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CHAPITRE HUITIEME

Au foud de la chambre, à la porte de laquelle venait de s'agenouiller Herminie , parmi les gens de l'hôtel, ou voyait, à la faible lueur d'une lampe d'albâtre, Mme de Beaumesnil, femme de trente-huit ans environ, d'une pâleur et d'une maigreur extrême.

La comtesse, assise dans son lit et soutenue par ses oreillers, avait les mains jointes.

Ses traits, autrefois d'une rare beauté, exprimaient un profond recueillement, ses grands yeux, jadis d'un bleu vif et pur, semblaient alors ternis ; elle les attachait avec une sorte de reconnaissance, mêlée d'angoisse, sur M. l'abbé Ledoiix, prêtre de sa paroisse, qui venait de lui administrer les derniers sacrements.

Un moment avant l'arrivée d'Herminie,!Mme deBeauniesnil, abaissant encore le tonde sa voix, déjà bien épuisée par la souffrance, disait au prêtre :

— Hélas!... mon père... pardonnez-moi... mais à ce moment solennel ... je ne puis m'empécher de songer avec plus d'amertume encoreà cette pauvre enfant... ma fille aussi... triste fruit d'une faute dont le remords a flétri ma vie...

— Silence ... Madame ... avait répondu le prêtre qui, jetant un coup d'ceil oblique sur le groupe des domestiques, venait de voir Herminie se mettre à genoux comme eux.

— Silence.... Madame... — reprit l'abbé , — elle est... là... ,

— Elle?

— Oui... elle arrive à l'instant, elle s'est agenouillée parmi vos gens...

En disant ces mots le prêtre alla discrètement fermer les deux ventaux de la porte, après avoir d'un signe fait entendre aux domestiques que la triste cérémonie était terminée.

— En effet je me le rappelle. ..hier.. .lorsque Herminie... m'aquittée, — reprit Mme de Bcaumesnil, — je l'ai priée de revenir à cette heure; mon médecin avait raison... la voixangélique de cette chère enfant, ses chants, d'une suave mélodie, ont souvent apaisé mes douleurs.

— Prenez garde, — dit le prêtre en revenant et se trouvant seul avec sa pénitente, — Madame... soyez prudente...

— Oh ! je le suis, — dit Mme de Bcaumesnil avec un sourire amer... — ma fille ne soupçonne rien.

— C'est probable, — dit le prêtre, — car le hasard., ou pluôt l'impénétrable volonté de la Providence a rapproché cette jeune {ille de vous depuis quelques jours... Sans doute... le Seigneur a voulu vous soumettre à une rude épreuve.

— Bien rude on effet, mon père... car il me faudra abandonner cette vie, sans avoir jamais dit... J/a^//e à

cette infortunée! Hélas! ... j'emporterai dans la tombe... ce triste secret!

— Votre serment vous impose ce sacrifice, Madame, c'est un devoir sacré! — dit sévèrement le prêtre. — Vous parjurer serait., un sacrilège!

Jamais, mon père. ..je n'ai songé à me parjurer, — répondit Mme de Beaumesnil avec abattement, — mais Dieu me punitcruellement...Jemeurs... forcée de traiter en étrangère... mon enfant... qui estlà...à quelques pas de moi... agenouillée parmi mes gens, et qui doit toujours ignorer que je suis sa mère.

— Votre faute a été grande. Madame... l'expiation doit être grande aussi !

• — Depuis long-temps elle dure pourraoi, celte cruelle expiation... mon père... Fidèle à mon serment, n'aije pas eu le courage de ne jamais chercher à savoir ce qu'était devenue cette infortunée?.. Hélas! sans le hasard qui l'a rapprochée de moi, il y a peu de jours, je mourais sans l'avoir revue depuis dix-sept ans ...

— Ces pensées vous sont mauvaises, ma sœur, — reprit pieusement le prêtre, — elles vous ont conduite hier... à une démarche des plus imprudentes ...

— Rassurez-vous, mon père, il est impossible que la femme que j'ai envoyé chercher hier... ostensiblement, sans aucun mystère, afin d'éloigner tout soupçon... puisse se douter de l'intérêt que j'avais... à lui demander certains renseignements... sur le passé... qu'elle seule pouvait me donner.

— Et ces renseignements?

• — Ainsi que je m'y attendais, ils m'ont confirmé de

la manière la plus irrécasable... ce que je savais... qu'Herminie est ma fille.

— Mais comment compter sur la discrétion de cette femme?

— Elle ignore ce qu'est devenue ma fille depuis seize ans qu'elle a été séparée d'elle ... K

— Mais... cette femme, ne pouvait-elle pas vous reconnaître?

— Je vous ai confessé, mon père, que j'avais un masque sur la figure, lorsque Herminie était venue au monde... avec l'aide de cette femme... Et hier, dans mou entretien avec elle... je l'ai facilement persuadé que la mère de l'enfant dont je lui parlais, était morte depuis long-temps...

— De ce coupable mensonge, il faudra encore que je vous absolve... ma sœur... — reprit sévèrement l'abbé Ledoux, — vous voyez les fatales conséquences de votre criminelle sollicitude pour une créature qui, d'après votre serment, devait vous rester à jamais étrangère...

— Ah! ce serment que le remords... que la reconnaissance pour le plus généreux pardon m'ont arraché ... je l'ai souvent maudit, mais je l'ai toujours tenu... mon père!

— Et cependant, ma sœur, à cette heure encore toutes vos pensées sont concentrées sur cette jeune fille?

— Toutes?... non, mon père... puisque j'ai une autre enfant; mais, hélas! puis-je empêcher mou cœur de battre à l'approche d'Herminie... qui est ma lille aussi? Puis-je empêcher mon cœur de voler au-devant du sien? 11 faut pourtant demander des choses possibles... car enfin si, à force de courage, je parviens à coni-

mander à mes lèvres, à mes regards,àcontraiDcire,à dissimuler tout ce que j'éprouve, lorsque je sens Herminie près de moi... je ne peux pas non plus m'empôcher d'être mère î

— Alors, Madame, il faut m'écouter, — reprit sévèrement le prêtre. — Il faut interdire à cette jeune fille l'entrée de votre maison ... vous avez pour cela des prétextes plausibles; croyez-moi donc, remerciez-la de ses services .. et...

— Jamais, — dit vivement la comtesse, — non, jamais je n'aurai ce courage... N'est-ce pas déjàassez malheureux pour moi, mon Dieu! que mon autre lille... dont la tendresse légitime m'eût été si consolante à cette heure ... soit en pays étranger... pleurant son père qu'un terrible accident lui a enlevé... et qui sait?... peut-être Ernestine aussi se meurt comme moi! Pauvre petite, elle est partie d'ici ... si frêle... si souffrante ... Oh! il n'est pas une mère plus à plajndre que moi !

— Et deux larmes brûlantes tombèrent des yeux de Mme de Beaumesnil.

— Du courage... tranquillisez-vous, ma sœur, — lui dit l'abbé Ledoux d'une voiv onctueuse et insinuante, — ne vous désolez pas ainsi... mettez tout votre espoir dans le Seigneur... Sa clémence est grande... il vous tiendra compte d'avoir supporté chrétiennement cette cérémonie sainte... qui n'était, je vous l'ai dit, que de précaution... Dieu soit loué! votre état, quoique grave, est loin d'être désespéré.

Mme de Beaumesnil secoua mélancoliquement la tête, et reprit:

— Je me sens toujours bien faible, mon père, mais

plus calme ... maintenant que j'ai accompli mes derniers ' devoirs... Ah! si je ne pensais pas à mes enlanls... je • mourrais en paix...

— Je vous comprends, ma sœur, — dit le prêtre ' d'une voix doucereuse.

Et comptant, mesurant, pour ainsi dire, les paroles | suivantes, tout en observant avec une.profonde attention ' la physionomie de Mme de Beaumesnil, l'abbé Ledoux | reprit:

— Je vous comprends, ma sœur! .. l'avenir de votre j fille ... légitime ... (je ne puis, je ne dois vous parler que | de celle-là...) sou avenir, dis-je , vous inquiète... et ' vous avez raison... orpheline, si jeune. ..pauvre enfant!., i

— Hélas ! oui, une mère ne se remplace pas...

— Alors, ma sœur, — reprit lentement l'abbé Le- , doux, en couvant la malade des veux, — pourquoi tou- j jours hésiter... à assurer autant qu'il était on ^ous l'avenir de cette fille chérie? pourquoi ne m'avoir pas permis, depuis si long-temps que je vous demande celte faveur, ; devons présenter ce jeune homme si pieux... si bon... ce modèle de sagesse et de vertu, dont je vous ai souvent 1 entretenu... votre cœur maternel aurait dès long-temps ; apprécié ce trésor de qualités chrétiennes... et sûre d'avance de l'obéissance de votre fille à vos volontés derniè- ' rcs, vous lui eussiez recommandé par quelques lignes de votre main, que j'aurais remises à cette chère enfant... vous lui eussiez, dis-je, recommandé de prendre pour ■ époux M. Célesiin de Maci'euse ... alors votre fille aurait eu un époux selon Dieu... car...

— Mon père dit Mme de Beaumesnil en interrompant l'abbé Ledoux sans pouvoir cacher l'impression ^

pénible que lui causait cet entretien — je vous l'ai dit... je ne doute pas des qualités de la personne dont vous m'avez souvent parlé... mais ma fille Ernestine n'a pas encore seize ans ... je ne veux pas engager ainsi son avenir... en lui prescrivant d'épouser quelqu'un qu'elle ne connaît pas. Cette chère enfant a pour moi tant de tendresse, tant de respect, qu'elle serait capable de se sacrifier ainsi ... à ma volonté dernière ...

— N'en parlons plus, ma chère sœur, — se hùta de dire l'abbé Ledoux d'un air contrit. • — En désignant à votre choix maternel M. Célestin de Macreuse... je n'avais qu'une pensée... celle de vous délivrer de toute inquiétude sur le sort de votre chère Ernestine; seulement... permettez-moi de vous le dire, ma sœur... vous avez parlé de sacrifice, ah!... craignez au contraire que votre pauvre enfant ne soit un jour sacrifiée à quelque époux indigne d'elle... à un homme impie, débauché, prodigue ! Vous ne voulez pas, dites-vous, influencer d'avance le choix de votre fille ... Mais, hélas ! ce choix, qui le guidera, si elle a le malheur de vous perdre? Serontcedcsparents éloignés, toujours égoïstes ouinsouciants? ou bien, la trop naïve et trop crédule enfant s'abandonnera-t-elle en aveugle à l'impulsion de son cœur? Et alors... j'en frémis, ma sœur... à quelles déceptions, à quels irréparables chagrins ne sera-t-elle pas fatalement exposée? Songez à la foule de prétendants que son immense fortune doit attirer autour d'elle. Ah! croyezmoi... ma sœur, croyez-moi. ..prévenezd'avanceces malheurs menaçants... par un choix prudent et sensé...

— Excusez-moi, monpère, — dilMmedeBeaumesnil, péniblement émue et voulant mettre un terme à celte

conversation, — je rae sens très-faible... très-fatiguée. J'apprécie... d'ailleurs, tout l'intérêt... que vous portez à ma fille, mais j'accomplirai mes devoirs de mère autant qu'il sera en moi; vos paroles ne seront pasperdues, je vous l'assure... mon père. Que le ciel me donne seulement... la force et le temps... d'agir...

Trop fin, trop rusé pour insister davantage à l'endroit de son protégé, l'abbé Ledoux dit avec componction:

— Priez le Seigneur devous inspirer, ma sœur... je ne doute pas qu'il ne vous éclaire sur vos dooirs de mère... allons, courage... et espoir. A demain, ma chère sœur.

— Demain... appartient à Dieu, — répondit tristement la comtesse...

— Je vais du moins le prier qu'il prolonge vos jours, ma sœur, — répondit le prêtre en s'inclinant, et il sortit.

— A peine eut-il disparu, que la comtesse, sonnant une de ses femmes, lui dit:

— Mademoiselle Herminie est-elle là?

— Oui, madame la Comtesse.

— Priez-la d'entrer.

— Oui, madame la Comtesse, — répondit la femme de chambre en sortant pour accomplir les ordres de sa maîtresse.

Ilerminie, pâle et profondément triste, mais calme en apparence, entra dans la chambre à coucher de Mme de Beaumesnil, tenant sous son bras son cahier de musique.

— Madame la Comtesse... m'a fait demander? — ditelle avec déférence.

— Oui, Mademoiselle... j'aurais... une grâce à solliciter de vous, — répondit Mme de Bcaumesnil, qui s'ingéniait à trouver des moyens de se rapprocher pour ainsi dire matériellement de sa fille, — je ne désirerais pas pour le moment demander à votre talent si suave... si expressif les soulagements inespérés que je lui ai dus jusqu'ici. Il s'agirait d'autre chose.

— Je suis aux ordres de madame la Comtesse, — répondit Herminie en baissant les yeux.

• — Eh bien! Mademoiselle, j'ai à écrire... une lettre de quelques lignes... mais je ne sais, si la force ne me manquera pas... Je n'ai personne en état de me suppléer... pourriez-vous au besoin. Mademoiselle, me servir ce soir de secrétaire?

— Avec le plus grand plaisir... Madame, — dit vivement Herminie.

— Je vous remercie... de votre obligeance.

— Madame la Comtesse... veut-elle que je lui donne ce qu'il lui faut pour écrire?... — demanda timidement Herminie.

— Mille grâces, Mademoiselle... — répondit la pauvre mère, qui cependant brûlait d'envie d'agréer l'offre de sa fille, afin de rester plus long-temps seule avec elle, — je vais sonner quelqu'un... je ne voudrais pas que vous prissiez tant de peine...

— Ce n'est pas une peine pour moi, Madame... si vous vouliez bien me dire où je trouverai ce qu'il vous faut...

— Là... sur cette table... présl du piano, Mademoiselle... il faudrait que vous eussiez aussi la bonté d'allumer une bougie... la clarté de cette lampe est insuffi-

La Duchesse, I. ^

santé.. Mais en véritcS j'abuse de votre complaisance...' — ajouta Mme de Beaumesnil, pendant que sa fille s'empressait dailumer la bougie cl d'apporter auprès du lit ce qu'il fallait pour écrire.

La comtesse, ayant pris une feuille de papier à lettre qu'elle plaça sur un buvard posé sur ses genoux, reçut une plume de la main d'Herminic, qui de l'autre tenait un bougeoir.

Mme de Beaumesnil essaya de tracer quelques mots ; mais sa vue affaiblie, jointe à la défaillance de ses forces, l'empècha de continuer; la plume s'échappa de sa main tremblante.

Alors s'affaissant sur ses oreillers, la comtesse dit à Herminie en étouffant un soupir et tâchant de sourire :

— J'ai trop présumé de ma vaillance... il faut que j'accepte l'offre que vous avez bien voulu me faire, Mademoiselle.

— Il y a si long-temps que madame la Comtesse est alitée... qu'elle ne doit pas s'étonner d'un peu de faiblesse,— reprit Herminie qui sentait Icbesoin de se rassurer elle-même et de rassurer Mme de Beaumesnil.

— Vous avez raison. Mademoiselle, mais c'était une folie à moi... que de vouloir écrire... Je vais donc vous dicter, si vous le permettez.

— Et comme Herminie, par discrétion, conservait son chapeau, la comtesse, à qui ce chapeau cachait une partie du visage de sa fille, dit avec un léger embarras :

■ — Si vous vouliez ôter votre chapeau. Mademoiselle, vous seriez, je crois, plus à votre aise pour écrire ...

Herminie ôta son chapeau, et la comtesse, qui la décorait des yeux, put admirer à son aise, dans son orgueil

malernel, le charmant visage de sa fille encadré de longues boucles de cheveux blonds.

— Je suis à vos ordres, madame la Comtesse, — dit alors Herminie en s'asseyant devant une table.

— Veuillez donc bien écrire ceci, — répondit Mme de Beaumesnil qui dicta les lignes suivantes:

„Madame de Beaumesnil mirait la plus vive olliga- ,,tion à Monsieur le marquis de Mailleforf, s'il poii- ,,vait se donner la peine de passer chez elle. ..le plus „tôtpossible.., fût-ce mêtne aune heure assez avan- ..cée de la soirée.

,, Madame de Beaumesnil se trouvant très-souf- ,,f r aille , est obligée d'avoir recours à une main ,,étrangère poîir écrire à Monsieur de Maillefort, à ,,qui elle réitère l'assurance de ses sentiments les plus ,, affectueux.*'

A mesure que Mme de Beaumesnil avait dicté ce billet, une de ces craintes à la fois puériles et poignantes, qu'une mère seule peut concevoir, lui serrait le cœur.

Délicieusement frappée de la parfaite dislinclion de langage et de manières qu'elle remarquait dans sa fille, reconnaissant en elle un artiste du premier ordre, la comtesse se demandait avec la craintive et joulouse inquiétude d'une mère, si l'éducation d'Herminie était complète, si cette éducation n'avait pas été en quelques parties négligées, au profit du grand talent musical de la jeune fille.

Que dire enfin?... caries plus petites choses deviennent importantes pour 1 orgueil maternel. Dans ce moment, et malgré de graves et cruelles préoccupations, Mme de Beaumesnil ne pensait qu'à une chose :

Sa Jille savait-elle bien l'orthographe ? Sa fille avait-elle taie jolie écriture?

Aussi la comtesse hésita quelques instants avant d'oser prier Herminie de lui apporter la lettre qu'elle venait d'écrire ; ne pouvant cependant résister à cette tentation, elle lui dit:

— Vous avez écrit, Mademoiselle?

— Oui, madame la Comtesse.

Auriez-vous la bonté de me donner cette lettre... afin... que je voie. ..si... si lenom de M. de Maillefort est écrit comme il convient... car j'ai oublié de vous en dire l'orthographe... — ajouta la comtesse, ne trouvant pas de meilleur prétexte à sa curiosité.

Herminie remit la lettre entre les mains de la comtesse... Quelle fut l'orgueilleuse joie de celle-ci.. Nonseulement ces quelques lignes étaient parfaitement correctes, mais l'écriture en était charmante.

— A merveille... Je n'ai jamais vu de plus jolie écriture... — dit vivement Mme de Beaumesnil-, mais, craignant de laisser pénétrer son émotion, elle ajouta, plus calme:

— Veuillez, Mademoiselle, écrire sur l'adresse de cette lettre :

A Monsieur le 7narquis de Maillefort, rue des Martyrs 't^t.

Mme de Beaumesnil sonna sa femme de chambre de confiance, et de qui seule elle avait l'habitude de recevoir des soins.

Lorsqu'elle parut, — Mme Dupont, — lui dit laComtesse, — vous allez prendre une voiture, et vous irez porter vous-même cette lettre à son adresse ; dans le cas où

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M. de Maillefort devrait rentrer bienl(it, vous l'attendriez...

— Mais, — dit la femme de chambre étonnée de cet ordre, dont tant de gens de la maison pouvaient être chargés: — si Mme la Comtesse a, pendant mon absence, besoin de quelque chose... moi seul suis au fait du service de Madame... et...

— Occupez-vous d'abord de cette commission,— répondit Mme de Beaumesnil, — Mademoiselle... voudra bien être assez bonne pour me donner ses soins, si j'en ai besoin.

Herminie s'inclina.

Pendant que la comtesse expliquait ses derniers ordres à sa femme de chambre, Herminie ne craignant plus d'être surprise, attachait sur Mme de Beaumesnil des regards remplis de tendresse et d'inquiétude, se disant avec une résignation navrante :

„ — Je n'ose la regarder qu'à la dérobée et pourj,taDt, c'est ma mère!... Ah! qu'elle ignore toujours que ,,je connais le triste secret de ma naissance !"

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