‹ La Durée du Travail: Dans le Commerce & l'IndustrieChapitre 10 sur 90 · ES · texte numérisé non relu

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Ils font remarquer que la diminution du temps de présence: réduit les frais généraux d’une entreprise, surtout pour les usines: qui emploient la force motrice, et que les frais de production s’en ressentent. Mais les frais généraux ne sont pas tout et les dirigeants ‘syndicalistes admettent facilement que la réduction de la journée de travail doit être accompagnée de perfectionnements dans le machinisme et d’une organisation plus rationnelle des méthodes

de travail.

Le perfectionnement du machinisme doit être étudié en France, où malgré le gros effort d'organisation réalisé pendant la guerre, il reste beaucoup à faire. Dans son discours à la Chambre des Députés sur la loi de huit heures, M. Albert Thomas décrivait l’étonnement des Américains débarquant sur notre sl devant la timide organisation de nos ports (1). Et, à ce propos, il a lu à la tribune un extrait d’un livre récemment paru : Lettres d'un vieil. Américain, qui est rempli d’aperçus intéressants sur la compa-

raison des méthodes françaises et américaines.

truction qu’elles n'avaient cessé de recommander pendant de longues années.

M. Jouhaux, secrétaire général de la C. G. T., a prononcé les paroles suivantes au cours du Congrès de la C. G. T. du 18 juillet 1918 : « Nous devons lier les intérêts des producteurs à ceux des consommateurs qui sont confondus dans la même personne. Il nous faut aboutir à la réalisation de cette formule : le maximum de production dans le minimum de temps pour le maximum de salaires, avec l'augmentation générale de la capacité de consommation de tous. Voilà la formule qu’il faut réaliser, et, pour la réaliser, il faut tout de même, quoi qu'on en ait dit, examiner les problèmes économiques ». (Voir 1. O. S., n° 46). \

Il est bien certain que les ee syndicales n’envisagent pas la. question de la production du même point de vue que les patrons, mais il n'importe : nous considérons comme un heureux résultat qu’on admette de part et d'autre qu'il y a là un grave problème à résoudre,

(1) Journal Officiel, 18 avril 1919. Chambre, p. 2032,

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« Quand nous débarquons, disait l’auteur, au Havre, à Bor- » deaux, à Rouen, à Marseille, et que nous voyons encore des » hommes porter des sacs de charbon sur leurs épaules, nous nous » demandons véritablement si nous n’allons pas voir un homme » porter un cheval sur son dos. Ignorez-vous que le charbon a » pour principal emploi de porter l’homme et non d’être porté » par lui ? Si Denis Papin assistait à ce spectacle, il s’arracherait » les cheveux de voir de la force humaine dépensée à charrier » l’objet même qui doit la remplacer. Allez en Amérique vous ÿ verrez la vapeur, la force électrique remplacer le travail de » l’homme partout où cela est possible, et cela est possible partout.

» La France est le plus admirable des terrains pour installer » l’industrie et les machines modernes parce que tout est à faire » et que l'intelligence ne manque pas, ni le capital, pour établir » dans votre pays, ce que la nécessité nous a imposé vingt, trente » ou quarante ans plus tôt ». 4

Comment les industriels envisagent-ils cette transformation de leur outillage ? La plupart, tout en admettant que le perfectionnement du machinisme aurait une bienfaisante influence sur la production font ressortir que ce perfectionnement ne peut s’opérer du jour au lendemain, et que par conséquent l’application brutale de la journée de huit heures se traduira par une diminution du rendement. On trouve un développement de cette idée dans une récente protestation élevée par le Syndicat patronal des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs de France, contre l’accord conclu en vue de l'application de la journée de huit heures

-entre la Fédération ouvrière des métaux et l’Union des Indus-

tries métallurgiques (1). Cette protestation assez longue disait entre autres choses : « qu’il convient d'étudier dans quel délai » l'ensemble de l’industrie. pourra modifier ou augmenter l’ou- » tillage de ses ateliers de 25 % pour obtenir la même production » et payer le même salaire quotidien, ces délais étant très varia- » bles suivant les corporations puisque quelques-unes peuvent » obtenir le même rendement presque sans effort supplémentaire » en réduisant simplement les pértes de temps aux entrées et aux » sorties des ateliers ».

Le perfectionnement de l'outillage tel que nous l'avons compris jusqu'ici consiste en une amélioration permettant de produire autant et même davantage avec un personnel travaillant moins et quelquefois en moins grand nombre. Une.autre méthode consiste à utiliser les machines actuellement en service dans les industries à marche non continue, pendant une période de temps plus grande, 16 heures par exemple: on amortit ainsi plus : rapidement la machine et on augmente la production. Mais il faut un personnel plus nombreux, double la plupart du temps. Lord Leverhulme, le grand industriel anglais, décrivait ainsi sa. méthode à propos de la substitution de la journée de six heures à celle de huit heures (2).

« Notre seule méthode consiste à faire fonctionner les machines. » pendant un plus grand nombre d'heures. Les machines qui » travaillent actuellement huit heures par jour ou quarante-huit. » heures par semaine devront fournir un travail de douze, dix-

» huit ou vingt-quatre heures par jour et une moyenne de

(1) Journée Industrielle, 13 mai 1919, (2) VOMORS TOMATE

A) qe

» soixante-douze à cent trente-deux heures par semaine. C’est ce: » que nous avons de mieux à faire, et nous obtiendrons la plus. » grande production en réduisant la journée de huit heures de: » travail à six heures pour les ouvriers et en utilisant les machines. » à tour de rôle toutes les vingt-quatre heures ».

» Cette méthode, évidemment simple, suppose cependant que la main-d'œuvre est abondante et permet de doubler, de tripler ou. de quadrupler les équipes. C'est peut-être le cas en Angleterre, mais la question ne se pose pas de la même manière en France où

l'industrie manque d’ouvriers, et où le problème consiste, non

seulement à perfectionner les machines et à améliorer leur utilisation,-mais aussi à économiser la main-d'œuvre.

es machines peuvent, non seulement être perfectionnées ou

améliorées, mais encore introduites dans certaines industries

qui ne les emploient pas d’une manière eourante. Un professeur

au Conservatoire des Arts et Métiers, M. Magne, a étudié (1) les. applications du machinisme dans les industries d’art qui, à première vue, semblent exclure toute fabrication en série. Après

avoir rappelé les progrès accomplis dans le travail des étofies, des broderies, dentelles, etc... qui fait usage .de machines per-

fectionnées, il fait apercevoir de multiples applications de l’ou-

tillage moderne, dans l’orfèvrerie où l’emboutissage peut se pra-

tiquer presque aussi facilement que dans la fabrication des douilles

d’obus : dans les travaux du bois où des procédés mécaniques. permettent l'exécution rapide et répétée de toutes les moulures.

chanfreins, défoncements, etc... ; dans la grosse et la petite ser-

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rurerie où la machine permet de répéter à un grand nombre d'exemplaires les travaux de forge, de soudure, de découpage, de repoussage, de martelage, etc... ; dans l’industrie des métaux fondus employés pour les appareils d'éclairage artistiques ; dans’ l’industrie des produits céramiques ou certains procédés de moulage par compression permettent d'obtenir en même temps l’'émaillage de la pièce. Cette énumération, forcément limitée, permet d’entrevoir une extension considérable du machinisme dans les domaines les plus variés.

Il est certain que l'extension du machinisme peut prêter à certaines critiques d’ordre moral. On sait qué les ouvriers n’ont pas toujours accepté avec confiance les progrès de l’industrie : ils reprochaient surtout à la machine de leur enlever leur gagnepain. Ce reproche n'était pas fondé, mais certaines objections plus récentes ont été formulées qui n’ont d’ailleurs qu’une valeur théorique.

Avec la machine, dit-on (1), l’ouvrier abandonne le souci de l'objet à construire, il est simplement là pour, alimenter l'outil et subir son rythme autoritaire. La répétition des gestes automatiques abaisse sa valeur professionnelle et, par la suppression de l'attrait de la diversité, enlève tout agrément au travail qui devient la contrainte imposée par la nécessité.

Une discussion sur cette question serait ici inopportune ; les améliorations du machinisme sont inévitables et l’ouvrier en trouve la contre-partie dans l'augmentation des salaires et la

réduction du temps de travail.

(1) M. Lenoir, de la Fédération des Métaux. V. I. O. S., n° 70.

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