FIN" DES NOTES DU CHANT VI
1\ève aux combats , frémit, s'impatiente, Et de son pied frappe la plaine absente.
Imitation d'un beau vers, que nous croyons de Claudien :
Absentem ferit ungula campw
Elle conduit la horde hyperborée
De ces brigands que le Nord a vomis.
Tableau du saccagement de Rome par les peuples du Nord. Les ruines de l'Italie attestent que la Stupidité' marchait réellement à la tête de ces barbares.
Guidé par elle aux murs d'Alexandrie , Ya signaler sa pieuse furie.
Embrasement de la bibliothèque d'Alexandrie, par le calife Omar. On ne peut évaluer la perte que firent alors les connaissances humaines.
L'hermite Pierre accompagne ses pas.
Le fanatisme des croisades. L'effet en fut terrible ; mais , de ces calamités mêmes , naquit un
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nouvel ordre de choses, qui contribua au bonheur de i'Europe.
Pour mieux régner sur l'Europe soumise , Elle s'assied au trône de l'église.
Les guerres de l'empire et du sacerdoce, pendant la barbarie du dixième siècle, que le cardinal Baronius lui-même appelle un siècle de fer et de plomb. Il regardait ces scandales comme les naufrages de l'église romaine.
Alors s'élève un pouvoir sacrilège ,
Né pour flétrir les autels qu'il protège»
L'Inquisition.
Où, noblement dépourvus de science , D'illustres foux , appelés chevaliers.
Les sottises héroïques de la chevalerie, beaucoup trop vantées aux dépens du temps présent.
Dont nous berçaient de prétendus savants , Qui , sous les mots , étouffaient le bon sens.
Le règne des pédants scolastiques. Les écoles ressemblaient alors à des salles d'escrime, dit le cardinal Duperron. C'est dans cet âge barbare qu'on vit cette foule de docteurs irréfragables, séraphiques , illuminés , solennels , authentiques , universels, etc. L'iguorance la plus profonde eût
été moins humiliante que cette science ténébreuse.
Dans leurs châteaux mille petits brigands-, De leurs cantons subalternes tyrans.
Tableau de l'anarchie féodale.
Privés de mœurs, dénués d'industrie, Mais regrettés de Jean-Jacques Rousseau !
Si les arts et les sciences ont produit en effet les malheurs du monde, comme l'a prétendu l'éloquent citoyen de Genève , ce serait une conséquence naturelle de regretter, d'après ses principes, les temps d'ignorance et de barbarie que nous venons de parcourir. Le paradoxe de Pvousseau est mieux combattu par les faits que par les raisonnements.
Dieu ! quelle nuit encor plus exécrable , etc. La fatale nuit du mois d'août i5-2.
Qui le croirait? la sottise est cruelle !
Ce vers nous paraît du plus grand sens. Qui ne frémirait à la vue de cette chaîne de désastres, tous émanés de l'ignorance, de la superstition , du fanatisme, en un mot de la sottise humaine? Ce grand tableau appartenait à la Dunciade. On voit que l'auteur, sans usurper, comme
tant d'autres, cette dénomination fastueuse , n'est pas moins philosophe que poète. Il est bien loin de penser qu'on soit coupable pour vouloir éclairer les hommes ; mais il ne faut pas faire du flambeau de la vérité un instrument d'incendie et de destruction.
Un noir essaim de pédants , de légistes , De charlatans , d'histrions , de sophistes. Ceci s'applique principalement à cette monstrueuse députation de Paris, dans laquelle , au lieu des hommes d'élite que cette capitale pouvait fournir, on vit avec tant d'étonnement une foule de noms qui , à quelques exceptions près , semblaient avoir été pris au hasard dans les registres de Bicétre. Tels furent un Collot-d'Herbois, comédien diffamé } en butte à tous les sifflets des provinces, et qui s'en vengea si cruellement; un Fabre-d'Eglantine, de la même profession , et non moins immoral ; les deux Robespierre, Marat, Osselin, etc. etc. etc. Réunie à une municipalité gouvernée par les Pache , les Hébert, les Momoro, les Chaumette, etc. cette députation parvint à se rendre maîtresse des délibérations de la Convention, et finit par devenir la terreur de Paris et de la France. Il y eut, dans quelques autres départements des choix non moins odieux ; mais l'imagination qui se les rappelle avec effroi , se refuse à un dénombrement plus complet.
Un seul département, il faut en convenir, se distingua par une députation généralement trèsbrillante : ce fut celui de la Gironde; mais tous ses députés périrent en un même jour , victimes de cette minorité factieuse qui prit le nom insolemment ridicule de la Montagne.
Osons dire cependant toute la vérité. Jamais la nation ne se montra plus grande qu'à l'époque même de ces troubles intérieurs qui la déchiraient. Alors nos intrépides armées gagnaient la bataille de Fleurus, chassaient l'ennemi des places que la perfidie nous avait surprises, le repoussaient loin de nos frontières , et s'emparaient de la Belgique. Alors fut si glorieusement terminée cette brillante campagne qui , secondée des glaces de l'hiver, nous rendit maîtres de la Holiande. Il faut l'avouer, les malheurs mêmes que l'on vient de peindre semblent s'effacer sous ces magnifiques souvenirs. O Français ! si vous étiez unis !
Et colorant du nom de république ,
Aux yeux des sots , leur régime anardiique.
Tous les Fiançais oui pensent ne se méprendront jamais à la véritable date de la république. Elle n'exista que de nom sous l'affreux régime révolutionnaire. La constitution de l'an trois offrit du moins à la nation l'apparence d'un gouvernement régulier ; mais, quoique fondée sur de bons principes, il était aisé de pié\oir qu'elle ne
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tarderait pas à s'écrouler. Un des hommes que les vœux du peuple appelaient le plus à l'honneur de nous donner une constitution, celui dont Mirabeau a dit que son silence était une calamité publique , avait proposé un moyen qui pouvait consolider ce frêle édifice ; moyen qui ne fut pas adopté : mais, en le proposant, c'était annoncer assez que cette constitution incomplète portait en elle-même le germe de sa destruction. En effet en la vit devenir tour-à-tour le jouet de toutes les factions qui se disputaient l'empire : heureusement trois articles , à peine remarqués dans ce système de gouvernement mal ordonné , inspirèrent au Conseil des Anciens la résolution courageuse de transférer hors de Paris le corps législatif. Mais, pour seconder cette mesure à laquelle la République devra son salut , il fallai t que , par un bonheur inespéré , l'Egypte nous rendit , au moment ou nous périssions , ce jeune héros dont Je nom semble commander à la fortune et à la victoire. 11 fallait que p.ir un autre bonheur, un sage eût été appelé à la magistrature suprême, et que tous deux s'unissent pour amener un nouvel ordre de choses qui pût sauver la patrie. Deux jours suffirent à ce grand ouvrage, et l'anarchie disparut.
Formaient les nœuds de leur triumvirat.
On rappelle ici une faible partie des atrocités commises sous cette anarchie tyrannique, à la-
quelle on donna le nom absurde et contradictoire de gouvernement révolutionnaire, et qui eut pour fondateurs les triumvirs que Ton vient de nommer.
L'histoire y remarquera avec surprise ce Couthon , qu'un état habituel d'infirmité semblait ramener à la condition de l'enfance. Il était paralytique, et, dans les annales du monde , peutêtre ne trouverait-on pas un autre exemple d'un Catilina invalide.
Dans l'énumération des monstres qui furent les complices de ces triumvirs , on ne nous pardonnerait d'omettre ni Billaud de Varennes , ni surtout ceCollot-d'Herbois, digne émule des Joseph Lebon et des Carrier , et l'adleur de ces massacres qui ont tari, dans la métropole de notre commerce , une prospérité de plusieurs siècles , et converti en ruines la seconde , la plus industrieuse et la plus opulente de nos cités. Voyez , sur les horreurs commises i\ Lyon, le tableau, malheureusement trop fidèle, qu'en a tracé le vertueux Landine.
Jusqu'aux autels n'ont plus do privilèges !
On ne regrette point les autels de la superstition. En éclairant le peuple , on pouvait les faire tomber insensiblement et sans violence : mais, en les renversant avec autant de scandale que de fureur , on n'a pas senti le danger ce
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faire passer tout un peuple , dont les mœurs étaient déjà corrompues , des préjugés qui pouvaient encore lui servir de frein , au délire de l'impiété.