‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 41 sur 93 · Péluse et Paprémis · texte numérisé non relu

Péluse et Paprémis

La branche la plus orientale du Nil coulait, dit Hérodote, vers Péluse (3) et s'appelait pélusienne (4). On doit croire que Péluse était à droite du fleuve, caries Ioniens, qui limitaient strictement l'Egypte au territoire compris entre la branche canopique et la branche pélusienne, nommaient comme dernière localité de l'est les Tarichées de Péluse (5) et non pas Péluse même.

L'historien cite une rencontre d'armées dont ce lieu aurait été le théâtre. A la vérité, cette rencontre n'avait pas eu le caractère d'une bataille proprement dite. Sanacharibos, roi des Arabes et des Assyriens, venant attaquer l'Egypte, le roi-prêtre Séthos, abandonné de ses guerriers mais confiant dans la promesse de son dieu Héphacstos, s'était avancé au devant de l'étranger avec une cohue de misérables racolés au hasard. Les adversaires se trouvaient en présence à Pé-

(i) Il est allé à Péluse (voir ci-dessous, p. 96), sur la branche orientale du Nil, et il venait de Bubastis (voir ci-dessus, p. 85-8G), sur la même branche (voir ci-dessus, p. 84).

(2) Fl. Pétrie, Tanis, Part II, Nebesheh (A m) and Defenneh (Tahpanhes) with Chapters by Murray and Griffith, 1888, p. /J7 sqq. Voir l'examen des résultats dans Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, p. 53 sqq., 128 sqq.

(3) II, i5. — (4) II, 17, i54. — (5) II, i5. Voir ci-dessus, p. 5o.

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luse, quand, une nuit, des rats rongèrent les carquois, les ares, les cuirs des boucliers dans le camp de Sanacharibos, qui dut s'enfuir honteusement (1).

Est-ce à Péluse que Psamménitos, fils et successeur d'AmasisP fit lace à Cambyse et que succomba l'indépendance égyptienne ? Hérodote dit simplement que Psamménitos campa sur la « bouche pélusienne » (2). Comme par cette expression il désigne non-seulement l'embouchure, mais encore toute la branche, de Kerkasore à la mer (3), il est impossible à priori de rien affirmer sur le site du champ de bataille. En étudiant les données relatives à Paprémis on va voir que la lutte n'eut pas lieu à Péluse même, en même temps qu'on découvrira quels furent la nature particulière et le degré d'importance de cette localité au temps de l'historien.

Paprémis était le chef-lieu d'un nome (4). Dans ce nome les hippopotames étaient regardés comme sacrés (5); sans doute étaient-ils sous la protection d'Ares, en l'honneur de qui avait lieu à Paprémis la sixième des grandes panégyries égyptiennes (6). Hérodote a relaté la fête avec soin. En plus des sacrifices et des rites accoutumés, on y remarquait la cérémonie suivante. A un jour déterminé, quelques prêtres prenaient la statue du dieu avec le naos de bois doré où elle était enfermée, et la transportaient dans un autre sanctuaire. Le lendemain ils retournaient la chercher, la posaient sur un char auquel ils s'attelaient, et se mettaient en route pour la reconduire à sa première place. Arrivés aux propylées du temple, ils y trouvaient un grand nombre d'autres prêtres qui, munis de gourdins, se montraient décidés à leur refuser le passage. Mais en face se tenait une foule compacte de fidèles aussi solidement armés, et fermement résolus à porter secours à leur dieu. Alors éclatait une rixe violente ;

(l) II, 4l. — (2) III, 10-12.

(3) Nulle part il n'apparaît qu'HÉRODOTE ait eu en vue exclusivement par le mot ord(ia l'extrémité d'une des branches du Nil. En ce qui concerne particulièrement l'expression arojj.a IIï)Xov<rtov, le sens « de branche » et non « embouchure » pélusienne est démontré par II, 17 et i54-

(4)11, 71, i65. -(5) II, 71. - (6)11, 59.

bien des têtes, assure Hérodote, devaient y être irrémédiablement fracassées, quoique les Egyptiens n'en voulussent pas convenir. Cette singulière cérémonie commémorait l'événement suivant. Ares, après avoir grandi au loin, avait voulu pénétrer chez sa mère, qui habitait le temple, avec l'intention de lui faire violence ; mais comme les serviteurs de celle-ci, ne le connaissant pas, l'empêchaient d'entrer, il était allé quérir de l'aide et s'était ouvert de force un passage (1).

Une autre scène, d'un caractère plus historique, s'était déroulée à Paprémis. Là s'étaient rencontrées les troupes d'Inaros, roi de Libye, et celles d'Achaeménès, fils de Darios. Hérodote alla visiter le champ de bataille et y remarqua l'excessive friabilité des crânes perses ainsi que l'extrême dureté des crânes égyptiens (2).

Voilà ce que l'historien nous a fait savoir de la ville de Paprémis. Où se trouvait-elle ? 11 ne nous l'a pas dit et nul autre écrivain ancien n'en a même répété le nom. Les modernes l'ont placée tantôt à la frontière libyque, tantôt à Xoïs près de la branche sébennytique, tantôt aux environs de la bouche phatnitique (actuellement branche de Damiette), tantôt entre Damiette et Menzaleh, tantôt entre Bubastis et Daphnae, tantôt enfin au village actuel de Farama, emplacement de l'ancienne Péluse (3). De la diversité de ces opinions on conclut que le site de Paprémis est inconnu (4).

Reprenons la question.

C'est à Paprémis, déclare Hérodote, qu'eut lieu le combat où Inaros mit en fuite les Perses et tua leur chef Achaeménès, l'oncle propre du Grand Roi (5). Des différents témoignages anciens qui concernent la révolte d'Inaros (6) un seul

d) 11,63. — (2) III, 12.

(3) On trouvera les références dans Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 264. Toutefois M. Wiedemann attribue à « Kiepert dans Stein » l'opinion que Paprémis se trouverait entre Daphnae et Péluse ; or la carte de Kiepert place Paprémis entre Bubastis et Daphnae. — {l\) Wiedemann, ibid. — (5) III, 12.

(G) A laisser de côté les simples allusions, comme celle que fait Héro-

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est à retenir ici. Oiodore rapporte que, sous l'archontat de Conon à Athènes, Artaxerxès, roi des Perses, mit Achaeménès, fils de Darios, à la tête d'une armée de 300,000 hommes envoyée contre les Égyptiens révoltés. « A son arrivée en Egypte, Achaeménès campa dans le voisinage du Nil, et après avoir fait reposer ses troupes des fatigues de la marche, prit ses dispositions de combat. Les Egyptiens, ayant rassemblé les troupes de la Libye et de l'Egypte, attendaient les secours des Athéniens. Ceux-ci abordèrent avec deux cents navires, se joignirent aux Egyptiens et livrèrent une sanglante bataille aux Perses », qui furent contraints de s'enfuir (1). Tout d'abord le lieu où l'armée perse campa « lors de son arrivée en Egypte », et « où elle se reposa des fatigues de la marche avant de se mettre en ligne » , est nécessairement dans la région de Péluse. Hérodote affirme expressément que le désert arabique « est le seul endroit connu par où l'on débouche en Egypte » (2), et, ailleurs, que « le débouché est à Péluse » (3). Au temps de Strabon il en était de même. « Péluse, dit celui-ci, est entourée de lagunes appelées parfois Barathres et de marécages. Elle est établie ta plus de vingt stades (3 kil. et demi) de la mer;... elle tire son nom de la vase des marais. C'est par cet endroit difficile que Ton débouche des régions de l'est, Phénicie et Judée; c'est également par là que passe la route de l'Arabie nabatéenne, pays contigu à l'Egypte » (4). Aussi est-ce à Péluse que Séthos se porta au devant de Sanacharibos, roi d'Assyrie (5). Toutefois ce n'était pas nécessairement à Péluse même que l'on en venait aux mains. Hérodote dit de Psamménitos qu'il s'en fut attendre Cambyse simplement « sur la branche pélusienne » (6). C'est qu'il n'importait généralement pas, à cause des difficultés du pays, que les envahisseurs arrivassent jusqu'au Nil et remontassent un peu le long de la rive

dote, III, 12, ces textes sont Thucydide, I, io4, 109-110, Ctésias, 33-36 (Muller-Didot, p. 52), et Diodore, XI, 71, 74-7^, 77 ; XIII, 25.

i Diodore, XI, 74. — (2) III, 5. — (3) II, i/Ji. —(4) Strabon XVII, 1. 21. — (5) II, i4i. — (0) III, 10.

orientale du fleuve ; au reste l'historien n'ignorait pas que la garnison destinée à tenir en échec les Arabes et les Assyriens avait été placée par Psammétichos à Daphnae, et que les Perses y avaient également mis des troupes (1). Il s'agit donc maintenant de savoir si c'est à Péluse même, au débouché du désert arabique, ou un peu plus au sud, vers Daphnae, qu'eut lieu la rencontre entre Inaros et Achœménès. La solution ne paraît pas hasardeuse. Si iVchœménès, arrivé dans le voisinage du Nil, eut le temps de faire reposer ses troupes, c'est quTnaros restait dans l'inaction, et si Inaros restait dans l'inaction au lieu de culbuter un ennemi harassé et déprimé, c'est, comme on peut l'induire du témoignage de Diodore, qu'il attendait les galères athéniennes. Or il était essentiel pour les Egyptiens que dans de telles circonstances la rive du fleuve ou à tout le moins le fleuve lui-même restassent libres : si les Perses y avaient atteint, ils eussent eu beau jeu à empêcher la jonction des rebelles et des Athéniens; c'est donc à l'orée du désert, en avant du Nil, au débouché de l'Egypte, c'est-à-dire tout près de Péluse, qu'Inaros s'était établi, c'est là que la bataille eut lieu, et comme elle eut lieu, assure Hérodote, à Paprémis, la région de Paprémis c'est la région de Péluse.

L'identité de ces deux villes a déjà été proposée pour une raison différente. « Paprémis, dit Mariette, est le Parema des légendes hiéroglyphiques, et Parema a servi de type au mot Farama qui, dans les écrivains arabes, sert à désigner l'ancienne Péluse » (2). En réalité les textes égyptiens ne connaissent pas le nom de ville Parema; un nom de lieu a été lu Pi-romen, dans lequel on a voulu voir également l'origine du Farama arabe, mais il semble bien qu'il y ait eu erreur de lecture (3). Toutefois, si nous ignorons le nom égyptien de Péluse, nous en savons le nom copte qui en dérive :

(i)II, 3o. — (2) Mariette, dans la Revue archéologique, 4e série, III, p. 340.

(3) Voir à ce sujet Maspero, dans la Zeitschriftfiïr àgypt. Sprache, i883, p. 63; cf. J. de Rouge, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 1 25- 126.

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c'est Peremoun (1), et Farama-Peremoun a toutes chances de correspondre au mot Paprémis.

A cet argument une objection grave a été faite. « La prétendue identité de Paprémis et de l'égyptien Pa-remen, en arabe Farama, Péluse, est exclue par ce seul fait qu'Hérodote nomme séparément Péluse et Paprémis » (2). La force de l'objection n'est qu'apparente. Voici vraisemblablement la solution du problème.

Péluse se dit ïlYjXouaiov (3), que Strabon dérive de rcijXoç, « boue » (4); l'adjectif, dans le texte d'Hérodote, présente deux formes : wyjXouaioç, qui qualifie soit le Nil oriental soit Daphnae (5), et iwjXouataxoç qui s'applique exclusivement aux Tarichées (6). D'autre part, alors que tous les autres noms de villes égyptiennes cités par notre historien sont du masculin ou du féminin (7), celui de Péluse seul est du neutre. S'il est évident que iwiXouaiaxo'ç est un adjectif dérivé de ïlrjXouacov, il apparaît comme non moins évident que Il7)Xou<«ov n'est que l'adjectif 7î7)Xou(jtoç dont le neutre a formé un substantif; en d'autres termes, 7ty]Xou<7ioç est antérieur àriyiXoucriov, mot antérieur lui-même logiquement à 7CYjXouaiaxoç . Il en résulte que la bouche orientale du Nil et la ville de Daphnae, qualifiées non par l'adjectif xYjXouataxoç, seule forme que connaîtra plus tard Strabon, mais par l'adjectif ^rjXouatoç, sont désignées non par le nom de Péluse, mais par celui d'une région dans laquelle Daphnae était sûrement comprise. Ainsi il y eût tout d'abord une région à laquelle les Grecs appliquèrent l'épithète de™)Xoucioç, puis le neutre de ce mot devint le nom d'une localité qui s'y fonda, enfin du nom de cette localité fut formé l'adjectif

(i) Nous avons à ce sujet, entre autres témoignages, celui du Manuscrit d'Oxford (liste copto-arabe des sièges épiscopaux d'Egypte) publié par J. de Rouge, 1. 1., p. i5i-i6i, d'après la copie de E. Révillout; on y lit (p. 167) l'égalité suivante : ttsaoutiou = ttîpejjlo-jv = El Farina.

(2) Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 264. — (3) II, i5, i[\\. — (4) Strabon, XVII, 1. 21. — (5) II, 3o, 107 (Daphnae); 17, i54; III, 10 (branche pélusienne). — (6| II, i5.

(7) Ils sont à peu près tous du féminin; le genre de Kâvwêo; (II, i5, 97) ne peut être déterminé d'après le texte d'HÉKODOTE, mais les auteurs grecs le font du masculin.

TrrjÀouffiaxdç, appliqué par Hérodote aux Tarichées, c'est-à-dire à un établissement qui dépendait manifestement de la ville. Au jugement de l'historien, les premiers Grecs établis en Egypte furent les auxiliaires ioniens et cariens de Psammélichos (fin du vne siècle) (1) : comme Péluse, d'après le mode de formation de son nom, ne commença d'exister que plus tard, vraisemblablement après l'époque où Naucratis était le seul port d'accès en Egypte (2), on voit que c'était là, au temps d'Hérodote, une localité grecque toute récente.

C'était une localité grecque, donc un établissement de commerce, et une localité récente, donc sans bien grande importance encore; remarquons au reste qu'elle ne figure pas parmi les chefs-lieux des nomes fournissant des guerriers (3), quoiqu'elle fût située dans une région où la présence de troupes était particulièrement nécessaire. Elle se trouvait, on l'a dit plus haut, sur le bord oriental du Nil, et sûrement aussi, vu sa destination, dans le voisinage d'un centre assez considérable, voisinage à peu près immédiat tant la lisière du désert était proche. Ce grand centre, pour des raisons déjà indiquées, était Paprémis, la ville de la sixième des grandes panégyries égyptiennes (4), le chef-lieu d'un nome (5), et d'un nome peuplé d'hermotybies, c'est-à-dire de soldats grecs et cariens (6). Il est maintenant facile de comprendre

(i) il, i54.

(2) C'est Amasis qui obligea tous ceux qui venaient trafiquer en Egypte à passer par la branche canopique et par Naucratis; cette prescription n'existait plus à l'époque cTHérodote depuis un certain temps, puisqu'il en parle comme d'une institution « d'autrefois » (II, 179). Il n'est pas absolument impossible que Péluse ait été fondée antérieurement au règne d'Amasis, mais ce n'est certainement qu'après l'abolition du privilège de Naucratis qu'elle put se développer.

(3) Cette liste se trouve dans Hérodote, II, r65-i66. — (4) II, 59, 63. — (5) II, 71, i65.

(G) Wiedemann, Herodots zweites Buchy p. 574 : « Le nom des Hermotybies paraît être grec et provenir d'une pièce de vêtement égyptien en forme de tablier (Pollux, 7. 71 ; T)[«-Tuêiov, Aristophane, Platus, 729). D'après Aristagoras dans Etienne de Byzancê, ils se seraient aussi appelés Aaêapsïç; Gutschmid {Philologus, X, p. G90) voit dans ces derniers des « habitants de Labara » en Carie, qui auraient été des « soldats affiliés aux Hermotybies ».

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ce qui s'est passé dans le cours de quelques siècles à peine : un comptoir grec s'est fondé, sans doute peu après la mort d'Amasis, non pas dans la ville de Paprémis, — la différence des mœurs et des religions s'y opposant alors (1), — mais tout auprès; ce comptoir, admirablement placé à la tète d'une des principales branches du Nil et au débouché des routes de l'Arabie, ne tarda pas à prendre une extension considérable; le progrès général de l'hellénisme aidant, il rejoignit peu à peu la ville, y déborda, la submergea, et si ce fut toujours pour les indigènes Paprémis, Peremoun, Farama, ce devint pour les Grecs la ville de Péluse aux vingt stades de tour (2). C'est dans des conditions sinon de tout point semblables, du moins analogues, que Ptolémaïs d'Hermias en Thébaïde absorba l'antique Soui, et que Rhakoti disparut dans l'immense Alexandrie (3).

Au temps d'Hérodote, Péluse, qu'il n'appelle jamais une « ville », était donc une petite localité suburbaine encore distincte de la grande cité. Mais elle en était si proche que les deux noms désignaient le même territoire, et il n'est pas étonnant qu'un voyageur grec ait nommé de préférence la localité grecque ; aussi Hérodote a-t-il dit de Séthos qu'il avait campé à Péluse (4). Cependant il était parfois nécessaire de s'exprimer d'une façon plus précise. Inaros, attendant les Athéniens, ne pouvait, on l'a vu, laisser Achasménès s'établir sur le Nil; c'est donc un peu en avant dans l'est qu'il dut se porter, et voilà pourquoi, avec un souci d'exactitude qu'il est bon de remarquer, Hérodote a fixé le champ de bataille à Paprémis (5). De même, lorsqu'il était question du cheflieu d'une division politique ou de fêtes religieuses purement égyptiennes, nommer Péluse, d'après ce qu'on vient de montrer, eût été un contre-sens; voilà pourquoi Péluse

(i) Encore au temps (I'Hérodote les Egyptiens tenaient les Grecs à l'écart pour des motifs religieux (II, 41)- — (2) Telle était, au temps de Strabon (XVII, i . 21), la longueur du mur d'enceinte de Péluse.

(3) Il sera dit quelques mots sur ce sujet à propos de Chemmis et Néapolis (voir plus loin l'article consacré à ces deux villes de la Haute Egypte).

(4)11, i4i.-(5)ffl,i2.

n'est pas donnée comme la métropole du nome, pourquoi rien de ce qui concerne la religion n'y est rapporté : le nome était paprémite (1), et les fêtes étaient celles de Paprémis(2). Les situations respectives de Péluse et de Paprémis ainsi établies, il s'agit, pour terminer, de rechercher si Hérodote s'y est rendu. Un texte nous renseigne à ce sujet. Après avoir parlé du combat dans lequel Psamménitos fut vaincu par Gambyse « sur la branche pélusienne » (3), l'historien poursuit en ces termes : « Informé par les gens du pays, j'ai vu une chose grandement surprenante. Les ossements des Perses gisaient d'un côté et ceux des Egyptiens de l'autre, comme on avait séparé les morts dès le début. Les crânes des Perses sont si tendres qu'on peut les percer en les frappant seulement avec un petit caillou ; mais ceux des Égyptiens sont si durs qu'on les briserait à peine à coups de pierres... J'ai vu aussi quelque chose de semblable à Paprémis à l'égard de ceux qui furent tués avec Achaeménès, fils de Darios, par Inaros de Libye » (4). Ainsi Hérodote a visité deux champs de bataille : l'un à Paprémis, l'autre, situé nécessairement ailleurs, mais sans doute non loin de là, « vers la branche pélusienne ». Il est donc certain qu'il a vu Paprémis, par conséquent Péluse, et qu'il a vu aussi la région avoisinante. L'ensemble des données qui s'y rapportent, dont l'une, l'aventure de Séthos, lui fut contée à Memphis (5), ne laisse pas supposer qu'il y ait fait un séjour d'une durée considérable.

Il faut clore ici la liste des villes de la Basse Egypte dont Hérodote a fait mention. Il resterait à rechercher la situation d'Erythré Bolos, si ce nom désignait sûrement une localité authentique. C'est dans cette « ville » que le prétendu pha-

(i) II, 71, i65. — (2) II, 5g, 63. — (3) III, 10. — (4j III, 12.

(5) II, i/fi. Le style indirect reproduit les propos des prêtres memphites qui sont les informateurs depuis II, 99; d'ailleurs Séthos est donné par Hérodote comme prêtre du dieu Héphaestos de Memphis (II, i^i).

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