Atarbéchis
Atarbéchis, nous apprend Hérodote, se trouvait dans le Delta, dans l'île Prosopitis, qui avait neufschènes de tour (1) et formait à elle seule un nome (2). Nous savons d1autre part que ce nome occupait la partie méridionale de Fespace compris entre la branche canopique et la branche sébennytique (3); mais le site exact d' Atarbéchis est inconnu (4).
Les autres informations que l'historien a recueillies sur cette cité tiennent dans les lignes suivantes : « La ville d'où partent les bateaux destinés à enlever les os des bœufs [dans toute l'Egypte] a pour nom Atarbéchis; il s'y trouve un temple d'Aphrodite fort vénéré. Il sort de cette localité beaucoup de gens qui se rendent de ville en ville, déterrent les os des bœufs, les emportent et vont les enterrer tous dans un même endroit. Ils enterrent de la même manière que les bœufs le reste du bétail qui vient à mourir » (5).
En réalité, il n'est pas exact que tous les bœufs et le reste
(i) II, 4i. — (2) II, i65.
(3) Voir J. de Rouge, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 17 sqq.; Brugsch, Die Aegyptologie, p, 448; cf. Wiedemann, Herodots ziveites Buch,\>. iq4-
(4) Voir Wiedemann, 1. 1., p. 194-195. M. Wiedemann rejette avec Brugsch l'étymologie Hâthor-baki, « ville d'Hâthor » comme phonétiquement et grammaticalement impossible, mais il voit dans la première partie du mot Atarbéchis le nom d'Hâthor (1. 1., p. ig5), tandis que M. Maspero propose Hat-hor-baki, « château d'Horus l'épervier » (Histoire ancienne, III, p. 792, note 3), et M. Pietschmann (s. v. dans la Real Encyclopâdie de Pauly-Wissowa), Hâthor bkt avec le sens de « Hâthor de l'olivier ». Quoi qu'il en soit, la mention dans cette ville d'un temple célèbre d'Aphrodite (Hâthor) a fait croire (Robiou, Mélanges d'archéol. égypt. et assyr., III [1876], p. iid) qu'Atarbéchis ne fut autre que r'A^poStrrççTioXcç signalée par Strabon (XVII, 1. 20) dans le nome prosopite; une ville de ce nom, sans doute la même, aurait été, d'après Etienne de Byzance, située près d'Athribis. Je pense qu'HÉRODOTE a emprunté la partie méridionale de la branche sébennytique pour se rendre dans le nord, et qu'Atarbéchis s'est trouvée sur sa route dans le nome prosopite, en amont d'Athribis. — (5) II, [\i.
du bétail aient reçu une sépulture commune, car on en a retrouvé des ossements de toute époque dans de nombreuses régions de l'Egypte (1) ; toutefois on peut croire que les gens d'Atarbéchis se livraient à leur industrie spéciale pour le moins dans les nomes limitrophes. Ce n'est donc pas nécessairement dans Atarbéchis qu'Hérodote a obtenu cette information.
Mais il y a signalé un temple d'Aphrodite particulièrement vénéré. Sans doute cette donnée n'indique pas par elle-même que l'historien l'ait vu de ses yeux, et même la mention de la sainteté reconnue de ce temple laisse supposer que la réputation s'en était répandue au loin. Toutefois il importe de remarquer qu'en nul autre endroit notre auteur n'a cité un monument dédié en Egypte à la même déesse; or, discourant sur le sanctuaire de « l'Aphrodite étrangère » de Memphis, il déclare que de tous les temples égyptiens d* Aphrodite aucun ne lui est dédié sous ce nom « d'étrangère » (2). Gomme, suivant toute vraisemblance, il ne fait allusion ici qu'à ceux dont il s'est enquis, et comme il ne s'est enquis que de ceux qu'il a eu l'occasion de voir, il a dû voir tout au moins le seul dont il nous ait entretenus, et qui était particulièrement en honneur, celui de la ville d'Atarbéchis.
De cette cité il ne nous a rien appris d'autre. Il apparaît par là qu'il n'en a pas fait un but de voyage, et que c'est en passant, en allant visiter les villes situées plus au nord, qu'il a pu s'y arrêter.