‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 47 sur 93 · II. ABSENCE DE VENTS PROVENANT DU NIL · texte numérisé non relu

II. ABSENCE DE VENTS PROVENANT DU NIL

a voyagé non-seulement dans la Haute Egypte mais encore dans le Delta. Il l'ignorait si peu, qu'il a parlé des vents étésiens (1), c'est-à-dire de ces vents frais du Nord qui rendent seuls possible la montée du Nil, et qui, suivant l'opinion de certains Grecs rapportée par Hérodote lui-même, en soufflant contre le courant du fleuve occasionneraient l'inondation. Sans doute il a nié qu'ils soufflassent toujours (2), mais il a par là-même attesté qu'il en connaissait l'existence. En réalité, le sens qu'il faut attacher au passage incriminé est, à la réflexion, assez clair. Hérodote dit exactement: le Nil est de tous les fleuves le seul, non pas sur lequel, mais duquel ne soufflent pas de brises (fraîches). Il s'agit ici nettement de brises naissant du fleuve et soufflant dans sa direction, c'est-à-dire du sud au nord. C'est ce que confirme l'explication qu'il apporte du fait : « car, ajoute-t-il, il n'est pas vraisemblable qu'il souffle rien des pays chauds : c'est d'un pays froid que la brise a coutume de souffler » (3). Il est certain que pendant l'été les vents du sud sont à peu près inconnus en Egypte (4).

(2) Ibid. Il dit exactement : « 11 arrive souvent que les vents étésiens n'ont pas encore soufflé, et cependant le Nil produit le même phénomène ».

(3) II, 27. M. Wiedemann (fferodots zweites Buch, p. ii2-n3) a bien remarqué que ce devait être là le sens. Toutefois l'explication philologique qu'il donne du texte ne semble pas exacte. Pour lui ce texte présente une sorte de brachylogie : il faudrait suppléer après àuoTrvésiv les mots àiio ôep^éwv X<*>pétov. Ce n'est pas possible: au ch. 27, cette dernière expression est dans une phrase différente qui suit celle où se trouve le verbe, et elle n'existe pas au ch. 19. Il est évident, d'après le contexte, qu'il faut sousentendre àrco xoù Nst'Xou. Le sens est le même, puisque le Nil coule du sud.

(4) D'après les documents de l'observatoire de l'Abbassîyeh portant sur 18 années (voir Bénédite, Egypte, p. 38, d'après Barrois, Notice sur le climat du Caire, 1890), voici la durée moyenne des vents du S., du S.-E. et du S.-O. pendant les cinq mois de juin, juillet, août, septembre et octobre : du S., 4 jours 8; du S.-E., 2 jours 3; du S.-O., 5 jours 9, soit exactement en tout i3 jours, dont moins de 5 du vent du sud proprement dit, sur i53 jours. Pendant la même période de l'année les vents du N. soufflent 85 j. 1/2, et les vents du N.-E. et du N.-O. 36 jours. En Haute Egypte le régime des vents n'est pas très sensiblement différent de ce qu'il est au Caire.

§ III. Description proprement dite de la Haute Egypte.

« Pour qui va d'Héliopolis vers le haut pays l'Egypte est étroite. D'un côté en effet s'étend la montagne d'Arabie, se portant du nord vers le midi et le notos, et remontant sans cesse vers la mer Erythrée (1); c'est dans cette montagne que se trouvent les carrières où ont été taillées les pyramides de Memphis. La montagne, cessant de ce côté, l'ait une courbe vers ce que j'ai dit (2) ; dans sa partie la plus étendue, suivant cequ'onm'a rapporté, elle aurait deux mois de chemin d'orient en occident, et son extrémité orientale porterait de l'encens. Telle est cette montagne. D'autre part, du côté de la Libye, s'étend, en Egypte (3), une autre montagne de pierre, dans laquelle se trouvent les pyramides ; elle est couverte de sable et suit la même direction que cette partie de la montagne arabique qui se porte au sud. Ainsi, à partir d'Héliopolis, le pays dans la mesure où il appartient à l'Egypte (4) n'est pas considérable ; mais pendant quatre jours (5) de navigation l'Egypte proprement dite est étroite. Une plaine s'étend entre les susdites montagnes ; il m'a paru que là où elle est le moins large il y a exactement deux cents stades, pas davantage, de la montagne arabique à celle qu'on appelle

(i) Hérodote a en vue ici notre Océan Indien, comme on l'établira dans la discussion qui va suivre.

(2) Je conserve à dessein dans la traduction l'obscurité du texte, qui sera discuté plus bas, p. n4sqq.

(3) D'après Hérodote, la chaîne arabique appartient à l'Arabie, mais la chaîne de l'ouest appartient à l'Egypte, comme il dit ici, et comme il le rappellera quelques lignes plus bas en distinguant la « montagne arabique » de la montagne « appelée [à tort] libyque ». Voir l'a note de Stein, II, 8-20. On donnera plus bas, p. 129, l'explication de cette façon de parler.

(4) Stein comprend « aussi loin [vers le sud] qu'il appartient à l'Egypte». Cette traduction repose sur cette erreur qu'HÉRODOTE aurait placé l'élargissement de la vallée du Nil non en Egypte, mais au-dessus, à i4 jours d'Héliopolis (II, 8). On prouvera plus bas, p. 121-122, que le chiffre d'HÉRodote n'est pas \l\, mais, suivant la logique et tous les mss., 4 jours. Il y a ici vraisemblablement une allusion à une conception géographique dont il sera question ci-dessous. Voir p . 1 44 •

(5) Les éditions d'HÉRODOTE portent généralement quatorze au lieu de quatre, qui est la leçon des manuscrits. La correction sera discutée plus bas, p. 121-122.

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