‹ La Durée du Travail: Dans le Commerce & l'IndustrieChapitre 9 sur 90 · OÙ · texte numérisé non relu

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que la richesse d’un pays quelconque dépend uniquement de sa production industrielle ou agricole. Une production défcitaire le met dans l'obligation d’avoir recours aux pays étrangers ; mais comme les achats faits ne peuvent se payer qu’en monnaie internationale, c’est-à-dire en or, et que cette monnaie n'existe qu'en quantité insuffisante pour les échanges, la valeur monétaire de toute marchandise importée doit être représentée par un crédit correspondant sur le marché étranger. Ce crédit ne peut exister et être soutenu que par des exportations équivalentes, sous forme de produits fabriqués ou de capitaux. Si cette contrepartie n’existe pas, on assiste au déséquilibre des changes et à un malaise profond de la vie économique qui peut aller jusqu’à la banqueroute. G

La situation de l’Europe entière est extrêmement critique à ce point de vue. Nous ne saurions mieux faire pour en donner une idée exacte que de reproduire quelques lignes du memorandum préparé le 3 juillet 1919 par M. Herbert Hoover, contrôleur des vivres des Etats-Unis, qui avait assumé la tâche de ravitailler les pays alliés ou associés aux Etats-Unis pendant la guerre. Ce

memorandum sur la situation de l’Europe débute ainsi :

« Les difficultés économiques générales de l’Europe æ la signa-

» ture de la paix peuvent presque être résumées en ces termes :

» une productivité démoralisée. La production des objets nécessaires

» pour cette population de 450 millions d'habitants (y compris

» la Russie) n’est jamais descendue à un niveau aussi bas qu’au- » Jourd’hui.

… La situation de cette masse est aggravée non seulement

» par le manque des matières premières, des importations, mais

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» par la lente production des matières premières européennes. » En raison du même ralentissement dans la production, l’Europe » doit aujourd’hui importer de grandes quantités de” certaines » denrées essentielles, qu’elles produisait autrefois par elle- » même et peut encore produire. En général, en ce qui concerneh » la production, elle n’est pas seulement beaucoup au-dessous » du niveau de l’époque de l'armistice, mais bien au-dessous » des conditions indispensables au maintien de la vie et de la » santé, sans qu’elle puisse compter sur une somme d’importa-

» tions sans précédent ».

Voici donc la situation critique de l’Europe telle qu’elle est exposée par M. Hoover. On peut prétendre sans exagération que la situation particulière de la France est encore plus mauvaise. Elle a souffert de la guerre plus qu'aucun autre pays et les ruines se sont accumulées sur son territoire ; charbonnages détruits, usines pillées ou rasées. La crise de la production est donc encore plus aiguë dans notre pays.

Et on voit tout de suite de quel poids peut porter dans la discussion théorique de la journée de huit heures, l’argument qui consiste à dire que les ouvriers produisent moins avec de courtes journées de travail qu'ävec des journées de dix et douze heures.

Les dirigeants ouvriers combattent énergiquement cet argument. Pour eux il ne saurait être mis en doute que la production en huit heures soit au moins égale à la production réalisée en dix heures (1).

(1) C’est un fait particulièrement suggestif que l’évolution des tendances syndicalistes : autrefois d'ordre purement révolutionnaire, elles se sont élargies et offrent un programme d’action à la place de programme de des-

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