IV. A LEST DU NIL : 20. HÉLIOPOLIS
Toutefois il ne nous a pas entretenus que de l'histoire de l'Egypte. Il a traité aussi de la religion. Précisément, parlant de ses conversations avec les prêtres de Memphis, de Thèbes et d'Héliopolis, il fait cette inquiétante réserve : « Parmi les récits que j'ai entendus, je ne suis pas disposé à répéter ceux qui concernent les choses divines; je n'en citerai que des noms, persuadé que tous les hommes en ont une égale connaissance. S'il m'arrive d'en mentionner quelque chose, c'est aux nécessités de mon sujet que ces mentions seront dues » (1). Mais ce texte ne doit pas nous faire désespérer de savoir jusqu'à quel point il a été renseigné même sur la religion à Héliopolis. Il y a des raisons de penser que partout où des scrupules lui ont fermé la bouche il a du moins signalé expressément son silence (2). Or quels sujets sont ainsi explicitement réservés ? C'est la raison pour laquelle on représentait Pan avec une tête et des jambes de bouc (3) ; la raison de la haine portée aux pourceaux et du sacrifice qui s'en faisait une fois par an à Dionysos et à Séléné (4); la raison d'un détail des phallagogies célébrées en l'honneur de Dionysos (5) ; la raison de la fête « des lampes allumées » à Sais (6) ; la raison pour laquelle on ne pouvait faire usage de vêtements de laine soit pour entrer dans les temples soit pour ensevelir les défunts (7) ; la raison du culte rendu aux animaux (8) ; enfin le nom, par cinq fois déclaré ineffable, d'un dieu mort (9) que nous savons être Osiris (10). Or, suivant toute vraisemblance, la fête des lampes allumées lui a été expliquée à Sais (11); la raison de la représentation de Pan, qui se relie étroitement à cette théorie que tous les dieux en réalité se ressemblent (12), la raison de la défense de faire
(i) II, 3. Le sens de ce passage obscur est examiné dans C. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte : comparaison des données.. . , chap. Ier, p. i- 19 (voir particulièrement p. 18-19).
(2) Les raisons qu'on a de penser ainsi sont exposées dans C. Sourdille, 1. I., p. 20-26.
(3) II, 46. - (4) II, 47- - (5) II, 48. - (6) II, 62. - (7) II, 81. - (8) II, 65. — (9) II, 61, 86, i32, 170, 171. — (10) Cf. G. Sourdille, 1. 1., p. 66-69.
usage de vêtements de laine en certaines circonstances, celle du culte rendu aux animaux, toutes ces raisons, en tant que mystérieuses, sont des spéculations étrangères aux religions de l'Egypte (1). De tout le reste, qui appartient au mythe osirien, on doit penser la même chose : cette légende, où nous voyons Artémis reconnue pour sœur d'Apollon (2), où apparaît Léto qui leur sert de mère (3), où nous n'apercevons ni Hermès (Thot) dont Hérodote ne sait guère que le nom (4), ni Anubis dont il ignore le nom même, cette légende porte quelques marques évidentes d'une mentalité grecque. Et non-seulement ces particularités, mais toute la religion égyptienne rapportée par Hérodote, mystères, oracles, doctrines, manifestent un semblable caractère (5). Si l'on conçoit qu'il ait pu recevoir ces renseignements dans un centre grec d'Egypte, a-t-on quelque motif de croire qu'il les ait obtenus ou même qu'il les ait sérieusement contrôlés à Héliopolis ?
L'histoire et la religion mises ainsi à part, ce qu'il a dû y apprendre fut sans doute sans grande portée. Il n'est pas même certain qu'il y ait été informé des mesures dont il indique l'évaluation par rapporta cette ville, car il est naturel qu'on ait connu à Memphis et ailleurs la longueur du Delta d'une part, et de l'autre la longueur de l'Egypte audessus de la bifurcation du Nil. Il reste qu'il a mentionné la fête d'Hélios, quatrième des grandes panégyries égyptiennes (6), pendant laquelle on se contentait d'offrir des sacrifices (7); qu'il a cité deux obélisques prétendument élevés par Phéron devant le temple du même dieu (8); enfin qu'il a parlé du phénix (9). La légende de cet oiseau fabuleux, aux ailes en partie dorées et en partie rougeâtres, gros comme un aigle, qui tous les cinq cents ans venait d'Arabie déposer
(i)Sur l'absence de mystères au sens grec du mot voir C. Sourdille, 1.1., p. 2QO-336, partie, p. 333-336. Les spéculations dont il s'agit plus spécialement ici sont orphico-pythagoriciennes.
(2) II, i56. - (3) Ibid. — (4) II, 67, cf. i38. — (5) Voir à ce sujet C. Sourdille, 1. 1., p. 38i-39o, 397-398. - (6) II, 59. — (7) II, 63. — (8) II, m. —(9) II, 73.
§ iv. a l'est du nil : 21-22. patumos. buto 73
dans le temple d'IIélios le corps de son père, est le seul récit dont il rejette la responsabilité sur les Héliopolitains. Ce n'est assurément pas beaucoup (1). D'après le peu de chose qu'il a pu apprendre dans leur cité et le peu de chose qu'en fait il en rapporte, il paraît bien n'y avoir fait qu'un assez bref séjour.