LE BUCHER
J e l'avoûrai , ma lorgnette m'est chère. Comment Turpin, ce chroniqueur sincère, Admira eu r du grand art de Merlin , Oublia-t-il cet instrument divin?
J'estime fort nos douze pairs de France, Roland surtout, et Renaud son cousin.
J'aime à les voir contre le Sarrazin , Le casque en tête, et la lance à la main, Par mille exploits signaler leur vaillance. Le bon Turpin , moine de Saint-Denis, A très-bien fait d'en orner ses re'cits : Mais de Merlin, puisqu'il aimait la gloire , Devait-il doue à la postérité, D'un talisman si rare et si vanté, Faire un secret honteux a sa mémoire ? Voilà pourtant comme on écrit l'histoire, Et nous croyons savoir la vérité!
Sage enchanteur, j'ai voulu par mes veille: Te consoler d'un silence odieux.
Je le devais : ton art ingénieux
De* mon sujet prépara les merveilles.
Que tout m'en plaît! combien de traits frappan*
Tiennent toujours le lecteur en suspens!
Vous n'y voyez jamais un caractère
Se de'mentir. DeMarmontel à Btin,
Tous mes he'ros gardent jusqu'à la fin
De tous leurs traits l'attitude première.
Eh! quel censeur jaloux , atrabilaire,
Quel noir pédant, ennemi de Merlin,
Ne sourirait à ce tableau badin?
O de Ferney sublime solitaire, Honneur des arts , Virgile des Français , C'est toi, surtout , à qui je voudrais plaire! Tu le sais bien ; ton suffrage, ô Voltaire , Dans tous les temps fut mon plus beau succès. "Ma muse ici te choisit pour modèle; C'est en lisant ta joyeuse Pucelle, En m'écbauffant du feu de tes bous mots, Que j'entrepris d'humilier les sots.
A ta g^îté de grand cœur j'abandonne Le> deux patrons de Londre et de Paris, Le fier saint George et le bon saint Denis; Et Jeanne encor, la robuste amazone, Quoiqu'elle soit l'honneur de mou pays;
Mais, à ton tour, livre à mes traits caustiques Tes bas flatteurs , et tes lâches critiques : Egalement ils sont tes ennemis.
Au seul caprice abandonnant ma lyre, Déjà, lecteur, dans mon joyeux délire , Je vous ai peint la sotte déité, Ses doux loisirs, son bouclier magique.
De point en point je vous ai raconté Son beau discours en style académique.
Or, maintenant , je dois vous dire en bref Un grand dessein de son illustre chef.
Vous l'avez vu radieux , plein de gloire, Tout ébloui de son généralat ; Par im projet qu'on aura peine à croire, 11 veut encore en rehausser l'éclat.
* Amis, dit-il, qui sous d'heureux auspices ,
* Malgré Minerve, eu dépit d'Apollon , « Allez régner sur le sacré vallon,
« A nos desseins rendons les dieux propices;
« Honorons-nous par de grands saciilices.
«< Que nos rivaux , étonnes et jalons,
« Perdent l'espoir de s'égaler à nous.
« Depuis longtemps, d<- cette heureuse idée ,
* Même en dormant, mon aiue est obsédée*