C. SOUKDILLE
visita, n'offrait rien qui fût de nature à y restreindre soit l'étendue de son itinéraire, soit la durée de son séjour. Elle était alors sous la domination des Perses (1) : ceux-ci n'avaient aucune raison d'interdire, et en fait, que nous sachions, n'ont interdit à aucune nationalité l'accès de la vallée du Nil. Sans doute cette domination n'alla pas sans des révoltes qui troublèrent parfois profondément, à l'époque même de notre auteur, tout au moins le Delta (2). Peu après l'avènement d'Artaxerxès (3), le fils de Psammétichos III, Inaros, qui régnait en Libye, réussit avec le puissant concours des Grecs, notamment des Athéniens, à s'emparer de Memphis et à infliger près de Paprémis une sanglante défaite à l'armée du Grand Roi (4). Après que cette rébellion eût été étouffée (5), Amyrtée essaya lui aussi de chasser les conquérants, et l'armée athénienne aurait de nouveau prêté son concours si, sur les entrefaites, son chef Gimon n'était mort (6). On a précisément pensé qu'Hérodote a pu circuler librement dans la Basse Egypte parce qu'elle était au pouvoir des Athéniens (7). En réalité notre auteur ne vit qu'une Egypte paci-
ment le même sujet, n'a pas pour but de faire la critique de ces travaux; toutefois on aura l'occasion, chemin faisant, de dire les principales raisons pour lesquelles on n'en adopte généralement ici ni les arguments ni les conclusions.
(i) Hérodote, II, 3o, g8, 99; III, 7, i5. — (2) Il paraît bien que la Haute Egypte resta tranquille et ne s'associa pas aux luttes du Nord. Une inscription trouvée près de Goptos (Lepsius, Denkmàler aus Aegypten und Aethiopien, III, 283 p) montre que, l'an V d'Artaxerxès, ce territoire obéissait aux Perses. Cf. Wiedemann, Herodots zweites Buch, p 19.
(3) Son avènement eut lieu en 464- Cf. Unger, Chronologie des Manetho, Berlin, 1867, p. 289. — (4) Thucydide, I, io4; Ctésias, ch. 32 (Mûller-Didot, p. 52) ; Diodore, XI, 71, 74. Pour le récit suivi des événements voir Wiedemann, Geschichte Aegyptens von Psammetich I bis auf Alexander den Grossen, Leipzig, 1880, p. 249-260; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, in-120, 7e éd. (1905), p. 723-724.
(5) Thucydide, I, 109, 110; Ctésias, ch. 33-34; Diodore, XI, 75, 77. Ci'. Wiedemann, 1. 1., p. 261-252; Maspero, 1. 1., p. 724-725. — (G) Thucydide, I, 110, 112. Voir Wiedemann, 1. 1., p. 262. Cimon est mort en 449-
(7) Rawlinson, The History o/Herodotus, I (i858), Introd., p. i3 : « Il est évident que son voyage en Egypte, avec lequel quelques-uns de ses autres voyages furent nécessairement en rapport, prit place après la révolte d'Inaros (46o av. J.-C); car il rapporte qu'il vit les crânes de ceux qui furent tués dans la grande bataille de Paprémis, par laquelle Inaros