‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 61 sur 93 · I. LA « VILLE DES CROCODILES · texte numérisé non relu

I. LA « VILLE DES CROCODILES

ment assignée à la Libye par notre auteur (1). Au reste, Hérodote n'est pas allé jusqu'à cette ville d'Oasis. Il n'en a parlé qu'à propos de l'expédition envoyée par Cambyse contre les Ammoniens ; or ce n'est pas là qu'il a pris ses informations à ce sujet. « On dit, rapporte-t-il, que l'armée alla jusqu'à ce pays ; mais personne ne sait ce qu'elle devint à partir de cet endroit, si ce n'est les Ammoniens et ceux quils en ont instruits. Voici à peu près ce qui est rapporté par les Ammoniens eux-mêmes : l'armée étant partie d'Oasis... » (2). Le renseignement lui vint donc des habitants de l'Oasis d'Ammon, vraisemblablement par l'intermédiaire des Cyrénéens (3). Il ajoute, il est vrai, qu'Oasis était alors habitée par des Samiens de la tribu eschrionienne, mais il présente cette information sous la forme d'un on-dit(4), dont la source dès lors ne peut être recherchée dans cette localité même. Ainsi l'on peut tenir pour certain qu'Hérodote ne fit pas le voyage de la Grande Oasis.

§. I. La « Ville des Crocodiles ».

La cité la plus occidentale de la Haute Egypte dont il ait fait mention est « la Ville des Crocodiles »: C'est l'antique Shodit des Egyptiens, l'Arsinoé de l'époque ptolémaïque, dont les ruines gisent aujourd'hui sous d'énormes amas de décombres au nord de Médinet el-Fayoum. Hérodote l'a-t-il visitée? « Les dodécarques, rapporte-t-il, firent construire un labyrinthe, situé un peu au-dessus du lac de Mœris, assez près de la ville dite des Crocodiles. J'ai vu ce monument, supérieur à toute expression... Nous-même nous avons vu

(i) IV, 181. —(2) III, 26.

(3) Cf. II, 32 : « Voici ce que j'ai entendu dire de ^ens de Cyrène disant être allés à l'oracle d'Ammon et être entrés en communication avec Etéarque, roi des Ammoniens... » (il s'agit des sources du Nil).

(4) III, 2G : « Oasis est habitée par des Samiens qu'on dit appartenir à la tribu eschrionienne ». Si Hérodote avait tenu cette information de ces Samiens mêmes, il n'aurait pas employé la formule « qu'on dit appartenir... »

les chambres d'en haut, nous les avons parcourues, et c'est en témoin oculaire que nous en parlons » (1). Or le Labyrinthe, qui n'était en définitive que l'immense temple funéraire d'Amenemhaït III attenant à sa pyramide(2), se trouvait à une douzaine de kilomètres au sud-est de l'antique capitale du Fayoum. Cette cité se distinguait par le culte qu'elle rendait au dieu-crocodile Sovkou; au temps de la domination romaine Strabon pouvait encore raconter comment les prêtres faisaient ingurgitera Tanimal-dieu, vautré sur la rive du lac sacré, les aliments offerts par la curiosité des touristes ou la piété des fidèles (3). Hérodote aussi s'étend avec complaisance sur les soins, la vénération dont étaient l'objet les crocodiles dans la région du lac de Mœris ; mais la généralité de l'expression « la région du lac » (4) ne prouve pas péremptoirement sa présence à Shodit, puisque les crocodiles recevaient sûrement des honneurs particuliers dans tout le nome. Une preuve moins incertaine se tire de la description même du lac : à peu près au milieu, deux pyramides surmontées chacune d'un colosse émergeaient de cinquante brasses, — soit de quatre-vingt-neuf mètres (5), — au-dessus du niveau des eaux (6). Or les deux colosses ont encore leurs piédestaux mutilés au village de Biahmou (7), à 7 kilomètres au nord de Médinet el-Fayoum, de sorte que le Labyrinthe en était distant, à vol d'oiseau, d'environ 16 kilomètres. Hérodote a eu beau apercevoir ces monuments de loin, — comme ilestévidentpar l'exagération des dimensions qu'il leur prête, — l'atmosphère a beau être en Egypte d'une

(i) II, i48.

(2) Pyramide de Hawara, ouverte par M. Fl. Pétrie. Voir FI. Pétrie, Hawara, Biahmou and Arsinoe ; Maspero, Hist. anc, I, p. 520.

(3) Strabon, XVII, i. 38. Hérodote n'a pas pu voir le spectacle auquel assista Strabon, les étrangers n'ayant pas alors un libre accès auprès des animaux sacrés comme ils l'obtinrent par la suite. Voir à ce sujet C. Sourdille, Hérodote et la religion de V Egypte : comparaison des données..., page 239, note 2.

(4) H, 69 : Oî Tzepl ttjv Motpioç XÎ(jlv?)v oixéovreç,

(5) Le stade était de 100 brasses (II, 149) et valait 177 mètres 60. Voir plus haut, p. 106-107.

(G) II, 149. — (7) Voir plus haut, pages i4-i5.

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