‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 19 sur 93 · Memphis · texte numérisé non relu

Memphis

La réalité du séjour d'Hérodote à Memphis n'est ni discutée ni discutable. Nous avons sur ce point son témoignage explicite : dès le début du second livre il nous informe qu'il est entré en conversation avec les prêtres du dieu memphite Héphœstos, que leurs déclarations, confirmées par celles des prêtres d'Héliopolis et de Thèbes, l'ont fait pénétrera la fois dans le secret des « choses divines » et dans la connaissance des «choses humaines » relatives à l'Egypte (3). Des « choses divines » il ne veut divulguer que «les noms » (4), mais ce qu'il nous rapporte des autres nous permet de juger qu'en effet il s'est certainement et amplement renseigné à Memphis.

D'abord sur la ville même. Elle se trouvait dans la partie « étroite » de l'Egypte, c'est-à-dire dans la partie de ce pays qui, entre Héliopolis et un point situé à quatre jours plus au sud (5), était délimitée par la chaîne arabique et la chaîne libyque (6). Une digue, dont l'établissement remontait à Menés, forçait le Nil à coulera l'est, et l'historien observe que de son temps, sous la domination des Perses, on prenait

(i) II, 97. Voir plus haut, p. 8-9. - (2) Kerkasore était en face d'Héliopolis; cf. Strabon, XVII, 1. 3o.

(3) II, 2-3. — (4) Sur le sens et la portée de ce silence voir C. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte : comparaison des données.., p. 1-19 — (f>) II, 8. -(G) II,' 99.

S i. à l'ouest du nil : 9. memphis 43

de cette digue le plus grand soin, car, au cas où elle se serait rompue, Memphis courait le risque d'être submergée tout entière. Un lac alimenté par le fleuve couvrait l'ouest et le nord de la ville (1). Une garnison perse y occupait la citadelle, appelée le « Mur blanc » (2). Le temple principal, « grand et tout à fait remarquable » (3), en était sans aucun doute le temple d'Héphasstos. Construit par Menés (4), il avait reçu de nombreux embellissements au cours des âges : Mœris y avait ajouté les propylées du nord (5) ; Rhampsinite, ceux de Touest, précédés des statues de l'Eté et de l'Hiver (6); Asychis, ceux de l'est, de beaucoup les plus beaux et les plus considérables (7) ; Psammétichos, ceux du sud (8) ; devant la façade Sésostris avaitfait placer six statues le représentant ainsi que sa femme et ses enfants (9); en avant encore on voyait un énorme colosse couché, de soixante quinze pieds de long, qui avait été amené là par Amasis (10) ; enfin, vis-à-vis des propylées du sud, Psammétichos avait fait construire une « cour » pour le bœuf Apis : c'était un péristyle dont les piliers étaient des colosses hauts de douze coudées (11). A la connaissance d'Hérodote, Memphis possédait d'autres temples ; il en cite un des Gabires(12), un autre « grand et remarquable » d'Isis, élevé par Amasis (13) ; dans un quartier nommé le « camp des Tyriens », au sud du temple d'Héphasstos, il a signalé un téménos, « beau et bien orné », consacré à Protée : on y voyait un temple d'une « Aphrodite étrangère » qu'il suppose être Hélène fille de Tyndare (14). Hérodote n'a pas entrepris une description méthodique et complète de la

(i) Ibid. Le site de l'ancienne Memphis se trouve à la hauteur des pyramides de Saqqarah, à une vingtaine de kilomètres du Caire, à vingt minutes de marche dans l'ouest du village de Bédrécheïn, sur la rive gauche du Nil.

(2) III, 91 ; cf. III, i3. — |3) II. 09. — (4) Ibid. — (5) II, ioi. — (6) II, 121. — (7) II, i36. — (8) II, i53. — (9) II, 108, no. — (io) II, 176. —(n) II, i53. —(12) III, 37.

(i3) II, 176. L'historien parle (II, 122) d'un temple de Déméter (-Isis) situé à 20 stades, soit 3 kilomètres et demi de la ville ; il est peu probable qu'il faille voir là le temple d'Isis élevé par Amasis à Memphis même. —

ville ; les détails qui précèdent ne nous sont pas donnés pour eux-mêmes, mais à propos de faits plus ou moins historiques ; aussi en est-ce le grand nombre, plutôt que les lacunes, qui doit être ici remarqué.

A lire l'œuvre de l'historien (1), la somme des connaissances dont il fut redevable à son séjour à Memphis est considérable. Quand il déclare tenir du témoignage unanime des prêtres de Memphis, d'Héliopolis et de Thèbes qu'au temps de Menés l'Egypte, à l'exception de la Thébaïde, n'était qu'un vaste marais, que les Egyptiens avaient été les premiers à définir l'année, à la distribuer en douze mois de trente jours avec adjonction de cinq jours épagomènes, à se servir des noms des dieux, à leur élever des autels, des statues, des temples, à graver sur la pierre des figures d'êtres animés (2), il apparaît bien que c'est à Memphis qu'il reçut ces informations tout d'abord, et que ses entretiens avec les prêtres héliopolitains et thébains n'ont fait tout au plus que les confirmer (3). Nous ne pouvons au reste déterminer avec une précision absolue tout ce qu'il apprit de droite et de gauche à Memphis même. On voit bien qu'il y connut ce qui concerne le dieu Héphaestos (4), les Cabires (5), le dieu Apis (6), la fête célébrée en commémoration de la descente

(i) C'est une question fort débattue de savoir si Hérodote a fait usage d'ouvrages grecs antérieurs et jusqu'à quel point il l'a fait (voir la longue note bibliographique dePANOFSKY, De historiae Herodoteae fontibus, p. 1-2). Ce n'est pas le lieu ici d'entrer dans cette discussion, qui exigerait un espace considérable. Hérodotk donne ses renseignements comme provenant de l'enquête qu'il a faite sur place, on les acceptera provisoirement pour tels; il n'est du reste pas douteux qu'un grand nombre d'entre eux ont eu cette origine, ou cette confirmation.

(2) II, 4- — (3) Dans les articles consacrés plus loin à Héliopolis et à Thèbes on examinera ce qu'il a pu apprendre dans ces deux cités.

(f\) Le nom d'Héphaestos revient quatorze fois dans le livre II, et une fois dans le livre III (3y). En ce qui concerne le dieu lui-même, Hérodote signale sa forme, semblable à celle des pataïques phéniciens (III, 37), il en connaît un oracle (le songe de Séthos, II, i40> et il assure que les Cabires étaient ses fils (III, 87). Sur ces données et leur valeur, voir C. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte : comparaison des données..., p. 1 35 sqq.

(5) III, 37. — (G) II, i53; III, 27, 28, 29, 33, 64,

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