Héliopolis (cHXîou 7rdXiç
La situation d'Héliopolis est assez facile à déterminer d'après les données d'Hérodote. « De la mer à Héliopolis, dit-il, l'Egypte est large (1) » ; au contraire, « à partir d'Héliopolis en remontant vers le sud, l'Egypte est étroite, car d'un côté s'étend la montagne d'Arabie;... d'autre part, du côté de la Libye, s'étend une autre montagne...» (2). lia donc placé cette ville vers la pointe même du Delta, et de fait elle se trouvait un peu à l'est de Kerkasore, localité « près de laquelle, dit-il, le Nil se sépare » en trois branches (3). Aussi l'historien établit-il généralement par rapport à Héliopolis la mesure des distances dans la Basse et la Haute Egypte (4).
Il s'y est rendu pour la raison suivante. Les prêtres d'Héphaestos à Memphis lui ayant appris beaucoup de choses, il désira contrôler ces renseignements ; il alla donc interroger sur les mêmes sujets les prêtres de Thèbes et d'Héliopolis. Les Héliopolitains, ajoute-t-il, étaient considérés comme « les plus doctes des Égyptiens » (5). Il s'agit ici de rechercher ce que son séjour à Héliopolis lui a permis soit de contrôler soit d'apprendre.
(i) II, 7. - (2) II, 8.- (3) II, 10,17. - (4) 11,7,8,9.- (5) 11,3.
§ IV. a l'est DU NIL : 20. HÉLIOPOLIS 69
Les points sur lesquels tous ces prêtres furent unanimes ne sont pas, du moins d'après le témoignage explicite de notre auteur, en fort grand nombre. On lui « prouva » que les Egyptiens avaient les premiers constitué l'année d'après leurs connaissances astronomiques, nommé les dieux, institué le culte, gravé sur la pierre des figures d'êtres vivants; on ajouta que Menés avait été le premier roi d'Egypte et qu'alors tout le pays, depuis la mer jusqu'à la hauteur de ce qui fut plus tard le lac de Mœris, n'était qu'un vaste marais (1). A ce propos Hérodote nous communique le résultat de ses observations personnelles sur la nature du sol égyptien, et plus nulle part il n'est question des autres points sur lesquels les prêtres des trois cités auraient été d'accord.
Il y a tout lieu de croire que, si la précédente énumération est courte, ce n'est pas seulement par l'effet du hasard. L'unanimité des informateurs n'a pu se manifester que sur quelques autres détails sans grande importance. En ce qui concerne l'histoire telle qu'Hérodote nous la fait connaître, il n'est pas vraisemblable qu'il en aitlonguement entendu parler à Héliopolis (2). Les traditions qu'il a rapportées sont d'origine saïte, naucratite, butique, et, pour la période antérieure à Psammétichos, surtout memphite : aucune n'apparaît héliopolitaine ; et même la plupart, parce qu'elles sont des légendes se rattachant à des coutumes, des monuments, des oracles d'une ville déterminée, n'étaient pas telles qu'elles pussent être généralement contrôlées ailleurs, notamment à Héliopolis. Cette cité n'a joué à peu près aucun rôle dans l'histoire politique ; ni sa situation géographique, ni les circonstances n'en ont fait une ville commerciale, et ce ne sont pas ses monuments, — Hérodote y mentionne tout
(i)II,4.
(2) Ni du reste à Thèbes, car aucun des pharaons thébains ne figure en tant que thébain dans son ouvrage, et même les rapports des pharaons de la Basse Egypte avec Thèbes n'y sont pas mentionnés davantage. Il sera question du voyage d'HÉRODOTE à Thèbes dans le chapitre IV du présent ouvrage.
juste le temple d'Hélios (1), — qui étaient de nature à y attirer en foule les étrangers: en somme, localité paisible, elle n'était pas un centre où les légendes rencontrassent des conditions favorables pour se répandre ou se développer. Sans doute une grande panégyrie s'y célébrait tous les ans, la quatrième en importance des fêtes de l'Egypte (2). Mais ce n'était pas, comme celle de Bubastis (3), une grande foire où l'on affluait de tous côtés pour des motifs divers : c'était un pèlerinage où l'on venait seulement offrir des sacrifices (4). Sans doute encore les Héliopolitains avaient un grand renom de science (5). Des traditions rapportées par des écrivains d'époque postérieure leur donnent même pour disciples Pythagore et Solon (6) : ces traditions étaient probablement anciennes, plus anciennes qu'Hérodote, car il a pensé à Pythagore en parlant de ceux qui ont emprunté aux Egyptiens le dogme de la métempsychose (7), et il a fait voyager Solon en Egypte (8). Mais ce que ces personnages illustres étaient venus apprendre à Héliopolis, ce n'était pas l'histoire du pays, c'étaient des doctrines philosophiques, scientifiques, religieuses. Il est certain que les mêmes prêtres auraient pu communiquer à Hérodote des traditions véritablement égyptiennes, mais il importe de remarquer que ce sont justement celles-là qui sont absentes de son ouvrage. Au reste nulle part il ne fait intervenir à propos d'un fait plus ou moins historique le nom de la cité : il a rapporté seulement que Phéron fit élever deux grands obélisques devant le temple d'Hélios, et c'est dans un conte d'origine memphite (9). Pour la partie histotorique de son œuvre Hérodote ne paraît avoir tiré aucun avantage appréciable de son séjour à Héliopolis.
(i) II, 73. Le temple d'Hélios est également cité II, m, mais sans le nom de la ville. — (2) II, 59. — (3) II, 60. — (4) II, 63.
(5) Cette donnée d'HÉRODOTE(II, 3) est très exacte. Si Héliopolis n'eut jamais d'importance politique, aucune localité n'eut plus d'intluence sur la mythologie égyptienne. Cf. C. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte: comparaison des données..., p. 196-197.
(6) A Héliopolis, Pythagore aurait eu pour maître Œnouphis (Plutarque, De Iside et Osiride, 10) et Solon Pseriôphis (id., Solon, 26).
(7) II, 123. -(8)1, 3o; II, 177.- (9) II, m.