III. ENTRE SÉIÎENNYTOS ET PELUSE : 17. MENDES
ici les coutumes ou les propos ne sont jamais donnés expressément comme les habitants de la ville même; ils sont tous et toujours désignés sous cette forme imprécise : « ceux qui possèdent un temple du dieu Mendès ou qui sont du nome mendésien » ; si par deux fois il les appelle simplement « les Mendésiens », il ressort de son texte avec la plus complète évidence que ce n'est là qu'une expression abrégée ayant toute compréhension, c'est-à-dire tout le vague de l'énumération précédente (1). En second lieu, la nature même des données ne présente rien qui nous porte à leur attribuer une origine proprement mendésienne. L'aventure provoquée par la furie du bouc se produisit, assure Hérodote, dans le nome, et « parvint à la connaissance de tout le monde » ; Pindare a pu parler de la brutalité non pas d'un bouc, mais des boucs de Mendès (2), sans qu'on infère de là qu'il ait sûrement visité cette ville. De même la théorie des trois séries divines, dont la première aurait compté huit dieux et la seconde douze dieux nés des premiers, est attribuée ailleurs par notre auteur, non plus aux Mendésiens, mais aux Égyptiens en général, à propos de Pan lui-même (3), d'Héraklès qui n'était pas de Mendès (4), de Léto qui était de Sais (5), et d'Osiris qui appartenait à toute l'Egypte (6). Allons plus loin. Si la conception de ces cycles est égyptienne, le développement, tel qu'Hérodote nous permet de le comprendre, n'en est pas égyptien (7); la représentation de Pan avec seu-
(i) Chap. 42 : « Tous ceux qui possèdent un temple de Mendès [le dieu] ou qui sont du nome mendésien. ..épargnent les boucs et les chèvres ». — Chap. 46: « Voici pourquoi les Égyptiens dont j'ai parlé ne sacrifient ni chèvres ni boucs : les Mendésiens comptent Pan etc. Les Mendésiens ont beaucoup de vénération pour les boucs et les chèvres, etc. » Ainsi ces Mendésiens sont les Égyptiens dont il a parlé, et les Égyptiens dont il a parlé, au chapitre 42, sont « tous ceux qui possèdent un temple de Mendès ou sont du nome mendésien».
(2) Pindare, fragm. 2i5 : Aiyj7rTÎav | MévSyjxa... | ...alytôQLzoa | 061 xpàyot Yuvoull |ii(rfovTat. — (3) II, i45. — (4) II, 43, i45. — (5) II, i56.
(6) II, i45. L'universalité du culte de Dionysos-Osiris et de Déméter- Isis en Egypte est attestée par Hérodote, II, 42.
(7) Voir à ce sujet C. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte : comparaison des données..., p. 48 sqq., notamm. p. 54.