I. A L'OUEST DU NIL ! 9. MEMPHIS
de Khampsinite aux enfers (i), car son ouvrage présente ces dieux et cette fête comme une fête et des dieux purement locaux (2); c'est là aussi qu'on le renseigna sur le niveau que devait atteindre l'inondation pour couvrir les terres subjacentes, car celui qu'il indique est le niveau normal pour Memphis (3); c'est vraisemblablement là, par suite, qu'il s'enquit du régime général du grand fleuve (4) ; enfin c'est encore là qu'il apprit le moyen par lequel on parait à la disette d'eau dans la traversée du désert arabique (5), puisque de Memphis étaient envoyées les jarres disposées à cet effet. Mais il y a sans doute d'autres renseignements d'ordre divers dont communication lui a été donnée au même lieu, sans que nous ayons quelque motif particulier de leur attribuer cette origine. Du moins y apprit-il certainement la plus grande partie de ce qu'il a rapporté sur l'histoire de l'Egypte. Il est inutile d'énumérer ici tous les passages où il invoque à ce sujet le témoignage des prêtres memphites : il suffît de remarquer que toute la longue histoire qui va de Menés à l'introduction des Grecs dans la vallée du Nil, sous le règne de Psammétichos (6), repose à peu près exclusivement sur les récits de ces informateurs (7).
(i) II, 122. — (2) Il ne signale nulle part ailleurs les cultes d'Héphaestos, des Cabires et d'Apis.
(3) II, i3. Le niveau moyen de l'inondation est naturellement différent suivant les endroits; cf. Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 78. L'origine memphite de cette donnée est rendue encore plus vraisemblable par ce fait qu'HÉRODOTE déclare tenir des prêtres memphites le renseignement suivant : au temps du roi Phéron, « le Nil, ayant crû de dix-huit coudées, submergea les campagnes » (II, m).
(4) II, 19. On a établi au chapitre précédent qu'HÉRODOTE est arrivé en Egypte pendant la période de l'inondation, et qu'il en est parti au moment où le Nil rentrait dans son lit ; il n'a donc connu directement qu'une partie du régime du fleuve.
(5) Hérodote (III, 6) rapporte que toutes les jarres dans lesquelles on importait (de Grèce et de Phénicie) du vin en Egypte devaient être, une fois vides, transportées à Memphis; de là on les envoyait pleines d'eau dans les lieux arides de la Syrie. — (0) II, 99-142. A partir de la Dodécarchie, Hérodote indique nettement (ch. 1/17) que ses sources sont différentes, et de fait l'autorité des prêtres memphites n'est plus invoquée.
(7) A peu près, car notamment la plus grande partie de l'histoire de Mykérinos semble originaire de Sais et de Buto (II, 129-133).
Hérodote ne s'est pas contenté de visiter la ville. Il a tenu à se documenter avec soin sur ses environs. Il s'est, comme de juste, rendu aux pyramides; il a, chemin faisant, admiré la chaussée par laquelle on avait amené les matériaux à pied d'œuvre et il en a noté les dimensions (1). Il a parlé assez longuement de la grande pyramide ou pyramide de Chéops (2) ; il a mentionné les trois petites situées en avant (3), dont l'une, celle du milieu, aurait été construite par la fille du même pharaon (4); il a décrit la pyramide de Ghéphren (5) et celle de Mykérinos (6). Il n'a pas parlé du grand sphinx; mais on a tout lieu de croire que ce monument était alors ensablé, comme il l'avait été souvent dans les temps antérieurs et comme il l'a été encore depuis. L'historien a du moins remarqué que le plateau des pyramides a cent pieds de haut (7), qu'à partir de là en allant vers le sud la chaîne libyque est sablonneuse, qu'on y voit des coquillages, — en réalité des nummulites, — et des efïlorescences de sel qui corrodent les pyramides (8). De l'autre côté du Nil, à l'est, dans la chaîne arabique, se voyaient, — comme elles se voient encore, — les carrières de calcaire d'où l'on avait extrait des pierres pour la construction de ces immenses édifices, et qui n'avaient cessé d'être exploitées : l'historien les a mentionnées à plusieurs reprises (9).
Ainsi les données d'Hérodote sur la ville de Memphis, son site, ses monuments, ses dieux, son histoire, ses environs sont d'une extrême richesse. Sur aucune autre localité, à l'exception de Sais, il ne nous a fourni à beaucoup près des détails aussi variés, dans aucune il n'a recueilli des informations aussi nombreuses : lors de son voyage en Egypte, c'est sûrement dans la capitale qu'il a fait le plus long séjour.
A l'est de la grande
pyramide.