‹ La DunciadeChapitre 7 sur 26 · LAD U H C · texte numérisé non relu

LAD U H C

« Hier encor, ce n'est point une erreur,

h Vous m'envoyez plein d'une saiute horreur,

« A mes regards une ombre s'est montrée

« Eu noirs lambeaux, pâle, défigurée.

« C était Cotiu ! . . . Son vénérable aspect

« M'a pénétré d'amour et de respect.

« A l'instant même , eu sanglots lamentables ,

« Il m'adressa ces mots épouvantables :

« Tu dors, mon fils, et je suis outrage'!

« Et de Boileau Cotiu n'est pas venge' !

« C'est peu d'avoir, en pleine académie,

« Fait un insulte à sa muse ennemie ;

« Pour consoler mes mânes éperdus ,

« Apprends enfin quels honneurs me sont dûs.

« Apprends, mou fils, ce que j'ose prétendre.

« Sois saus pitié , sacrifie à ma cendre

« Boileau , Racine , et Molière et Rousseau :

« Que leurs écrits , brûlés sur mon tombeau ,

« Me tiennent lieu d'une heureuse hécatombe.

« Poiut de quartier, point de lâche pardon ;

« Tu dois d'ailleurs cet hommage à Pradou :

« Et si tu veux que Melpomèue tombe,

« Cours, va remplir ce projet immortel ,

* Et que ton cœur soit mou premier autel.

* L'ombre à ces mots s'évauouit.Tout change.

« Je ne vois plus qu'un odieux mélange « De bouts-rime's et de sonnets poudreux , « De madrigaux disperse's dans la fange , « Et que des vers se disputaient entre eux.

«Jugez, amis, par ce re'cit horrible, « De quel effroi ce songe m'accablait; « Lorsque soudain, ô présage terrible!

« Il a fini par un coup de sifflet.

« Vaillans guerriers , vous connaissez mon zèle ; « Peut-on défendre une cause plus belle? « Cher Diderot, moderne Lycophron , « Vous de Cotin l'imitateur fidèle, « O Baculard! et vous aussi, Fréronî « Suivez-moi tous, vengeons notre modèle. »

A ce discours, à ces profonds desseins, Stupidité , dans un transport barbare , Se pâme d'aise , et Légier bat des mains. En un moment le bûcher se prépare.

Chacun accourt , et , sans plus différer, Le feu s'allume. Il allait dévorer Ce que la France a produit de plus rare.

Quel doux plaisir se promettaient les sots.' Ils comptaient voir Racine , Despréaux 3

Le graud Corneille et le divin Molière, Biïffon, Pascal, Montesquieu , La Bruyère, L'aigle de Meaux, le cygne de Cambray , Et notre Phèdre, et Rousseau notre Horace, Et même aussi l'Apollon de Ferney , Servir de proie à la flamme vorace.

Mais, ô miracle! 6 prodige e'clatant, Qui confondit leur fureur insensée !

De'ja dauslair, ondoyante, e'iance'e, La f.ainme vole ; et , dans le même instant , Loin du bûcher on la voit repoussée Vers le dépôt où de ses favoris Stupidité renferma les écrits.

O qui pourrait exprimer ses ravages ! Quel tas poudreux d"iusipides ouvrages Fut dévoré dans cet embrasement!

Que de travaux détroits eu un moment!

Déjà Le Mière e.-t réduit à deux pages : Sou dur poène , hélas! n'existe plus.

O pleurs! ô cris! ô regrets superflus!

Il voit brûler ses vers q::\il idolâtre. Il court, il vole à travers les débris, De son co nage au moins reçoit le prir , Et du bûcher sauve un coup de théâtre.

CHANT QUATRIE M E. 47

Mes chers lecteurs, soyez bien attentifs A ce tableau. Vous concevez sans peine Le désespoir, les transports couvuloifs Des courtisans de l'irnbéciUe reine, Qui frémissaient de se voir brûlés vifs. Tel un bibou, dont l'oiseau du tonnerre, Au bec tranchant, à la robuste serre, A dérobé les monstrueux enfants ,

Dorât, hélas! par les flammes perfides , Voit consumer toutes ses héroïdes, Tous ses recueils d'opuscules charmans, Chansons, baisers, fables, contes, romaus. Le feu dévore estampes et vignettes.

D'un ton léger, eu vain à leur secours Il appelait Vénus et les Amours :

Tout disparaît , et s'envole en bluettes.

O que d'écrits doctement ennuyeux, Que d'opéra bon flous et non joyeux, De petits vers, en style de ruelle, Sont le jouet de la flamme cruelle !

L'abbé Coycr expire anéanti.

Fayel périt, Zclmire est consumée.

Tout Diderot 3 à la fois englouti,

8 évanouit en épaisse fumée.

Le feu vengeur, de mouieut eu uiornent,

Trouvait partout un nouvel aliment.

31eme on vit L'heure où le vaste incendie

Allait atteindre à l'Encyclopédie.

vStupidité, pour la première fois,

Sent émouvoir sa pitié maternelle;

Elle perdit l'usage de la voix :

Et Diderot, non moins éperdu qu'elle,

Se crut plongé dans la nuit éternelle.

Vluse, dis-moi comment le général , Du bien public honorable victime , Sut prévenir ce désastre fatal.

O rare exemple! ô dévoûment sublime!

De Curtius émule glorieux., Le général, eu détournant les yeux, Et dépouillant ses entrailles de père, Dans le bûcher jette sou Bélisaire.

Du froid volume incroyable ascendaut !

La flamme siffle , et s'éteint eu grondant.

« Quoi ! c'est donc vous, dit la reine charmée , « C'est vous eucor qui sauvez mes états ! « Vaillant guerrier, ne m'abandonnez pas ; « Votre uom seul me vaut presque une armée.

«Oui, je le jure, avant que de mon cœur « Le temps efface un bienfait si flatteur, « Le Mière même aura de l'harmonie , «c Mercier du goût, Baculard du ge'uie. « Et cependant, ô mes braves amis, « Suivez-moi tous; et que cette journe'e, « Par un festin , par des jeux termine'e, « Rende le calme à vos sens interdits. »

C àant Ve uaÎL fp-cèe, 'èa-p itère ncxtix-ec

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