‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 38 sur 93 · C. SOURDILLE · texte numérisé non relu

C. SOURDILLE

Sans aucun doute les Grecs, au temps d'Hérodote (1), ont considéré les deux villes comme les métropoles de leurs nomes respectifs (VIIe et VIIIe) qui primitivement n'en formaient qu'un seul, et ils ont transporté à celle de l'est le nom de celle de l'ouest mieux connue d'eux, parce que les deux nomes portaient des noms identiques. Le cuite de Léto-Uto n'a donc aucun rapport nécessaire avec l'origine du nom de Buto d'Arabie; le dieu de cette région était, comme on vient de le dire, Toumou, Atoumou, honoré spécialement sous la forme d'un serpent, en tout cas hiéroglyphiquement déterminé comme tel (2), détail qui atteste toute l'importance et le grand nombre de ces reptiles dans la contrée où l'on propose ici de placer Buto et le défilé des serpents (3).

Il reste qu'Hérodote s'est contredit. Suivant son témoignage, les habitants de Maréa et d'Apis, deux villes-frontières du côté de la Libye qui n'étaient pas situées directement sur le Nil, avaient voulu échapper aux prescriptions de la religion égyptienne en se prétendant libyens; mais l'oracle d'Ammon consulté leur avait répondu que « tous ceux qui, habitant audessous d'Éléphantine, buvaient aux eaux du Nil, étaient égyptiens ». C'est une doctrine qu'Hérodote a faite sienne (4). A ce compte, Buto de l'est, qui s'abreuvait aux eaux d'un canal dérivé du Nil (5), était bien en Egypte. Toutefois remarquons d'abord que c'était une nécessité pour notre auteur de distinguer nettement deux villes semblablement dénommées. En second lieu la contradiction a peu de portée. Ce n'est pas lui qui a inventé l'expression Buto d'Arabie, elle lui a été

(i) Hérodote n'a pas cité un nome dont Buto aurait été la métropole, mais sa liste n'est pas complète, elle donne seulement les noms de ceux qui fournissaient des Hermotybies et des Calasiries (II, i65-i66). Il est certain que les Egyptiens ont connu un « nome de Buto » du nord-ouest (« Pi tosh ni P-Uto », Brugsch, Dictionn. géogr., p. n55), que Brugsch, Die Aegyptologie, p. 45o, distingue du nome chemmite (Hérod., II, i65).

(2) Cf. J. de Rouge, 1. 1., p. 49- — (3) Cf. Strabon, XVII, 1. 21 : « [Entre Péluse et le golfe héroopolitej le pays non-seulement est sans eau et sablonneux, mais encore il présente une multitude de serpents qui se cachent sous le sable. »

(4) II, 18. — (5) II, i58.

§ iv. a. l'est du nil : 21-22. patumos. buto 83

très certainement fournie par d'autres; au contraire, l'attribution à L'Egypte de toutes les terres arrosées par le Nil présente un caractère manifestement théorique et jusqu'à un certain point personnel, auquel les faits contingents de la géographie physique et politique n'étaient pas tenus de toujours répondre. Enfin le VIIIe nome n'était qu'une étroite bande de terre qui se soudait au XXe, et c'est justement ce XXe nome que Ptolémée appelle Arabie (1). II n'est pas invraisemblable que cette désignation ait déjà existé au temps d'Hérodote, et que ses informateurs, en général petites gens pour qui la géographie officielle avait sûrement des secrets, aient considéré comme faisant partie du nome arabique un territoire qui s'y rattachait si étroitement, et qui en méritait encore mieux le nom. Quoi qu'il en soit, l'historien ayant mentionné Patumos à la fois comme riveraine du canal et comme ville d'Arabie, il n'y a aucune difficulté à reconnaître, malgré la contradiction signalée, que Buto dite d'Arabie se trouvait dans la même région que Patumos.

Hérodote est-il allé au-delà? Il a décrit le canal depuis Bubastis jusqu'à la mer Erythrée, il en a noté la largeur et la longueur, il en a mentionné les détours (2), il a même signalé que les garages de trirèmes construits par Nécos sur le golfe arabique étaient « visibles » (3). Mais il n'y a rien dans ces données qui démontre à priori une vue directe des choses. Il nous dit qu'il s'est rendu à Buto pour s'y informer au sujet des serpents volants : tenons-nous à cette indication; elle signifie qu'il a fait un voyage spécial jusqu'à cette ville lointaine avec une intention déterminée, qui n'était pas de nature à l'entraîner plus avant. Nous conclurons donc que Buto a été le terme de ses recherches personnelles de ce côté de l'Egypte; qu'il y a séjourné probablement peu, juste le temps de s'enquérir dune légende dont il avait déjà entendu parler; que jusque-là il a décrit le canal d'après ses propres observations ; que pour le reste il a eu recours à des témoignages étran-

(i) Ptolémée, IV, 5. 'il\. — (2) II, 108. — (3)11, 109.

gers; enfin, qu'à l'aller comme au retour il a passé devant Patumos, où, suivant les apparences, il ne s'est pas sensiblement arrêté.

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