‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 37 sur 93 · Patumos. Buto (d Arabie · texte numérisé non relu

Patumos. Buto (d Arabie

Deux villes présentent dans l'ouvrage d'Hérodote cette particularité qu'elles sont attribuées à l'Arabie, bien que l'historien en ait parlé à propos de son voyage en Egypte : c'est Patumos et Buto.

De Patumos, « ville d'Arabie », il nous rapporte seulement qu'elle se trouvait sur le canal reliant le Nil à la mer Erythrée (2). De cet unique renseignement il est impossible, du moins provisoirement, de conjecturer s'il s'y est rendu.

Voici ce qu'il nous apprend de Buto. « Il y a en Arabie un endroit situé près de la ville de Buto. Je m'y rendis pour m'informer des serpents ailés. Y étant arrivé, je vis des os et des épines dorsales de serpents en quantité impossible à évaluer. Ces épines formaient des tas nombreux, les uns énormes, d'autres moyens, d'autres petits. Le lieu où elles sont amoncelées est tel que je vais dire : c'est un endroit où un étroit défilé débouche dans une vaste plaine; cette plaine se relie à celle d'Egypte. On dit que dès le commencement du printemps les serpents ailés volent d'Arabie vers l'Egypte, mais que les ibis, allant à leur rencontre jusqu'à ce débouché, les empêchent de passer et les tuent » (3). Ces serpents, qui gardaient les arbres à encens au fond del'Ara-

(i)C. Sourdille, 1. I.j p. 199 : «En résumé les trois données de l'historien sont extrêmement sommaires ou inexactes : alors que les Héliopolitains avaient «ardé leur vieux renom de sagesse, malgré l'effacement relatif à cette époque de leur divinité, elles sont insuffisantes à nous faire soupçonner non-seulement le grand rôle de Rà dans la mythologie égyptienne, mais l'importance qu'il possédait même comme dieu local d'Héliopolis ».

(2) II, i58. — (3) II, 75.

bie, et que les indigènes éloignaient de là en brûlant du styrax (1), « ressemblaient aux serpents d'eau; leurs ailes dépourvues de plumes rappelaient celles des chauves-souris » (2).

Bien qu'Hérodote ne l'ait pas dit d'une manière absolument formelle, Buto était sûrement en Arabie. Puisqu'une « vaste plaine » s'étendait entre l'endroit où gisaient les restes des serpents et la plaine égyptienne, Buto n'aurait pas été dans le voisinage immédiat de cet « endroit d'Arabie » si elle avait été en Egypte (3).

Quant aux serpents volants, l'histoire naturelle les ignore. Peut-on croire qu'Hérodote ait visité Buto et qu'il y ait entendu parler d'un tel conte ? On a supposé qu'il s'agissait de sauterelles, « qui étaient déjà, qui sont encore aujourd'hui un vrai fléau pour le pays, et dévastent, malgré la poursuite des ibis et d'autres oiseaux, des champs entiers en quelques heures » (4) : à quoi il a été répondu que les sauterelles n'ont point d'os, et que ce sont les tas d'ossements situés près de Buto qui ont provoqué le récit d'Hérodote (5). Suivant une autre hypothèse, la légende reposait sur un fait exact, inexactement rapporté par la renommée, à savoir « l'existence dans l'Inde orientale de lézards d'arbre du genre dragon, munis non pas assurément d'ailes, mais d'un parachute en forme de demi-cercle qui y ressemble » (6). Toutefois on ne voit pas comment cette légende se serait

(l)III, I07. -(2)11, 76.

(3) Pour que Buto eût été en Egypte, il faudrait admettre que le défilé près duquel se trouvaient les restes des serpents eût débouché, extérieurement à l'Egypte, dans la vaste plaine d'Arabie. Comme il s'agit de serpents volant du sud de l'Arabie, le « débouché » était nécessairement, au contraire, du côté du défilé aspectant l'Egypte, et par conséquent la « vaste plaine d'Arabie » le séparait, ainsi que Buto, de la plaine égyptienne. Voir plus loin, p. 80-81.

(4) Brugsch dans Stein, ad Herod., II, 7F). 3. L'hypothèse semble remonter à Miot, qui l'a indiquée dans sa traduction d'Hérodote (i823). — (5) Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 319.

(6) Id., ibid. C'est indûment que M. Wiedemann (1. 1., p. 3i8) prend prétexte de l'expression Xôyoç è<rrt pour voir dans cette légende un emprunt fait par Hérodote à Hécatée.

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localisée à Buto d'Arabie, et d'autre part il est remarquable que le prophète Isaïe mentionne aussi, et justement à l'est de l'Egypte, des serpents volants (1). Une troisième hypothèse a été naguère émise: la légende aurait son origine dans la représentation fréquente d'Uto (Outit), déesse de Buto (P-uto), en serpent aux ailes éployées (2). Mais, outre que cette hypothèse ne répond pas aux deux objections précédentes, notons que dans la figuration égyptienne le serpent est l'uraeus-naja aux joues élargies et aplaties par la colère, et que ses ailes ont toujours des plumes soigneusement, minutieusement indiquées ; tout au contraire, les serpents dont parle Hérodote « ressemblaient à des serpents aquatiques, et leurs ailes sans plumes rappelaient celles des chauves-souris ». Ce qu'il y a de plus vraisemblable, d'après le témoignage d'Isaïe, c'est qu'il exista autrefois dans cette région des animaux, — apparemment des lézards-dragons, — qui aujourd'hui ne s'y rencontrent plus (3). Il n'est donc pas incroyable a priori que l'historien ait pu entendre parler de cette légende à Buto d'Arabie et par conséquent qu'il s'y soit rendu. Remarquons d'ailleurs qu'il ne prétend nulle part avoir vu de ses yeux autre chose que des « ossements » de serpents, que ces ossements étaient des « épines » dorsales, et que la mention des ailes est uniquement attribuable à ses informateurs.

Il reste à savoir où étaient Patumos et Buto.

(i) Isaïe, XXX, vers. 6. La mention faite deux versets plus haut (vers. 4) de Tanis et de Hanes (l'Anysis d'HÉRODOTE, voir ci-dessus, p. 66-67) montre qu'il s'agit bien ici de la région située à l'est de l'Egypte.

(2) Sethe, dans la Real Encyclopàdie de Pauly-Wissowa, s. v. Buto 3 ; le même auteur remarque (s. v. Buto 1, 1. 1.) que Uto est parfois donnée par les textes comme protectrice de la « terre divine », c'est-à-dire de la terre de l'encens.

(3) On sait que les ibis, qui, au temps de Strabon (XVII, 2. 4), pullulaient encore dans les rues d'Alexandrie au point d'y être insupportables, ont complètement disparu de l'Egypte. De même les lézards d'arbre dont parle M. Wiedemann, qui ne se trouvent plus que dans l'Inde orientale, ont pu exister dans les environs des lacs amers. Le conte de Sinouhit, la traduction du Pi-hahiroth de Y Exode XIV, v. 2 (Septante, versions coptes) par « domaine » et d'autres textes montrent que cette région aujourd'hui déserte était anciennement cultivée.

Le site de Patumos est connu avec certitude ; il a été fouillé à environ dix-sept kilomètres à l'ouest d'Ismaïlîyah. C'est l'ancienne Pithom de la Bible (1), en égyptien Pi-toumou, « lieu du dieu Toumou », aujourd'hui Tell el Maskhoûtah (2).

L'emplacement de Buto d'Arabie, ville dont nul autre auteur n'a jamais parlé, est inconnu. Il importe d'essayer de le déterminer. Comme on va le voir, cette recherche est de nature à nous apprendre si Hérodote a passé par Patumos, et jusqu'à quel point approximativement il s'est, dans cette région, avancé à l'est du Nil.

Tout d'abord Buto d'Arabie n'est pas la ville rendue célèbre par l'oracle de Léto. Celle-ci était située, au témoignage de l'historien, près de la branche sébennytique du Nil (3), et les géographes postérieurs, notamment Strabon et Plotémée(4), la placent plus précisément encore au nord-ouest du Delta. Celle-là au contraire, par le seul fait qu'elle était en Arabie, se trouvait nécessairement à l'est de la branche pélusienne, en dehors du Delta (5).

D'après l'hypothèse la plus récemment proposée et qui paraît généralement admise, Buto d'Arabie ne serait autre que la ville nommée Amt par les documents égyptiens, la métropole du dix-neuvième nome de la Basse-Egypte (6). Pour la raison déjà indiquée on doit rejeter cette opinion, si, comme il semble, le site d'Amt doit être reconnu à Tell Nébesheh, à treize kilomètres environ au sud-est de Tanis (San), c'est-à-dire sensiblement à l'ouest de l'ancienne branche pélusienne. Sans doute le nom sacré de la cité était P-uto, « la résidence d'Uto », et le nome était par excellence le territoire de la déesse, mais cette particularité ne peut prévaloir contre la donnée d'Hérodote que Buto, où il déclare

(i) Exode, I, v. h.

(2) Ed. Naville, The Store-City of Pithom and the Route ofthe Exodus, ier mémoire de VEgypt Exploration Fand, i885. — (3) II, i55. — (4) Strabon, XVII, 1. 18; Ptolémée, IV, 5. 20. —(5) Cf. Hérod., II, i5-i8.

(()) Voira ce sujet Griffith dans Pétrie, Tanis, Part II, Nébesheh (Am) and Defenneh (Tahpanhes), 5e mém. de VEgypt Exploration Fund, 1888, p. 37; J. de Rouge, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 126-127.

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s'être rendu, était en Arabie. S'il a pu déclarer que Bubastis, située pourtant sur la rive droite de la branche pélusienne, donc en Arabie d'après les Ioniens, était « dans la plaine égyptienne » (1), croira-t-on que pour lui Amt-Nebesheh, située à gauche de la même branche, dans l'intérieur du Delta par conséquent, n'était plus en Egypte ? Il est vrai encore que, suivant Ptolémée, un nome appelé Arabie appartenait à la Basse Egypte; mais ce nome, le vingtième, avait pour chef-lieu Phacusa (2), que Strabon place à l'entrée du canal de la mer Erythrée (3), et dont on a reconnu l'emplacement à Saft el Henneh (4); il ne peut donc être confondu avec le dix-neuvième, dont Amt était la métropole. Ainsi Amt- Nebesheh, ne se trouvant ni à l'orient du Delta ni dans le nome appelé postérieurement Arabie, n'est pas Buto d'Arabie.

Au reste cette opinion, comme les autres qui ont été émises sur le même sujet, et qui cherchent Buto à la lisière du désert oriental (5), ne tiennent pas compte de toutes les données d'Hérodote. En réalité celles-ci suggèrent une hypothèse complètement différente.

« Il y a, dit-il, en Arabie un endroit situé près de la ville de Buto ; je me rendis à cet endroit pour m'informer des serpents ailés » (6). Il résulte déjà de cette manière de parler, rare chez notre auteur (7), qu'il a fait un voyage spécial dans cette localité, qu'elle n'était pas sur sa route, qu'il s'est à cette occasion écarté de son itinéraire. Or son itinéraire n'est pas difficile à déterminer dans cette région de l'Egypte.

(i) Hérodote dit exactement ceci (II, i58) : « Le canal (de la mer Erythrée) tire ses eaux du Nil un peu au-dessus de Bubastis... Il est creusé d'abord dans cette partie de la plaine égyptienne qui regarde l'Arabie etc. », d'où il suit que, pour l'historien, Bubastis était bien en Egypte.

(2) Ptolémée, IV, 5. 24. — (3) Strabon, XVII, 1. 26. — (4) Ed. Naville, Goshen and the Shrine of Saft el Henneh, 4e mém. de YEgypt Exploration Fund, 1887.

(5) Wilkinson dans Rawlinson, ad Herod., II, 75, place Buto près de Belbéis, et Stein, ad Herod., II, 76, près de Bubastis. — (G) II, 75.

(7) Cf. une expression de même sens II, 3, pour indiquer les voyages d'Héliopolis et de Thèbes.

Patumos et Buto laissés de côté, les noms de Bubastis, de Daphnae (les Camps), de Péluse, de Paprémis, les seuls qu'il cite, indiquent qu'il a suivi la branche pélusienne; il ne s'écartait donc pas de sa route en visitant les villes de la frontière orientale, et c'est par conséquent plus à Test qu'il est allé voir Buto.

Précisons davantage. Ce n'est pas seulement Buto qu'il a placé en Arabie, c'est aussi Patumos. La situation de Patumos doit donc nous renseigner sur ce qu'il entend ici par Arabie. Or l'emplacement s'en trouve, on l'a déjà dit, à Tell el Maskhoûtah, à l'ouest d'Ismaïlîyah, dans cette étroite bande de terre cultivée, — l'Ouâdy Toumîlât, — qui s'étend à travers le désert depuis la plaine égyptienne jusqu'au lac Timsah, et que traversait le canal de la mer Erythrée. Gomme Buto n'était assurément pas en plein désert, c'est de toute nécessité dans cette bande de terrain qu'elle était située.

Se trouvait-elle en-deçà ou au-delà de Patumos ? Remarquons comment s'exprime Hérodote en décrivant le trajet du canal. « Tirant son eau du Nil un peu au-dessus de Bubastis, il se dirige du côté de Patumos, ville d'Arabie, et aboutit à la mer Erythrée » (1). Patumos, on le voit, n'intervient ici que pour indiquer la direction du cours d'eau à partir de Bubastis. Les localités n'abondaient sûrement pas dans cette région, qui compte aujourd'hui à peine quelques misérables villages : on doit croire qu'en nommant Patumos l'historien a eu en vue la première « ville » rencontrée sur le canal, et que par conséquent la « ville » de Buto était située au-delà.

La spécification du lieu où gisaient les restes des serpents volants près de Buto confirme cette hypothèse en la précisant. C'était, dit Hérodote, « à l'endroit où un étroit défilé débouche dans une vaste plaine qui se relie à celle d'Egypte » (2). Pourquoi les serpents qui, d'après la légende, volaient du pays de l'encens (3) vers la vallée du Nil se pré-

d) II, i58. — (2) II, 75. — (3; III, 107.

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sentaient-ils tous au même défilé? Cette raison était sûrement la suivante. On ne supposait pas qu'ils traversassent la mer Rouge ni la région de montagnes (1) et de lacs qui lui faisaient suite; mais arrivés juste à l'extrémité nord de la barrière ainsi formée, ils devaient se serrer en rangs compacts pour obliquer vers l'ouest : c'est là que les ibis les attendaient, car, une fois le défilé franchi, les serpents avaient du large pour échapper au moins en partie au massacre ; c'est donc à l'extrémité de cet obstacle, vers le nord des Lacs amers (2),

(i) Cf. Hérod., II, i58: Le canal « va longtemps de l'est à l'ouest, puis il prend par des défilés en se portant. .. vers le sud et le notos jusqu'au golfe d'Arabie ».

(2) Dans l'alinéa suivant je proposerai pour une autre raison de chercher le site de Buto dans les environs mêmes du lac Timsah, mais la seule considération de la barrière dont je parle ne permet pas ici cette précision relative. Voici, emprunté à Y Atlas of ancient Egypt, p. 9 {Spécial Publication of the Egypt Exploration Fund, 1894) le résumé de ce qu'on pense aujourd'hui sur le prolongement du golfe arabique vers le nord dans l'antiquité (Patumos y est désigné sous son nom postérieur d'Héroopolis) : « Les écrivains grecs et romains qui parlent d'Héroopolis sont unanimes à déclarer que la cité était près de la mer, à l'extrémité du golfe arabique, qu'on appelait aussi hèroopolite ; c'est pourquoi on suppose que même au temps des Romains la mer Rouge s'étendait beaucoup plus au nord qu'elle ne le fait maintenant, et que les Lacs amers étaient alors sous l'eau. Linant-Bey considérait comme géologiquement prouvé que, sous les pharaons de la XIXe dynastie, le lac Timsah et les vallées de Saba Biar et d'Abou Balah faisaient partie de la mer Rouge. Cette vue est confirmée par les caractères physiques de la région, car la dépression du lac Timsah est une étroite extension vers l'ouest qui présente l'apparence d'une tête de golfe. La mer se serait ainsi étendue jusqu'à trois milles au plus d'Héroopolis. Graduellement l'eau se retira, la communication entre la cité et le golfe fut partiellement coupée, et là où avait été la mer Rouge restèrent seulement des marais salés, qui ont été appelés par Strabon et Pline les Lacs amers. » — Il me semble qu'on a tiré des conclusions erronées des témoignages classiques, dont le principal est assurément celui de Strabon. Si cet écrivain a, d'après Ératosthène, considéré le golfe arabique comme s'étendant jusqu'à Héroopolis (notamment XVI, l\. 2 ; 4-4;XVII, 1 . 35 ; 3. 20; cf. Ptolémée, IV, 5. 7), il ne faut voir là qu'une simple manière de parler : le canal de la mer Erythrée « traverse, dit-il, les lacs nommés amers ; ils étaient autrefois [effectivement] amers, mais le susdit canal ayant été creusé, ils ont changé de nature par le mélange du fleuve; et maintenant ils sont poissonneux et pleins d'oiseaux de marais » (XVII, 1. 25). On peut croire qu'au temps de la XIXe dynastie la mer s'étendait jusqu'au lac Timsah et le site d'Ismaïlîyah, car, d'après un bas-relief de Karnak, à l'époque de Sétoui 1er, un canal unissait le Nil à la région des lacs ; mais la réfection de ce canal par Nécos, puis son prolongement par Darios jusqu'aux abords de la moderne Suez (une stèle de Darios couverte

à l'est de Patumos, que se trouvait le défilé, par conséquent la ville de Buto.

Il est curieux que le même texte conduise par une autre voie à un résultat peut-être plus précis encore. Hérodote assure que « le défilé débouchait dans une vaste plaine attenante à celle de V Egypte ». La plaine était-elle, par rapport au Nil, en-deçà ou au-delà du défilé ? Toutes les hypothèses proposées, par le seul fait qu'elles cherchent Buto sur le bord oriental de l'Egypte même, supposent cette plaine au-delà. C'est une erreur : elle était en-deçà, c'est-à-dire qu'elle s'interposait entre le défilé d'une part et l'Egypte de l'autre. En effet c'était une plaine où débouchaient les serpents venant d'Arabie-, en outre, s'il avaient été attaqués avant d'entrer dans l'étroit passage, ils auraient eu du champ pour se disperser et la légende ne s'expliquerait plus. S'il en est ainsi, et il ne peut en être autrement, Hérodote nous permet de déterminer cette plaine, « Le canal, dit-il, est creusé d'abord [en d'autres termes le point de départ en est] dans cette partie de la plaine égyptienne qui regarde l'Arabie. La montagne qui s'étend du côté de Memphis et dans laquelle sont les carrières borne cette plaine au sud » (1). Cette chaîne, si clairement désignée (2), est celle qui se détache de la chaîne arabique proprement dite à la hauteur du Caire, pour se diriger d'ouest en est avec le Gebel Moqattam, et se continuer en plusieurs rameaux vers le Gebel Geneffeh au nord et le Gebel Attâqa au sud. « Le canal, poursuit notre auteur, commence au pied de cette montagne ». Ici nous ne nous retrouvons plus : le canal tirait ses eaux du Nil près de Bubastis (3) située bien plus au nord. Qu'est-ce à dire ? Rien autre chose sinon que

d'hiéroglyphes et de cunéiformes se voit encore à 8 kilomètres au nord de cette ville) ainsi que les vestiges qui en subsistent encore, montrent qu'au vie siècle la région ne présentait pas un caractère essentiellement différent de celui qu'elle a aujourd'hui ; on doit seulement admettre qu'elle était plus marécageuse au temps d'HÉRODOTE qu'au temps de Strabon, et plus aussi du temps de Strabon que de nos jours.

(i) II, i58. — (2) Ce sont les carrières de Toûrah, tout près du Moqattam, dont Hérodote a encore parlé II, 8 et 176. — (3) II, i58.

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pour Hérodote tout le haut plateau montagneux qui du Gebel Moqattam et de ses prolongements s'étend au nord jusqu'à Bubastis et l'Ouâdy Toûmîlât appartenait à la montagne arabique; à partir de là seulement commençait la plaine. C'est au reste la seule qui de ce côté soit attenante à la vallée du Nil. Il y a donc nécessité de conclure que la « vaste plaine » où débouchaient les serpents, et qui se reliait à « la plaine égyptienne », est celle qui s'étend au nord de l'Ouâdy Toûmîlât, et comme elle a son extrémité orientale près du lac Timsah, au nord de la barrière dont il a été parlé ci-dessus, c'est aux environs du lac Timsah que se trouvaient et le défilé et la ville de Buto d'Arabie (1).

Toutefois se peut-il qu'Hérodote ait mentionné dans l'Ouâdy Toùmilàt une ville portant le même nom que la Buto du nordouest ? Ce nom de Buto ne signifie-t-il pas « maison de la déesse Uto », la Léto des Grecs, alors que la divinité adorée dans la région ici assignée à Buto d'Arabie, dans le Toukou, était le dieu Toumou (2) ? Voici l'explication. Le nome constitué par l'Ouâdy Toûmîlât, auquel appartenait notamment Patumos, le VIIIe de la Basse Egypte, est appelé par les documents égyptiens le nome du « harpon » de l'est ; or, par une coïncidence qui n'est sûrement pas fortuite, celui qui portait le même nom de « harpon » à V ouest, le VIIe, est justement le nome dont faisait partie le district de Buto (du nord-ouest) (3).

(i) Il me paraît impossible d'arriver à une plus grande approximation. Rien dans Hérodote ne permet de savoir si Buto se trouvait, par exemple, à l'endroit où plus tard Ptolémée Philadelphe « fonda », — non vraisemblablement de toutes pièces, — la ville d'Arsinoé (d'après la grande stèle de ce pharaon découverte par M. Naville, The Store City of Pi thom etc. ; cf. Strabon, XVII, i. 25), et dont le site se trouverait au village d'El Magfar, entre Tell el Maskhoûtah (Patumos) et le lac Timsah; ou bien encore là où s'élevait le grand temple de « Pi-Kerehet », que M. Naville veut reconnaître dans le Pi-hahiroth de l'Exode (XIV, v. 2, 9) et le Serapiu de l'Itinéraire d'Antonin, au sud-est de Ero (= Héroopolis =r Patumos). S'il fallait absolument formuler une opinion, l'importance de la ville, présumée d'après son nom (voir dans le texte l'alinéa suivant), me ferait pencher vns la seconde hypothèse.

(2) Cf. J. de Rougé, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 49> sqq- — I. J. m Rougé, 1. 1., p. 3o sqq.,/41 sqq., ; Brugsch, Die Aegyptologie, p. 449-45o.

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