Maréa. — 2. Apis
Hérodote place Maréa et Apis « à la frontière de la Libye » (1). Ce sont en fait les deux villes les plus occidentales de l'Egypte dont il ait parlé. Maréa, chef-lieu d'un district du IIIe nome ou « nome de l'Ouest », portait le nom du grand lac au bord duquel elle était assise (« lac Maréotis », aujourd'hui « lac Mariout »). Apis, capitale du même nome, se trouvait un peu plus au sud (2).
Voici ce que l'historien en rapporte. Les gens de Maréa et d'Apis, « villes d'Egypte à la frontière de la Libye », se prétendant Libyens et ne voulant plus s'astreindre aux prescriptions de la religion égyptienne, envoyèrent consulter à ce sujet l'oracle de Zeus Ammon. Le dieu leur répondit que tous ceux qui au-dessous d'Eléphantine buvaient des eaux du Nil, — et c'était le cas des habitants de ces deux villes, — étaient Egyptiens (3). Notre auteur nous apprend ailleurs que Psammétichos avait mis des garnisons à Eléphantine, à Daphnae et à Maréa, et que, de son temps, les Perses occupaient les mêmes places (4). Tels sont sur Maréa et Apis les seuls renseignements qu'il nous ait fournis.
Est-ce dans ces deux villes qu'il les a obtenus?
« Quand le Nil, dit-il, a débordé sur la contrée, on ne voit que les villes qui émergent, semblables aux îles de la mer
(i) II, 18, cf. 3o.
(2) Bruosch, Die Aegyptologie, p. 448, place Apis au bord occidental du lac Maréotis, et n'indique pas la situation de Maréa; mais Maréa (égypt. Pi-mari, a la ville du lac ») était- sûrement sur le bord du lac dont elle a pris le nom. Apis, proprement Nouitnti Hapi, « la ville d'Apis », ou Amou, la ville des « dattiers », occupait probablement (cf. Griffith, Naukratis, Part II, 0e mémoire de YEgypt Exploration Fnnd, p. 77, 82) l'emplacecement de l'actuel Kôm el Hassan (que l'auteur anglais écrit Kûm el Hisn), un peu au sud de Naukratis. Cf. J. de Rougé, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. i3; Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 97-98.
(3) II, 18. — (4) II, 3o.
Egée. En effet pour le reste l'Egypte devient une mer : seules émergent les villes. Tant que l'inondation a lieu, on ne navigue plus par les différents bras du fleuve, mais par le milieu de la plaine. En remontant [alors] par bateau de Naucratis à Memphis, la navigation se fait par les pyramides mêmes; ce n'est pas la navigation [usuelle], qui s'effectue par la pointe du Delta et Kerkasore. En naviguant de la mer et de Ganope à Naucratis par la plaine, on passe par Anthylla et la ville d'Archandros » (1). D'après ce qu'on a établi au chapitre précédent, ce n'est pas en quittant l'Egypte, c'est en y arrivant qu'Hérodote a vu ce spectacle et suivi cette route (2) : en effet, il a quitté la vallée du Nil à une époque où le fleuve était à peu près rentré dans son lit (3), où, par conséquent, l'état de choses signalé par lui n'existait plus (4). Maréa et Apis étant au nord et à l'ouest de cet itinéraire, il est évident qu'Hérodote n'a pas recommencé à un autre moment et dans le sens contraire un trajet à peu identique pour se rendre en deux villes où, à lire son ouvrage, rien de particulier ni au point de vue des mœurs ni au point de vue de l'histoire n'était de nature à l'attirer. Ainsi donc, s'il a visité Maréa et Apis, il l'a fait en arrivant en Egypte. Or il nous apprend qu'il ne connut la réponse de l'oracle d'Ammon aux habitants de Maréa et d'Apis qu'après s'être formé une idée de la véritable étendue de l'Egypte (5), c'est-à-dire apparemment après y avoir séjourné assez longtemps et l'avoir parcourue. Il en résulte clairement que ce n'est ni dans l'une ni dans l'autre de ces villes qu'il a connu la réponse attribuée à Zeus Ammon. Nulle part ailleurs dans son histoire le nom de la ville d'Apis n'intervient. La seule raison pour laquelle nous pourrions croire qu'il s'y fût rendu serait que cette cité était peu éloignée de Maréa : s'il a vu celle-ci, il est probable qu'en passant il a vu celle-là. Le nom de Maréa reparaît encore une
(i) II, 97. — (2) Voir plus haut, p. 8-9.
(3) Voir plus haut, p. 17-20.
(4) Au reste on a montré plus haut (p. 21-28) (ju'Hérodote n'a fait qu'un voyage en Egypte et qu'il y vint par l'ouest. — (5) II, 18.