.
— La rage impuissante de ces ténébreux maehinateurs qui, au lieu de faire peur, font rire, — ajouta non moins gaîment Herminie, — décidément c'est très-amusant!
Et les orphelines, dans l'orgueil, dans l'audace de leur félicité où elles trouvaient le courage de braver insolemment le danger, se livrèrent à un accès de gatlé, à la fois réelle, fiévreuse et vindicative; réelle... car, pendant un moment, l'ébahissement des deux complices, qui ne se croyaient pas si plaisants, fut en effet presque comique; fiévreuse... car les jeunes filles étaient sous l'empirç d'une vive surexcitation causée par l'étrangeté môme de leur situation; vindicative... car elles avaient la conscience du coup qu'elles portaient à Macreuse et à de Ravil.
Ceux-ci, un moment déconcerlés par la présence inattendue d'Herminie et par l'inconcevable hilarité des orphelines, se remirent bientôt de cette impression passagère.
Macreuse, dont les traits contractés prenaient une
expression de plus en plus effrayante, dit quelques mots à l'oreille de de Ravil.
Aussitôt celui-ci courut à la seule fenêtre qui existât dans la chambre d'Ernestine, passa autour de l'espagnolette fermant à la fois la fenêtre et les volets intérieurs, un bout de chaîne d'acier préparé d'avance, et s'occupa de réunir les deux derniers maillons de cette chatnetle, en y adaptant la branche d'un cadenas à secret.
Ceci fait, il devenait impossible d'ouvrir intérieurement la fenêtre et les volets pour appeler du secours.
Les orphelines se trouvaient ainsi à la merci de Macreuse et de de Ravil.
La porte communiquant au salon avait été fermée en dehors par la femme de chambre de Mlle Héléna, caria sainte personne et sa suivante étaient complices du protégé de l'abbé Ledoux ; mais elles ignoraient la présence prolongée d'Herminie chez Mlle de Beaumesnil.
Pendant que de Ravil s'occupait à la fenêtre, Macreuse, dont les traits exprimaient les plus exécrables ressentiments, croisa ses bras sur sa poitrine,^et dit aux deux pauvres rieuses avec un calme véritable:
— Mon premier projet est manqué par la présence de cette maudite créature, — et, d'un signe, il désigna Herminie, — vous voyez que je suis franc! Mais j'ai de
l'invention un ami dévoué; vous êtes toutes deux en
notre pouvoir... nous avons deux heures devant nous...
et je vous prouverai, moi, que je ne suis pas de ceux dont on rit... long-temps...
Ces menaces, l'accent et la physionomie de celui qui les proférait, le silence, la solitude, tout devait les rendre effrayantes; mais, une fois les choses tragiques prises au comique, tout ce qui semble devoir augmenter la terreur, augmente le rire, qui devient bientôt inextinguible.
Tel fut donc à peu près l'effet produit sur les orphelines par les menaces du Macreuse... qui, malheureusement pour sa tragédie, lit un mouvement involontaire qui plaça son chapeau très en arrière de sa tête, ce qui donna à cette large figure, pourtant menaçante et farouche, un air si singulier, que les deux jeunes filles partirent d'un nouvel éclat de rire.
Puis ce fut au tour du complice du Macreuse.
Les jeunes filles avaient suivi d'un regard plus curieux qu'effrayé la manœuvre de de Ravii, occupé de tourner sa chaînette autour de l'espagnolette, mais lorsqu'était venu le]moraent de faire passer la branche du cadenas dans les derniers maillons, de Ravil, qui avait la vue très-basse, ne put y parvenir tout d'abord, etfrappa du pied avec impatience et colère.
Dans la disposition où se trouvaient les orphelines, l'empètrement de de Ravil avec sa chaînette et son cadenas provoqua un tel redoublement d'hilarité nerveuse
chez les deux sœurs, que Macreuse et son complice, stupéfaits et aussi furieux, aussi exaspérés que s'ils eussent été souffletés devant cent personnes, perdirent la tête et, emportés par une rage féroce, se précipitant sur les jeunes filles, ils les saisirent brutalement par les bras; alors Macreuse, la figure livide, les yeux hagards, l'écume aux lèvres, mais toujours son malencontreux chapeau beaucoup trop en arrière, s'écria :
— Il faut donc vous tuer, pour vous faire peur !
— Hélas! ce n'est pas notre faute, — ditErnesline, en éclatant de nouveau à la vue de cette figure à la fois terrible et burlesque, — vous ne pouvez nous faire mourir... que de rire...
Et Herminie fit chorus.
Au moment où les deux misérables, fous de haine et de fureur, allaient se livrer aux plus abominables violences, la porte du salon, fermée extérieurement, s'ouvrit soudain.
M. de Maillefort, accompagné de Gerald, apparut, en s'écriant d'une voix remplie d'angoisse et de frayeur :
— Rassurez-vous, mes enfants... nous voilà...
Que l'on juge de l'étonncment du ^marquis et de Gerald.
Tous deux arrivaient pâles... effarés... comme des gens qui accouraient sauver quelqu'un d'un grand danger... et que voient-ils?
Les deux jeunes filles, les joues colorées, les yeux brillants et le sein palpitant d'un dernier rire, tandis que Macreuse et de Ravil restaient blêmes de colère et immobiles de frayeur à ce secours inattendu.
Un moment le marquis attribua l'hilarité inconcevable des orphelines à quelque spasme nerveux causé par la terreur;., mais il se rassura bientôt en entendant Ernestine lui dire :
— Pardon... mon bon Monsieur de Maillefort, pardon de cette extravagante galté... mais voici ce qui est arrivé... ces deux hommes... se sont introduits ici... par l'escalier...
— Oui... — dit le marquis à Herminie; — la clé de ce matin... mon enfant... vous savez... mes pressentiments ne me trompaient pas.
— Il faut l'avouer, nous avons eu d'abord grand' peur, — reprit Herminie... — mais, quand nous avons vu le désappointement, la colère de ces hommes qui s'attendaient à trouver Ernestine seule...
— Leur position . . . nous a paru si piteuse — reprit Mlle de Beaumesuil, — et puis nous nous sentions d'ailleurs si fortes... réunies toutes deux, que ce qui nous avait d'abord paru effrayant...
— Nous a paru très-ridicule... — ajouta Herminie. Seulement — reprit Ernestine — au moment où vous
êtes arrivés, M. de Macreuse parlait de nous tuer un peu... pour nous ôler l'envie de rire... Le marquis dit à Gerald :
— SoDt-elles assez braves... assez charmantes, en vit-on jamais de pareilles?
— Comme vous... j'admire... celle vaillance, ce courageux mépris, — répondit Gerald partageant l'émotion du bossu ; — mais quand je songe à l'infâme audace de ces deux misérables... que je ne veux pas regarder... car je ne serais plus maître de moi et je les écraserais sous mes pieds... je...
— Allons donc! mon cher Gerald, — dit le marquis en interrompant le jeune duc, — nous ne pouvons plus toucher à ces gens-là... pas môme du pied;... maintenant ils appartiennent à la cour d'assises.
Et s'adressant au pieux jeune homme et à de Ravil qui, reprenant leur cynique audace, semblaient vouloir faire tète à l'orage:
— Monsieur Macreuse,... — dit le bossu, — depuis votre ralliement à M. de Ravil, sachant de quoi tous deux vous étiez capables, je vous ai fait surveiller par un homme à moi.
— De l'espionnage?... — dit Macreuse, avec un sourire sardonique et hautain, — cela ne m'étonne pas.
— Certainement, de l'espionnage, — reprit le bossu. — Est-ce que l'on procède jamais autrement avec les
repris de justice?... Intéressante position qu'était la vôtre, depuis que je vous avais rais au pilori...
— Monsieur est justicier", apparemment? — reprit de Ravil en ricanant à froid, — grand-justicier peutêtre?
— Grand ?... non, — reprit le bossu, — je fais justice selon ma pauvre petite taille, comme vous voyez, et le hasard se plaît quelquefois à m'aider singulièrement; ainsi, ce matin, ce hasard m'avait fait vous apercevoir chez un serrurier,... vous lui apportiez une clé... cela a éveillé mes soupçons... j'ai fait redoubler de surveillance: ce soir, vous et votre complice avez été suivis jusqu'ici par deux hommes à moi : l'un est resté au dehors de la porte, que l'on venait de vous voir ouvrir avec une fausse clé ; l'autre est accouru me prévenir et il est allé ensuite de ma part avertir un commissaire de police... qui, en ce moment, doit vous attendre au bas de cet escalier dérobé, afin de vous édifier vous et votre digne ami sur les inconvénients auxquels s'exposent les gens qui s'introduisent nuitamment avec fausses clés dans une maison habitée...
A ces mots. Macreuse et de Ravil se regardèrent en frémissant et devinrent livides.
— C'est là un cas de galères ou peu s'en faut, je crois, — dit le bossu, — mais Monsieur de Macreuse jouera là au saint Vincent-de-PauIe, et, par ses vertus
chrétiennes, il fera l'admiration de Messieurs ses collègues du bonnet rouge.
A ce moment l'on entendit un bruit de pas du côté de la chambre de la gouvernante de Mlle de Beaumesnii.
— M. le commissaire a vu que vous ne descendiez pas, — dit le marquis aux deux complices atterrés, — et il s'est donné la peine de monter vous chercher; c'est fort obligeant de sa part.
En effet, la porte s'ouvrit presque aussitôt, et un commissaire, suivi d'agents, dit à de Macreuse et à de Ravil:
— Au nom de la loi je vous arrôte... et je vais en votre présence rédiger un procès-verbal des faits dont vous ôtes inculpés.
— Allons, mes enfants, — dit le marquis à Hcrminie etàErnestine, — ^laissons cesMessieurS'à leurs affaires; nous, allons attendre chez Mme de laRochaiguë le retour de votre tuteur.
— La déposition de ces demoiselles me sera tout-àl'heurc indispensable, Monsieur le Marquis... — dit le commissaire, — et j'aurai l'honneur de me rendre auprès d'elles...
Aubould'uneheure, le fondateur de V Oeuvre de Saint- Vohjcai'pc ci son complice étaient conduits au dépôt de la préfecture, sous la prévention de s'être introduits
nuitamment, à l'aide de fausses clés, dans une maison habitée, et s'y être livrés à des menaces et à des violences.
Au retour de M. et Mme de la Rochaiguë, il fut convenu qu'Ernestine etHerminie partageraient l'appartement de la baronne jusqu'au lendemain.
Au moment de quitter les jeunes filles, le bossu leur dit en souriant:
— J'ai fait beaucoup de besogne depuis tantôt... j'ai arrangé l'affaire des contrats, et ils se signeront demain soir, à sept heures, chez Herminie.
— Chez moi ! quel bonheur ! — dit la duchesse.
— X'est-ce pas toujours chez la mariée qu'il est d'usage de le signer? — dit le marquis en souriant de nouveau... — Et comme l'affection qui vous lie, vous et Ernestine, vous rend à peu près sœurs...
— Oh! sœurs tout-à-fait! — dit Mlle de Beaumesnil.
— Eh bien alors, Mademoiselle la sœur cadette, — reprit le bossu, — la déférence veut, dans cette circonstance, que les contrats soient signés chez la sœur atnée.
Le surlendemain, en effet, Herminie, radieuse, faisait d'importants préparatifs dans sa coquette petite
La Duchesse. IV. 9
chambre pour la signature des contrats de lapins riche héritière de France et de la lille adoptive de M. le marquis de Maillefort, prince-duc de Haut-Martel... adoption dont la pauvre artiste n'avait pas encore été instruite.