LE VOYAGE D HERODOTE EN EGYPTE
ils continuaient à percevoir le tribut dans le Delta (1) aussi bien qu'ailleurs ; la vie du pays, avec son commerce, ses cultes, ses fêtes, avait repris son cours régulier, et pour dernière preuve que les Athéniens n'étaient plus les maîtres, un Grec, — Hérodote lui-même, — pouvait faire tout haut l'éloge du vainqueur (2). Aucun obstacle d'ordre politique ne s'opposa donc à ce qu'Hérodote prît de la civilisation de l'Egypte une claire connaissance en y séjournant tout à loisir.
pour but de protéger la frontière, mais aussi de tenir en bride les peuples soumis. Le fond de ma pensée [ajoute-t-il] est qu'à Maréa résidaient des princes libyens, à savoir, sous Artaxerxès, d'abord Inaros, puis Thannyras, comme vassaux des Perses. C'est de Maréa que le premier se souleva contre la domination perse (Thucydide, io4) », ce qui n'empêcha pas Thannyras de recevoir des Perses l'investiture du gouvernement paternel (Hérod., III, i5). — Ni l'une ni l'autre de ces explications ne semble satisfaisante. Elles ne montrent pas pourquoi Hérodote, après avoir déclaré que les Perses tenaient garnison dans les mêmes lieux que Psammétichos, par conséquent à Éléphantine, à Daphnœ et à Maréa, passe ensuite Maréa sous silence sans aucune explication, comme s'il craignait de trop s'avancer à son sujet. Voici, je pense la solution. Il a visité la région de Péluse (III, 12, cf. io) où se trouvait Daphnœ ; de même, il déclare être allé à Éléphantine (II, 29). Mais en aucun endroit il ne laisse supposer qu'il se soit rendu à Maréa. Sans doute il a parlé d'une réponse faite par Zeus- Ammon aux gens de Maréa et d'Apis, mais il n'en a eu connaissance, affirme-t-il, qu'après s'être fait une certaine idée de l'Egypte (II, 18). On sait que Maréa se trouvait au sud-ouest du lac Maréotis, en somme relativement proche de l'embouchure canopique.Si l'on admet, comme je n'hésite pas à le faire, et comme on l'admet généralement, que l'historien est venu en Egypte par la bouche canopique (voir p. 8-9, 32) et qu'il en est parti par un autre chemin, on croira sans peine qu'il n'est pas retourné sur ses pas presque jusqu'à cette bouche pour aller se renseigner à Maréa. A mon sentiment, Hérodote, après avoir reproduit le renseignement à lui fourni (jue les Perses avaient des garnisons dans les mêmes places où Psammétichos en avait eu, a pu en affirmer l'exactitude pour Daphnœ et pour Eléphantine ; mais n'ayant pu contrôler le fait pour Maréa, et sachant du reste que les Perses étaient maîtres de la Libye, il s'est tenu au sujet de cette dernière ville dans une prudente réserve.
(1) Hérodote déclare (II, 98) que, depuis la domination perse, la ville d'Anthylla était assignée à l'épouse du roi pour lui fournir la chaussure.
(2) C'est avec une complaisance évidente qu'HÉRODOTE (III, i5) s'étend sur la magnanimité des Perses rendant aux fils les royaumes perdus par les pères, même lorsque ceux-ci avaient été des révoltés. Son insistance sur ce sujet a pour but de justifier le supplice infligé à Psamménitos qui cherchait à reconquérir le pouvoir. Il déclare que celui-ci a « reçu son salaire » pour « n'avoir pas su rester tranquille » et avoir « ourdi des machinations mauvaises ».