R. POINCARÉ
Par le Président de la République :
Le Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, COLLIARD. ; ( ‘ Avant de clore l'étude des travaux et des discussions qui ont préparé la loi de huit heures, il convient de dire un mot de certaines attaques lancées contre elle. On a dit que la loi avait été
préparée à la hâte, sous la pression des événements et qu’elle avait
été mal étudiée. Un député, M. Lazare Weiler, a apporté cette
critique à la tribune de la Chambre des Députés où il a déclaré le 17 sentembre 1919:
« Je considère que c’est une loi de justice, mais je ne crois pas
qu’elle ait été préparée avec toute la prévoyance qui aurait con-
venu... Si elle avait été préparée comme elle devait l'être, ce serait
une loi excellente ».
Le Ministre du Travail s’est élevé contre cette opinion en retraçant brièvement les travaux préparatoires ; il parla des séances de la commission mixte à l'issue desquelles les représentants patronaux et ouvriers se mirent d'accord, Il rappela que trois séances
de la Chambre furent consacrées à la discussion du projet et que, /
contrairement à ce qui a été dit, quarante orateurs appartenant
à tous les partis y prirent part. Au Sénat, la question fit également l’objet d’une ample discussion à laquelle participèrent tous les. partis.
Il est bien certain que les travaux parlementaires sur la loi de huit heures ont été réduits au strict minimum puisque deux semaines seulement s’écoulèrent entre le dépôt du projet gouver. nemental et la promulgation de la loi. Mais on peut dire que les lois les plus longuement discutées ne sont pas toujours les mieux faites. On doit surtout remarquer, et à notre avis, c’est là l’essentiel, que les organisations patronales et ouvrières se. sont accordées sur le principe et ont accepté la responsabilité de son application. ;
La loi vaudra ce que vaudront ses applications, et aucun jugement ne peut encore être porté sur elle. Elle a recueilli l'unanimité des voix des deux Chambres, et à ce titre, elle constitue une œuvre
de Honue foi et de réorganisation sociale.