‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 39 sur 93 · Bubastis · texte numérisé non relu

Bubastis

Bubastis, capitale d'un nome (1), se trouvait, d'après Hérodote, d'une part un peu au-dessous de l'endroit où le canal de Nécos, reliant le Nil à la mer Erythrée, recevait les eaux du Nil (2), et d'autre part au sud-ouest des « Camps » où Psammétichos avait établi ses auxiliaires Ioniens et Cariens (3). Sa situation sur la rive droite, c'est-à-dire à l'est de la branche pélusienne, est établie par cette remarque du voyageur grec qu'elle faisait face à Vile qui constituait le nome de Myekphoris (4). Les restes s'en voient aujourd'hui sur une étendue de terrain considérable à Tell Basta, tout près de Zagazig.

Hérodote rapporte qu'on allait y donner la sépulture aux chats (5). Il n'en dit pas la raison, mais quand nous ne la connaîtrions pas autrement, — et ce n'est pas le cas, — nous pourrions nous douter que ces animaux étaient consacrés à la divinité du lieu. Cette divinité était une déesse, Artémis ; les Egyptiens l'appelaient Bubastis, comme la ville ellemême (6).

La fête qu'on célébrait annuellement en son honneur était la première en importance de toutes les fêtes égyptiennes, celle à laquelle on se rendait avec le plus de zèle et d'entrain (7). Au reste, c'était une énorme foire à laquelle on se préparait joyeusement. Hommes et femmes pêle-mêle s'entassaient dans des bateaux et charmaient les loisirs d'une navigation parfois longue en jouant qui des castagnettes qui

(i) II, i66. — (2) II, i58. — (3) II, i54. — (4) II, 166. — (5) II, 67.

(6) II, 59, 60, 137, i56. En réalité Hérodote confond Bastit, la déesse, avec Pi-bastit (« le lieu de Bastit»), la ville; le dieu Mendès {Bi-nibdidou, « le bélier maître de Didou ») a été confondu plus facilement encore avec le siège de son culte (Pi-bi-nib-didou, eD assyrien Bindidi).

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de la finie, en chantant et en battant des mains. Passait-on près d'une ville, les bateaux approchaient de la rive, les musiciens faisaient rage, des lazzis s'échangeaient entre les pèlerins et les gens de la localité, les femmes dansaient et se retroussaient sans décence. Arrivés à destination, tous prenaient part à la fête, qui consistait en un grand nombre de sacrifices. Après quoi l'on faisait ripaille, et dans la circonstance « il se consommait plus de vin de vigne que dans tout le reste de l'année » ; au rapport des habitants, il y avait plus de 700,000 pèlerins, hommes et femmes, sans compter les enfants (1).

Hérodote a-t-il assisté à ces réjouissances ? La description de la fête de Sais présente certains détails assez précis et circonstanciés pour nous laisser croire qu'il en a été le témoin. Il n'en est pas de même dans le cas présent. La partie essentielle de son récit a trait à ce qui se passait hors de Bubastis. De la fête elle-même, il nous apprend seulement qu'on y sacrifiait nombre de victimes, comme on faisait dans toutes les autres. D'autre part ce chiffre de 700,000 pèlerins est d'une exagération manifeste (2), et c'est aux habitants, fait-il remarquer, qu'il a dû cette information. Seuls aussi les habitants étaient qualifiés pour dire qu'alors « on consommait plus de vin de vigne que dans tout le reste de Vannée ». Rien ne révèle la présence d'Hérodote aux fêtes de Bubastis.

Mais il a certainement vu la ville et son temple. Pour le temple, ce lui fut chose d'autant plus facile qu'on l'apercevait de tous côtés. C'est qu'en effet, « s'il n'avait pas changé de place depuis sa fondation, la ville avait été exhaussée », d'où il résulte qu'on pouvait plonger ses regards dans toute les parties découvertes de l'édifice en en faisant seulement le tour à distance. Suivant ses propres expressions, Hérodote a contemplé des temples plus grands et plus somptueux, il n'en a pas rencontré de plus agréable à voir. Deux canaux dérivés du Nil, larges de cent pieds et ombragés d'arbres, l'en-

(i) II, 6o. — (2) Cf. Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 254.

touraient en ménageanttoutefois une entrée. Les propylées, de dix brasses de hauteur, en étaient décorés de figures de dix coudées. Tout autour du lieu sacré courait un mur d'enceinte où étaient également sculptées des figures. Entre ce mur et le temple proprement dit, où se trouvait la statue de la déesse, était un bois planté de très grands arbres. Le tout avait un stade en longueur et en largeur. Un chemin pavé, long de trois stades, large de quatre plèthres et bordé d'arbres « hauts comme le ciel », conduisait, en traversant la place publique, à un temple d'Hermès (1). Cette description, à ce détail près qu'il n'y avait pas dans un sanctuaire principal la statue de la divinité, du moins une statue semblable au point de vue de la conception et des dimensions à celles qu'on vénérait dans les sanctuaires grecs, cette description est la plus précise et la plus exacte qu'Hérodote nous ait laissée d'un temple égyptien.

Il ne nous a rien rapporté sur Bubastis de plus que les données précédentes. Y a-t-il puisé d'autres renseignements incorporés dans son ouvrage sans indication d'origine ? Il y a peut-être appris l'histoire du canal conduisant du Nil à la mer Erythrée, car c'est près de Bubastis que ce canal, creusé par Nécos et Darios, recevait les eaux du fleuve (2). 11 y a peut-être aussi entendu parler de Sabacos, puisqu'il attribue à ce pharaon, — à tort assurément, — l'exhaussement systématique de la ville; toutefois il est probable que c'est là seulement une précision apportée par lui à une légende qui semble lui avoir été contée à Memphis (3). Si, d'une manière générale, il ne paraît pas avoir recueilli à Bubastis une ample moisson de renseignements concernant l'histoire, l'on doit cependant tenir pour certain qu'il a visité cette ville, et qu'il y a fait un séjour, sinon d'une longue, du moins d'une certaine durée.

(i) II, i37-i38. —(2)11, i58.

(3) Les prêtres dont il invoque à ce sujet le témoignage sont les mêmes que ceux qui l'on renseigné depuis le chap. 99: ce sont des prêtres memphites. Au reste cette qualité leur serait attribuée avec une quasi-certitude d'après le seul chapitre précédent (chap. i36).

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